LIVRE
On sèvres ifdp tor tous les épatais. Le temps où fbn doit les sevrer est indiqué par l'éruption des, dents; ^i cette "ërhpHbn est comïtruitément pénible et douloureuse. Par un instinct' machinal l'entent porte alors fréquemment à sa -bouche tout ce qu'il ffènt pour le>mâcher.;Oh p&n$ç; faciliter l'opération en lui donnant pour' hochet quelques corps durs, comme l'ivoire et la. dent de loup. je crois qu'on se trempa; Ces'Corps durs appliqués sur tes gencives, îotn de les ramollir lès rendent calleuses, . les'. e^SurcS^àit, préparent itn déchirement plus pénible, et p5us douloureux. Prenons toujours l'instinct pour exemple. On ne volt point les jeunes chiens exercer leufôVdènfs naissantes sur des caiîîoujcj sur du fer, tardes os, mi&fè sut du bob, du ctâf, des chiffons, dss matières molles 'qui citent, et .où la dent s'imprime,
On ne sait àîùs être simple en rien, pas même autourdes enfants. Des' grelots d'argent, d'or, du corail. Ses; cristaux & facettes, des hocfoets.de. tout prix et de toute eispèce : q«e cf apprêts inutiles et pernicieux ! Rien de tout cela. Point de grelots, point de hochets ; de petites branches d'arbre avec leurs fruits et leurs feuilles, uns téte de p&vot dans laquelle on entend sonner les grafoés, un bâton de réglisse qu'il peut sucer et mâcher, l'amuseront autant que ces magnifiques colifichets, «t n'auront |>as l'inconvénient de l'accoutumer au luxe' dès sa naissance.
H a été reconnu que la bouillie n'est pas unt nourriture ! rt saine. Le lait cuit et la farine crue font beaucoup de
saburre et conviennent ma! â notre estomac. Dans La bouillie !a farine est moins cuite que dans le pain, tt âe p!us elle n'a pas fementé ; la panade, la crème de riz me paraissent préférables. Si l'on vtut absolument faire de te bouillie, il convient de griller un peu la farine auparavant. On fait dan$ mon pays, de la farine, non torréfiée, une soupe fort agréable et . fort gainée. Le bouillon de viande: et 5e potage sont encore un médiocre aliment dont îî ne faut c?ser que !e moins qiïti est possible. ÎI importe qtie fes enfants Vaeœutun?ent d'abord à lâcher : c'est le vraï fôûyçn de faciliter l'éjttjpj|pn des dénis , et quand, ils commencent d'avaler, IfÇ è«cs ^aîivaîres mêlés avec les aliments en facilitent l# digestion.
Jeteur ferais donc mâcher d'abord des fruits secs, Hea croûtes, je leur donnerais pour ioqel de petits bâtons dq pàm dur ou de biscuit senhiabîc au nain de Piémont. qu'on apœjîe dans le pays des glisses. À force de ramolli* c* paîn dans leur bouche, Ss en avaleraient enfin quriqù*
ffctf, leurs "dents se trouveraient sorties, et ils se troaveraient sevrés presque avant qu'on s'en fût aperçu. Les paysans ont, pour l'ordinaire, l'estomac fort bon, et l'on ne les sèvre pas avec plus de façon que cela.
Les enfants entendent parler dès leur naissance ; on leur parle non seulement avant qu'ils comprennent ce on leur û\i, mais avant qu'ils puissent rendre tes voix qu'ils entendent. Leur organe encore engourdi ne se prête que peu à peu aux imitations des sons qu'on îeur dicte, et iî n'est pas même assuré qm ces sons se portent d'abord à îeur oreille aussi distinctement qu'à la nôtre. Je ne désapprouve pas qm la nourrice amuse l'enfant par des chants' et par des accents très gais et très variés ; mais je désapprouve qu'elle l'étourdisse incessamment d'une multitude de paroles inutiles, auxquelles il ne comprend rien que le ton qu'elle y mtî. Je voudrais que les premières articulations qu'on lui fait entendre fussent rares, faciles, distinctes, souvent répétées, et que tes mots qu'elles expriment ne se rapportassent qu'à des objets sensibles qu'on pût d'abord montrer â l'enfant. La malheureuse facilité que nous avons à nous payer de mots que nous n'entendons point, commence plus lui qu'on ne pense. L'écolier écoute en classe te verbiage de son régent comme il écoutait au maillot le babil de sa nourrice. H me semble qm ce serait l'instruire fort utilement que de l'élever à n'y rien comprendre.
Les réflexions naissent en foule quand on veuf s'occuper de îa formation du langage et des premiers discours des enfants. Quoi qu'on fasse, ils apprendront toujours â parler de la mèmk manière, et toutes les soéculations philosophiques sont ici de la plus grande inutilité.
& "abord ils ont, pour ainsi dire, um grammaire de teuf âge, dont la syntaxe a des règles plus générales que la nôtre ; et si Von y faisait bten attention, 1 on serait étonné ide l'exactitude avec laquelle ils suivent certaines analogies, très vicieuses, si l'on veut} mais très régulières, et ^ul ne sont choquantes qm par îa dureté ou parce que l'usage ne les admet pas. Je viens d'entendre un pauvre enfant bien grondé par son père pour lui avoir dit mon père, irci-je-t-y ? Or on voit que cet enfant suivait mieux l'analogie que nos grammairiens; car, puisqu'on lui disait vas-y, pourquoi n'aurait»!! pas dit irai-je-i-y ? Remarquez de plus avec quelle adresse H évitait l'hiatus de imUje-y ou y irai- je ? Est-ce la faute du pauvre enfant si nous avons mal à prooos été de la phrase cet adverbe déterminant y, parce qat nous n\.n savions que faire ? C'est une pédanterie insupportable et an sôte çfes pim
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superflus de s'attacher à corriger dans les enfants toutes ces petites fautes contre l'usage, desquelles ils ne manquent jamais de se corriger d'eux-mêmes avec îe temps. Parlez toujours correctement devant eux, faites qu'ils ne se plaisent avec personne autant qu'avec vous, et soyez sûrs qu'insensiblement leur langage s'épurera sur le vôtre sans que vous les a3/ez jamais repris.
