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j « distance de votre personne. Mais, dans rorre sévé- « rite, mettez de la modestie, et non pas du caprice; « qu'il vous voie réservée , et non pas fantasque : ^ar- « dez qu'en ménageant son amour vous ne le fkssiez « douter du vôtre. Faites-vous chérir par vos faveurs « et respecter par vos refus; qu'il honore la chas- - teté de sa femme sans avoir à se plaindre de sa « froideur.
« C'est ainsi , mon enfant, qu'il vous donnera sa « confiance , qu'il écoutera vos avis , qu'il vous con- . suitera dans ses affaires, et ne résoudra rien sans « eu délibérer avec vous. C'est ainsi que vous pou- « vez le rappeler à la sagesse quand il s'é-are le « ramener par une douce persuasion, vous" rendre « aimable pour vous rendre utile, employer la co- * quetterie aux intérêts de , la vertu , et Tamour au « proht de la raison.
. Ne croyez pas avec tout cela que cet art même «pnisse vous servir toujours. Quelque précaution « qu'on puisse prendre , la jouissance use les plaisirs « et 1 amour avant tous les autres. Mais , quand l'a' « mour a duré long-temps, une douce habitude e« « reu^pht le vuide , et l'attrait de la confiance succède «aux transports de la passion. Les enfants forment «entieceux qui leur ont donné l'être une liaison « non moins douce et souvent plus forte que l'amour « même. Quand vous cesserez d'être la maîtresse « di^mile, vous serez sa femme et son amie; vous « -serez la mère de ses enfants. Alors , au lieu de votre «première réserve, établissez entre vous la plus « grande mtin.ité ; plus de lit à part, plus de refus , - plus de caprice. Devenez tellem.ent sa moitié , qu'il
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« ne paisse plus se passer de vous, et qne , sitôt qu'il « vous quitte , il se sente loin de lui-même. Tous qui « fites si bien régner les charmes Je la vie domesti- ■ que dans la maison paternelle, faites-les régner et aussi daus la vôtre. Tout homme qui se plaît dans a sa maisou aime sa femme. Souvenez-vous que si « votre époux -vit heureux, chez lui , vous serez une « femme heureuse.
Œ Quant à présent , ne soyez pas si sévère à votre « amant ; il a mérité plus de complaisance ; il s'offeno seroit de vos alarmes; ne ménagez plus si fort sa « santé aux dépens de son bonheur, et jouissez du « vôtre. Il ne faut point attendre le dégoût ni rebuter a le désir; il ne faut point refuser pour refuser, mais « pour faire valoir ce qu'on accorde. "
Ensuite, les réunissant, je dis devant elle à son jeune époux : Il faut bien supporter le joug qu'on s'est imposé. Méritez qu'il vous soit rendu léger. Sur- tout sacrifiez aux grâces , et n'imaginez pas vous rendre plus aimable en boudant. La paix n'est pas difiicile à faire , et chacun se doute aisément des conditions. Le traité se signe par un baiser; après quoi je dis à mon élevé : Cher Emile , un homme a besoin toute sa vie de conseil et de guide. J'ai fait de mon. mieux pour remplir jusqu'à présent ce devoir envers vous; ici finit ma longue tâche et commence celle d'un autre. J abdique aujourd'hui l'autorité que vous m'avez confiée , et voici désormais votre gnuvernear.
Peu-à-peu le premier délire se calme , et leur Laisse goûter en paix les charmes de leur nouvel état.
Heureux amants ! dignes époux î pour honorer leurs vertus, pour peindre leur félicité, il faudioit faire l'histoire de leur vie. Comhien de fois, contemplant en eux mon ouvrage , je me sens saisi d'un ravissement qui fait palpiter mon cœur î Combien de fois je joins leurs mains dans les miennes en bénissant la Providence et poussant d'ardents soupirs. Que de baisers j'applique sur ces deux mains qui se serrent I De combien de larmes de joie ils me les sentent arroser ! Ils s'attendrissent à leur tour en partageant mes transports. Leurs respectables parents jouissent encore une fois de leur jeunesse dans celle de leurs enfants ; ils recommencent pour ainsi dire de vivre en eux, ou plutôt ils connoissent pour la première fois le prix de la vie: ils maudissent leurs anciennes richesses qui les empêchèrent au même âge de goûter un sort si charmant. S "il y a du bonheur sur la terre , c'est dans l'asile où nous vivons qu'il faut le chercher.
Au bout de quelques mois, Emile entre un matin dans ma chambre, et me dit en m'embrassant : Mon maître, félicitez votre enfant; il espère avoir bientôt l'honneur d'être père. Oh .' quels soins vont être imposés à notre zèle, et que nous allons avoir besoin de vous î A Dieu ne plaise que je vous laisse encore élever le fils après avoir élevé le père ! A Dieu ne plaise qu'un devoir si saint et si doux soit jamais rempli par un autre que moi , dussé-;e aussi Lien choisir pour lui qu'on a choisi pour moi-même î Mais restez le maître des jeunes maîtres. Conseilleznous, gouvernez-nous, nous serons dociles: tant
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que je vivrai j'aurai besoin de tous. J'en ai plus besoin que jamais maintenant que mes fonctions d'homme commencent. Tous avez reinj)li les vôires ; gnidez-iioi pour vous imiter; et reposez-vous , il en est temps.
Fix d'Emile.
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