‹ Émile (volume 3)Chapitre 43 sur 235 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

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que lanature leur donne : aussitôt qu’ils peuvent sentir le plaisir d’être, faites qu’ils en jouissent; faites qu’à quelque heure que Dieu les appelle, ils ne meurent point sans avoir goûté la vie.

Que de voix vont s’élever contre moi ! J’entends de loin les clameurs de cette fausse sagesse qui nous jette incessamment hors de nous, qui compte toujours le présent pour rien , et poursuivant sans relâche un avenir qui fuit à mesure qu’on avance, à force de nous transporter où nous ne sommes pas , nous transporte où nous ne serons jamais.

C’est, me répondez-vous , le temps de corriger les mauvaises inclinations de l’homme; c’est dans l’âge de l’enfance , où les peines sont le moins sensibles , qu’il faut les multiplier pour les épargner dans l’âge de raison. Mais qui vous dit que tout cet arrangement est à votre disposition , et que toutes ces belles instructions dont vous accablez le foible esprit d’un enfant ne lui seront pas un jour plus pernicieuses qu’utiles? Qui vous assure que vous épargnez quelque chose par les chagrins que vous lui prodiguez ? Pourquoi lui donnez-vous plus de maux. que son état n’en comporte , sans être sûr que ces maux présents sont à la décharge de l’avenir? et comment me prouverez-vous que ces mauvais penchants dont vous prétendez le guérir ne lui viennent pas de vos soins mal entendus bien plus que delà nature ? Malheureuse pré-

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