LIVRE I
eu BQi-xflême, L'âme et le corps se mteftent, pour ainsi dire, en équilibre, et la nature ne holis demande plus que le mouvement nécessaire à notre conservation. Mais le désir de commander ne s'éteint pas avec îe besoin qui Ta fait naître ; l'empire éveille et flatte Pamour-propre et l'habitude le fortifié : ainsi succède la fantaisie au besoin, ainsi prennent leurs premières racines les préjugés et l'opinion.
Le principe une fois connu, nous voyons clairement ïe point où Ton quitte îa route de la nature ; voyons ce qu'il faut faire pour s'y maintenir.
Loin d'avoir de$ forces superflues, les enfants n'en ont pas aiëme de suffisantes pour tout ce que leur demande la nature. : il tout donc leur laisser l'usage de toutes celles qu'elle leur donne et dont lis ne sauraient abuser, Première maxime.
il faut les aider et suppléer à ce qui leur manque, soit en intelligence, soit en force, dans tout ce qui est du besoin physique. Deuxième maxime.
Il faut, dans les secours qu'on lem donne, se borner miiquem^t à Futile réel, sans rien accorder à la fantaisie ou au désir sans raison, car la fantaisie ne les tourmentera point quand on ne l'aura pas fait naître, attendu qaVïfe n'est pas de la nature. Troisième maxime.
H faut étudier avec soin leur lange et leurs signes, afin que, dans un âge où ils ne savent point dissimuler, on distingue dans leurs désirs ce qui vient immédiatement de la nature et ce qui vient de l'opinion. Quatrième maxime.
L'esprit de ccî; règles est d'accorder aux enfants plus de liberté véritable et moins d'emoire, de leur laisser pins faire par eux-roêmes et moins exiger d'autmi. Ainsi, s coutumant de bonne heure à borner leurs désirs à leurs forces, ils sentiront peu la privation de ce qui ne sera pas en leur prévoit.
Voilà donc une raîson nouvelle et très importante pour laisser les corps et les membre; des enfants absolument libres avec îa seule précaution de les éloigner du danger des chutes, et d'écarter de leurs mains tout qui peut les bie3:>er.
Infailliblement un enfant dont îe corps et les bras soin libres pleurera moins qu'un enfant embandé dans un maillot. Celui qui ne connaît que les besoins physiq ne pleure que quand il souffre, et c€si un très grand avantage ; car alors on sait à point ncoimé quand il a :oin de secours, et l'on ne doit pas tarder un moment à le lui donner, s'il est possible. Mais, si vous ne pouvez
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\i soulage*, restez uanqullie, sans le âatl^r pdsi .Tapaî- ; vos caresses ne guériront pas sa colique : cependant l\ se .souviendra de ce qtfïl faut faire pour être .Satie.; et s'il sait une fois vous occuper de lui à sa volonté, te voilà 'devenu votre maître ; tout est perdu.
Moins contrariés dans leurs mouvements, les enfants pleureront moins ; moins importunés de leurs pleurs, on se tourmentera moins pour les faire taire ; menacés ou flattés moins souvent, ils seront moins craintifs ou motos opiniâtres et resteront mieux dans leur état naturel. C'est moins en laissant pleurer les enfants qu'en s'empressait pour les apaiser qu'on leur fait gagner des descentes, et ma preuve 'est que les enfans les plus négligés y- sont hitn mdios sujets que les siixtre^ Je suis fort. éloigné de vouloir pour cela qu'on les nSgiîge. au contraire, il importe qu'on les prévienne et qu'on ne se laisse pas &vztik âè leurs besoins par leurs cris, mais je ne veux pas non plus que les soins qu'on leur rend soient mal entendus, î^urqaoï se feraient-ils faute de pleurer dès qu'Us voient que leurs pleurs sont bons à tant de choses? instruit* du prix • qu'on met à leur Silence, ils se gardent bitn de l.e prodiguer. I1b le font à la fin tellement valoir qu'on, né p^i plus le payer ; et' c'est alors qu'à force de pleurer sâfcs succès, ils s'efforcent, s'épuisent et se tuent.
Les longs pleurs û'un enfant qui n'est ni Hé ni malade» tt qu'on ne laisse manquer de rien, ne sont qus des pleurs d'habitude et d'obstination." Hs ne sont point l'ouvrage de la nature, mais de la nourrice, qmy pour n'en savoir èfi* thfrer l'importimité, îa multiplie sans songer qu'en faisant' taire l'enfant aujourd'hui . on . l'excite à pleurer "<fco&to
. Le seul .moyen de guérir ou prévenir cette habitude est de à'y faire aucune attention. Personne n'mms à prendre une peine inutile, pas même les enfants. Hâ sont obstinés dans leurs tentatives ; mais es vous ayez plus de cozzs* : ic.e que d'ppini$treté, ils se rebutent et n'y reviennent plus. C'est ainsi qu'on leur épargne des pleurs et qu'on les Qcfçôutume à n'en versez que quand la douleur les y force. Au. reste, quand ils pleurent par fantaisie ou par oî>stf* nation, un moyen sûf pour les empêcher de continuer est de les distraire par quelque objet agréable et frappant qui leur fasse .-oublier qu'ils voulaient ititwer. La plupart des nourrices exercent dans cet art, et bien ménagé li est 1res utile ; mais lî est de la dernière importance que l'enfant n'aperçoive pas l'intention de ie distraire, et qu'il s'amuse sans croire qu'on songç à lui, or voilà sur quai tes ÏQiS nourrices sont maladroites.