‹ Émile (volume 3)Chapitre 93 sur 235 · I.IYRV · texte numérisé non relu

I.IYRV

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disciple, sans être tenté de lui en dire autant.

Tous ceux qui ont réfléchi sur la manière de vivre des anciens attribuent aux exercices de la gymnastique cette vigueur de corps et dame qui les distingue le plus sensiblement des modernes. La manière dont Montaigne appuie ce sentiment montre qu’il en étoit fortement pénétré; il y revient sans cesse et de mille façons. En parlant de l’éducation d’un enfant , pour lui roidir l’âme , il faut , dit-il, lui durcir les muscles ; en l’accoutumant au travail, on l’accoutume à la douleur ; il le faut rompre à l’âpreté des exercices, pour le dresser à l’âpreté de la dislocation, de la colique, et de tous les maux. Le sage Locke, le bon Rollin, le savant Fleuri, le pédant de Crouzas* , si différents entre eux dans tout le reste, s'accordent tous en ce seul point d’exercer beaucoup les corps des enfants. C’est le plus judicieux de leurs préceptes; c’est celui qui est et sera toujours le plus négligé. J’ai déjà suffisamment parlé de son importance ; et comme on ne peut là-dessus donner de meilleures raisons , ni des règles plus sensées que celles qu’on trouve dans le livre de Locke, je me contenterai d’y renvoyer , après avoir pris la liberté d’ajouter quelques observations aux siennes.

Croit zoz , et non Ci ouzos , ne à Lausanne , mort en l~jn. ï! en est parie dans In Nouvelle Héloïse, deuxiè me Partie, Lettre xvm.

vrir.

2i8 Émile.

Les membres d’un corps qui croît doivent être tous au large dans leur vêtement ; rien ne doit gêner leur mouvement ni leur accroissement; rien de trop juste, rien qui colle au corps ; point de ligatures. L’habillement françois , gênant et malsain pour les hommes, est pernicieux surtout aux enfants. Les humeurs , stagnantes , arrêtées dans leur circulation , croupissent dans un repos qu’augmente la vie inactive et sédentaire , se corrompent et causent le scorbut, maladie tous les jours plus commune parmi nous , et presque ignorée des anciens , que leur manière de se vêtir et de vivre en préservoit. L’habillement de houssard, loin de remédier à cet inconvénient, l’augmente , et, pour sauver aux enfants quelques ligatures, les presse par tout le corps. Ce qu’il y a de mieux à faire, est de les laisser en jaquette aussi long-temps qu’il est possible , puis de leur donner un vêtement fort large, et de ne se point? piquer de marquer leur taille, ce qui ne sert qu’à la déformer. Leurs défauts du corps et de l’esprit viennent presque tous de la même cause; on les veut faire hommes avant le temps.

Il y a des couleurs gaies et des couleurs tristes: les premières sont plus du goût des enfants ; elles leur siéent mieux aussi , et je ne vois pas pourquoi l’on ne consulteroit pas en ceci des convenances si naturelles : mais du moment qu’ils préfèrent une étoffe parce

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