Mais un abus d'une toute autre Importance, et qu'il n'est pas moins aisé de prévenir, est qu'on se presse trop de les faire parler, comme si l'on avait peur qu'ils n'apprissent pas à parier deux-mêmes. Cet empressement indiscret produit un effet directement contraire â celui qu'on cherche. Ils en parlent plus tard plus confusément : Textrêne attention qu'on donne à tout ce qu'ils disent les dispense de bien articuler ; et comme ils daignent à pdm ouvrir la bouche, plusieurs' d'entre eux en conservent toute leur vie un vice de prononciation et un parler confus qui les rend presque inintelligibles.
J'ai beaucoup vécu parmi les paysans, et n'en oifs jamais grasseyer aucun, ni homme, ni femme, ni fille, ni garçon. D'où vient cela , Les organes des paysans sontils autrement construits que les nôtres ? Non, mais ils sont autrement exercés. Vis-à-vis de ma fenêtre est un tertre sur lequel se rassemblent, pour jouer, les enfants du \ku, Quoiqu'ils soient assez éloignés de moi, je distingue parfaitement tout ce qu'ils disent, et j'en tire souvent de bons r.*cmoires pour cet écrit. Tous les jours mon oreille oie trempe sur leur âge : j'entends des voix d'enfants d^e du ans : Je regarde, je vois la stature et les •traits d'enfants de trois à quatre. Je ne borne pas à moi seul cette expérience ; les urbains qui me viennent voir, et que je consulte là-dessus, tombent tous dans la même erreur»
Ce qui Ta proâuli est que, jusqu'à cinq ou six ans, les enfants des villes, élevés dans la chambre et sous l'aile d'une gouvernante, n'ont besoin que de marmotter pour se faire entendre ; sitôt qu'ils remuent les lèvres on prend pleine â les écouter, on leur dicte des mots qu'ils rendent mal et, à force d'y faire attention, les mêmes gens, étant sans cesse autour d'eux, devinent ce qu'ils ont voulu dire plutôt que ce qu'ils ont dit.
A la campagne, c'est tout autre chose. Une paysanne n'est pas sans cesse autour de son enfant ; il est forcé d'anprendre h dire très nettement et très haut ce qu'il a besoin de lui faire entendre. Aux champs, les enfants épars, éloignés du pèffc, de la mère et des autres enfants. s'exercent à se faire entendre à distance et à mesurer Ij
m EMILE
force 'de la vcnxsuf l'intervalle qui les sépafè de ceux dont ils xnstilcnt être entendus. Voiîà comment on apprend v-irït abfcement à prononcer, et non pas en bégayant quel» eues voyelles à l'oreille dîffne gouvernante attentive. Atiést,
qu » saut que
Tenrant de la vîîîe, sans quoi l'on n'entend rien à ce qu'il grommelle entre ses dents. (1)
En grandissant, les garçons devraient se corriger de ce défaut dans les collèges, et les filles dans les couvents ; en effet, les uns et les autres parlent en général plus distinctement que ceux qui ont été toujours "élevés daiîs la; maison paternelle. Mais ce qm les empêche d'acquérir ' jamais one prononciation aussi nette que celte des ■•pajM &sn$, c'est fa nécessite: d'apprendre pàt cœur beaucoup de choses, et de réciter tout haut ce qu'ils ont appris : car en étudiant, ils s'habituent à barbouiller, à prononcer négligemment et ma!, en récitant» c'est pfe encore ; ils «cherchent leurs mots avec efforts, ils traînent et allor~ gént leurs syllabes ; il n'est pas possible que, qtsand h mémoire vacille, là langue ne balbutie aussi. Ainsi se contractent 012 se conservent les vices de la prononciation. On verra ci-après que :non Emile n'aura pas ceuxlà, ou an moins qu'il ne les aura pas contractés par les mêmes causes.
Je conviens que !e peuple et les villageois tombent dans une autre extrémité, qu'ils parlent presque toujours plus haut qu'il ne faut, qu'en prononçant trop exactement ils ont les articulations fortes et rudes, qulte ont trop d'accent, qu'ils choisissent mal leurs termes, q\c.
Mais, premièrement, cette extrémité me parait beaucoup moins vicieuse que l'autre, attendu que la première loi du discours eia.nl de se faire entendre, ta plus grande îznte qu'on puisse faire est de parler sans être çntendu. Se piquer de n'avoir point d'accent, c'est se piquer d-ôter at>x phrases leur .erâce et leur énergie. L'accent est r-â-ne an discours ; Il lui donne îe sentiment et la vérité. L'accv&î nient moins que la parole ; c'est peut-être pour cda
ï. Cscî Qfest p^§ sâttc exception ■ î et &otrçe&ft ks eftfaaft» ççt ffc font d'abord le moins e»tendre deviennent esssnite les pïîî8 étourdissants quand ils ont commencé d'élever la voix. Mais s'il fallait entrer dans toutes ces mintîtîes, je ne finirais pas ; tout lecteur sensé doit voir q«e 'l'excès et îë jdé£aut, ■artêtîïodc Je regarde ces deux ift3.7nr$<e$ eoaunjç inséparables : Toujours assez, et jamais trop. De la première bien établis ftftre Pensait céeessaîresaeat.