LIVRE II
Vous seriez le phénix, des hôtes de ces Lois.
Le phénix! Qu’est-ce qu’un phénix? Nous voici tout à coup jetés clans la menteuse antiquité, presque dans la mythologie.
Des hôtes de ces bois ! Quel discours figuré! Le flatteur ennoblit son langage et lui donne plus de dignité pour le rendre plus séduisant. Un enfant entendra-t-il cette finesse? sait-il seulement, peut-il savoir ce que c’est qu’un style noble et un style bas ?
A ces mois, le corbeau ne se sent pas de joie.
Il faut avoir éprouvé déjà des passions bien vives pour sentir cette expression proverbiale.
Et pour montrer sa belle voix ,
N’oubliez pas que pour entendre ce vers et toute la fable, l’enfant doit savoir ce que c’est que la belle voix du corbeau.
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Ce vers est admirable : l’harmonie seule en fait image. Je vois un grand vilain bec ouvert ; j’entends tomber le fromage à travers les branches : mais ces sortes de beautés sont perdues pour les enfants.
Le renard s’en saisit, et dit : Mon bon monsieur.
Voilà donc déjà la bonté transformée en bêtise. Assurément on ne perd pas de temps pour instruire les enfants.
Apprenez que tout flatteur
Maxime générale; nous n’v sommes plus.
Vit aux dépens de celui qui l’écoule.
Jamais enfant de dix ans n’entendit ce verslà.
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
Ceci s’entend, et la pensée est très-bonne. Cependant il y aura encore bien peu d’enfants qui sachent comparer une leçon à un fromage, et qui ne préférassent le fromage à la leçon. Il faut donc leur faire entendre que ce propos n’est qu’une raillerie. Que de finesse pour des enfants!
Le corbeau, honteux et confus,
Autre pléonasme ; mais celui-ci est inexcusable.
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l'y prendroit plus.
Jura ! Quel est le sot de maître qui ose expliquer à l’enfant ce que c’est qu’un serment?
Voilà bien des détails, bien moins cependant qu’il n’en faudroit pour analyser toutes les idées de cette fable, et les réduire aux idées simples et élémentaires dont chacune d’elles est composée. Mais qui est-ce qui croit avoir besoin de cette analyse pour se faire entendre à la jeunesse? Nul de nous n’est assez philosophe pour savoir se mettre à la place d’un enfant. Passons maintenant à la morale.
Je demande si c’est à des enfants de six ans qu’il faut apprendre qu’il y a des hommes qui flattent et mentent pour leur profit ? On pour-