‹ Émile, ou, de l'Éducation (volume 2)Chapitre 18 sur 64 · LIVRE I 4B · texte numérisé non relu

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ils commencent par se faire assister, ils Sniâseat par se faire servir. Ainsi de leur . propre faiblesse, d'où vient d'abord le sentiment de leur dépendance, naît ensuite l'idée de l'empire et de la domination, caais cette idée étant moins excitée par leurs besoins que par nos servi*" ces, ici -commencent & se faire apercevoir les effets moraux dont ia cause immédiate n'est pas dans la nature ; et l'on poit déjà pourquoi, dès ce premier âge, 0 roporte de démêler l'intention secrète que dicte le geste ou îe cri.

Quand l'enfant tend la main avec effort sans rien dire, ïî croît' atteindre à l'objet parce qu'il n'en estime pas la distance ; il est dans l'erreur ; mais quand iî se plaint et crie en tendant ia main, alors il ne s'abuse plus sur la distance, iï commande à l'objet de s'approcher, ou à voua de le lui apporter. Dans îe premier cas, portes-ie à- l'objet lentement et à petits pas ,; dans le second, ne faites p&3f seulement semblant de l'entendre : plus ii criera, moins vous devez l'écouter, ii importe de l'accoutumer de bonne heure à ne commander ni aux hommes, • car il n'est p&s leur ^naître, ni aux choses, car elles ne S'entendent point Ainsi, quand un enfant désire quelque chose qu'il voit et qu'on veut lui donner, il vaut" mieux porter l'enfant à l'objet que d'txpporiiàT l'objet à l'enfant : il tire de cette pratique une conclusion qui est de son âgé, et il n'y a point d'autre moyen de ia lui suggérer.

L'abbé de Saint-Pierre appelait les hommes de grmâ& enfanta ; on pourrait appeler réciproquement les enfants de petits hommes. Ces propositions ont leur vérité comme sentences ; comme oriiicioes, elles ont besoin d'éclaircissement. Mais quand Hobbes appelait le méchant un enfant robuste, il disait une chose absolument contradictoire- Toutej2&É&^^ ; l'enfant n'est méchânTgïïe parce qÏÏTTest faible ; rendez-le fort, îî sera bon; celui qui pourrait tout ne ferait jamais de mal. f>a tous les attributs de la Divinité toute-puissante, la bonté iest celui Bans lequel on la peut ie moins concevoir. Tous les peuples qui ont reconnu deux principes ont toujours regardé le mauvais comme inférieur au bon, sans quoi ils auraient fait une supposition absurde, Voyez ci-après ia profession de foi du vicaire savoyard.

La raison seule nous apprend à connaître îe bien et ie mal. La conscience qui nous fait airn«r l'un et haïr l'autre, quoique indépendante de la raison, ne peut donc se développer sans elle. Avant l'âge de raison nous faisons lé bien et le mal sans le connaître ; et il n'y a point de

dar.3 le sentiment des actions d'autrui qui ont rapport à «rails * i 4

nous. Un enfant veut déranger tout c I voit ; il

casse, il brise tout ce qu'il peut atteindre ; il empoigne un oiseau comme il empoignerait une pierre et i'étouffe sans savoir ce qu'il fait.

Pourquoi cela ? D'abord la philosophie en va rendre raison par des vices naturels ; l'orgueil, l'esprit de domination, l'amour-propre, la méchanceté de l'homme, le sentiment de sa faiblesse, pourra-t-eile ajouter, rend l'enfant avide de faire des actes de force et de se prouver à lui-même son propre pouvoir. Mais voyez ce vieillard infirme et cassé, ramené par le cercle de îa vie humaine à la faiblesse de l'enfance ; non seulement il reste immobile et paisible, il veut encore que tout y reste autour de lui ; le moindre changement le trouble et l'inquiète, il voudrait voir régner un calme universel Comment la même impuissance jointe aux ■mêmes passions produiraitelle des effets si différents dans les deux âges Si la cause primitive n'était changée ? Et où peut-on chercher cette diversité de causes, si ce n'est dans l'état physique des ûqux individus ? Le principe actif, commun à tous deux, se développe dans l'un et s'éteint dans l'autre ; Vxm se forme, et Vautre se détruit ; lun tend à îa vie, et l'autre à la mort. L'activité défaillante se concentre dans le cœur du vieillard ; dans celui de l'enfant elle est surabondante et s'étend au dehors : il se sent, pour ainsi dire, assez de vie pour animer tout ce qui l'environne. Qu'il fasse ou qu'il défasse, il n'importe ; il suffit qu'il chance l'état des choses, et tout changement est une action. Que s'il semble avoir plus de penchant à détruire, ce n'est point par méchanceté ; c'est au* faction qui forme est toujours lente, et que celle qui détruit, étant plus rapide, convient mteuat à sa vivacité.

Ëa même temps que Pauteur de îa nature donne aux enfants ce principe actif, il prend soin qu'il soit peu m; bible, en leur "laissant peu de force pour s'y livrer. Mais &ioî qu'ils peuvent considérer les gens qui les envirouirent comme des instruments qu'il déoend d'eux de faire agir, ils s'en servent pour suivre leur penchant et ppléér à leur propre faiblesse. Voilà comment ils de- ;\mni incommodes, tyrans, impérieux, méchants,, indomptables ; progrès qui ne vient pas d'un esorit naturel domination, mais qui le leur donne ; car il ne faut pas ne longue expérience pour sentir combien il est agréable d'agir par les mains d'autrui et de n'avoir besoin que de remuer la langue pour faire mouvoir l'univers. * En grandissant on acquiert des forces ; on devient moins inquiet, moins remuant ; on se renferme davantage

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