LIVRE II m
ces deux actions n'e devaient pas marcher do concert, et que l'une ne dût pas toujours diriger l'autre !'
Il y a deux sortes d'hommes dont les corps sont dans un exercice continue!, et qui sûrement songent aussi peu les uns que les autres à cultiver leur âme, savoir : les paysans et les sauvages. Les premiers sont rustres, gros-» ssérs-, maladroits ; les autres, connus par leur grand sens,. le sont encore par la subtilité de leur esprit : généralement iî n'y a rien de plus lourd qu'un paysan, ni rien de plus Un qu'un sauvage. D'où vient cette différence ? c'est' que le premier, faisant toujours ce qu'on lui corn* mande, ou ce qu'il a vu faire à son père, ou ce qu'il a fait (ni-mëme dès sa jeunesse, ne va jamais que par routine ; et, dans sa vie f sans cesse des infimes travaux, lsbjibi.iu<ft; -. - abçissanjce lui tienne.: lîeta de- ra&on,
Pû^:r <e sauvage, c'est aœtrë chose : n'étant *ftacfi4 | aucun lieu, n'ayant point de tâche prescrite, n'obéissant è personne, sans autre loi que sa volonté,. H est fo.rcé éâ raisonner à chaque c.cvon ce sa vie ; il ne fait pas un mouvement, pas un oas, sans en avoir d'avance envisage les suites, Ainsi, p.îus son corps s'exerce, plus son esprit 6réc!aire ; sa force et sa raison croissent à ta fois et s'étendent l'une 'à l'autre.
Savant précepteur, voyons lequel de nos deux élèves ressemble au sauvage, et Lequel ressemble au paysan* mis en tout à une autorité toujours enseignante, le vôtre ne fait rien que sur parole ; il n'ose manger quand il a faim? ni boire quand iî a soif, ni rire quand il .est gai, ni pleurer quand iî est triste, ni présenter une main pour l'autre, ni remuer le p'^cû que comme on le lui prescrit ; bientôt 0 n'osera respirer que Sur vos règles,. A quoi 'voulez-vous qu'il pense, quand vous pensez à tout pour lui ? Assure de votre prévoyance, qu'a-t-i! besc d'en avoir ? Voyant que vous vous chargez de sa çqns vation, de son bien-être, il se sent délivré de ce soht ; son jugement se repose s ?ohXi
ne M défendez pas, il - ij %ni
si q»'{l te Fait sans risque. Qu*a*i-il freî ;.v.e.-
ctre e p-révoia (a phiie ? il ^&H que vous regardez te clc. pciur lui Qi - ■■ ■ :a promenade ? 0 ce
tînt p&$ que vous lui laissiez passer fh©
::t que vous ne lui défendez pas de manger,
endes, il ne mange plus ; il i j avis de son este.. - î :. sus avt'2
ictton, vqftis iiez par son entendement plus f!ex?h!e. Tout au contra.
m ÊMÎLE
trotfè achevez de accréditer ta raison dans son esprit,
en loi faisant user le peu qu'il en a sur les choses qui fui paraissent le plus inutiles. Ne voyant jamais à quoi
j est bonne, iï juge enfin qu'elle n'est bonne à rien» Le pis qui pourra fui arriver de mal raisonner sera d'êîre repris, eî il l'est si souvent qu'il n'y songe guère ; un danger si commun ne l'effraye plus.
Vous lui trouvez pourtant de INesprît : et iî en a pouf babiller avec les femmes, sur îe ton dont j'ai parte ; mais qu'il soit dans le cas d'avoir à payer de sa personne, à $rQn&œ un parti dans queîoue occasion difficile, vous le verrez cent fois plus stupide et plus bête Qtu% îe fîîs du plus gros manant.
Pour mon élève, ou plutôt celui de la nature, exercé de bonne heure à se suffire à lus-même autant qu'il est possible, iî ne s'accoutume point à recourir sans cessa aux autres, encore moins à leur étaler son grand savoir. En revanche, 1J juge, il prévoit, i! raisonne en tout ce qui se rapporte immédiatement à lui. Il ne jase pas, il agit ; il ne êâit pas an mot de ce qui se fait dans ?e monde, mais iî sait fort bien faire ce qui lui convient Comme U est sans cesse en mouvement, iî est forcé d'observer beaucoup de choses, de connaître beaucoup d'effet» : il acouiert de bonne heure une grande expérience, il prend ses leçons de ta nature et non pas des hommes ; t\ s'instruit d'autant mieux qu'il ne voit nulle part l'intention de l'instruire. Ainsi son corps et sos* esprit s'exercent â la fois. Agissant tou tours d'après sa pensée, et non d'à -lie d'un autre, ?l unit continuel-
kirsent deux opérations ; plus i! se rend fort et robuste, plus il âtvtenî sensé et judicieux. C'est le moyen d'avoir an jour ce qu'on croit incompatible, et ce que presque tous les grands hommes ont réuni, la force du corps et celle de ï'âme, là faisofl d?un sage et la vigueur d'un athlète.
jeune instituteur, je vous prêche un art difficile, c*est de gouverner sans préceptes, et de tout faire en ne faisant rien. Cet art, j'en conviens, n'est pas de votre ûge9 il s'est pas propre a faire briller d'abord vos talents, ni à vous faire valoir auprès des pères ; mais c'est le setsî propre à réussir. Vous ne parviendrez jamais à faire des saees, si vous ne faites d'abord des polissons ; c'était l'éducation des Spartiates ; au lieu de les coller sur des livres, on commençait par leur zçprznârç à voler h dîner. L étaient-. . - grossiers étant
grar ■ ? ' ne c?sr\ftikft la force et le sel de teûrs rfcparv* Ses ? Toujours faits pc- - i& éerasmmt Içuïb