‹ Émile (volume 3)Chapitre 70 sur 235 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

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Approfondissez toutes les règles de votre éducation, vous les trouverez ainsi toutes à contre-sens , surtout en ce qui concerne les vertus et les mœurs. La seule leçon de morale qui convienne à l’enfance, et la plus importante à tout âge, est de ne jamais faire de mal à personne. Le précepte même de faire du bien, s’il n’est subordonné à celui-là, est dangereux, faux, contradictoire. Qui est-ce qui ne fait pas du bien? tout le monde en fait; le méchant comme les autres; il fait un heureux aux dépens de cent misérables ; et de là viennent toutes nos calamités. Les plus sublimes vertus sont négatives : elles sont aussi les plus difficiles, parce qu’elles sont sans ostentation, et au-dessus même de ce plaisir si doux au cœur de l’homme , d’en renvoyer un autre content de nous. O quel bien fait nécessairement à ses semblables celui d’entr’eux , s’il en est un, qui ne leur fait jamais de mal! De quelle intrépidité d’âme, de quelle vigueur de caractère il a besoin pour cela ! Ce n’est pas en raisonnant sur cette maxime, c’est en tâchant de la pratiquer, qu’on sent combien il est grand et pénible d’y réussir I.

1 Le précepte de ne jamais nuire à autrui emporte celui de tenir à la société humaine le moins qu il est possible ; car, dans l’état social, le bien de l’un fait nécessairement le mal de 1 autre. Ce rapport est dans 1 essence de la chose , et rien ne sauroil le changer. Qu’on cherche sur ce principe lequel est le meilleur de l’homme social

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Voilà quelques foibles idées des précautions avec lesquelles je voudrois qu’on donnât aux enfants les instructions qu’on ne peut quelquefois leur refuser sans les exposer à nuire à eux-mêmes ou aux autres , et surtout à contracter de mauvaises habitudes dont on auroit peine ensuite à les corriger: mais soyons sûrs que cette nécessité se présentera rarement pour les enfants élevés comme ils doivent l’être , parce qu’il est impossible qu’ils deviennent indociles, méchants, menteurs, avides, quand on n’aura pas semé dans leurs cœurs les vices qui les rendent tels. Ainsi ce que j’ai dit sur ce point sert plus aux exceptions qu’aux règles ; mais ces exceptions sont plus fréquentes à mesure que les enfants ont plus d’occasions de sortir de leur état et de contracter les vices des hommes. Il faut nécessairement à ceux qu’on élève au milieu du monde des instructions plus précoces qu’à ceux qu’on élève dans la retraite. Cette éducation solitaire seroit donc préférable , quand elle ne

ou du solitaire. Un auteur illustre dit qu'il u’y a que le méchant qui soit seul (Diderot, préface du Fils naturel) ; moi je dis qu’il n’y a que le hon qui soit seul. Si cette proposition est moins sentencieuse , elle est plus vraie et mieux raisonnée que la précédente. Si le méchant étoil seul , quel mal feroit-il ? C’est dans la société qu il dresse ses machines pour nuire aux autres. Si l'on veut rétorquer cet argument pour l'homme de bien, je répond* par l’article auquel appartient celle note.

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