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climats, en d’autres siècles, aux extrémités de la terre, et jusque dans les cieux, vous vous appliquez à le tenir toujours en lui-même et attentif à ce qui le touche immédiatement, alors vous le trouverez capable de perception, de mémoire, et même de raisonnement; c’est l’ordre de la nature. A mesure que l’être sensitif devient actif, il acquiert un discernement proportionnel à ses forces ; et ce n’est qu’avec la force surabondante à celle dont il a besoin pour se conserver, que se développe en lui la faculté spéculative propre à employer cet excès de force à d’autres usages. Voulez-vous donc cultiver l’intelligence de votre élève, cultivez les forces qu’elle doit gouverner. Exercez continuellement son corps ; rendez-le robuste et sain pour le rendre sage et raisonnable ; qu’il travaille, qu’il agisse, qu’il coure, qu’il crie, qu’il soit toujours en mouvement; qu’il soit homme par la vigueur , et bientôt il le sera par la raison.
Vous l’abrutiriez, il est vrai, par cette méthode si vous alliez toujours le dirigeant, toujours lui disant: Va, viens, reste, fais ceci, ne fais pas cela. Si votre tête conduit toujours ses bras , la sienne lui devient inutile. Mais souvenez-vous de nos conventions : si vous n’êtes qu’un pédant, ce n’est pas la peine de me lire.
C’est une erreur bien pitoyable d’imaginer que l’exercice du corps nuise aux opérations
rie l’esprit ; comme si ces deux actions ne dévoient pas marcher de concert, et que l’une ne dût pas toujours diriger l’autre !
Il y a deux sortes d’hommes dont les corps sont dans un exercice continuel, et qui sûrement songent aussi peu les uns que les autres à cultiver leur âme, savoir, les paysans et les sauvages. Les premiers sont rustres, grossiers, maladroits; les autres, connus par leur grand sens , le sont encore par la subtilité de leur esprit : généralement il n’y a rien de plus lourd qu’un paysan , ni rien de plus fin qu’un sauvage. D’où vient cette différence? c’est que le premier, faisant toujours ce qu’on lui commande, ou ce qu’il a vu faire à son père, ou ce qu’il a fait lui-même dès sa jeunesse, ne va jamais que par routine; et, dans sa vie presque automate, occupé sans cesse des mêmes travaux, l’habitude et l’obéissance lui tiennent lieu de raison.
Pour le sauvage, c’est autre chose; n’étant attaché à aucun lieu , n’ayant point de tâche prescrite, n’obéissant à personne, sans autre loi que sa volonté, il est forcé de raisonner à chaque action de sa vie; il ne fait pas un mouvement , pas un pas, sans en avoir d’avance envisagé les suites. Ainsi, plus son corps s’exerce, plus son esprit s’éclaire ; sa force et sa raison croissent à la fois el s’étendent 1 une par l’autre.
Savant précepteur, voyons lequel de nos