‹ Émile, ou, de l'Éducation (volume 2)Chapitre 48 sur 64 · LIVRE il · texte numérisé non relu

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ennemis en toute espèce de girerre, et les babillards Athéniens craignaient autant leurs mots que leurs coups.

Dans îes éducations les plus soignées, !e maître commande et croit gouverner ; c'est en effet l'enfant qui gouverne î! se sert de ce que vous exigez de lui pouf obtenir de vous ce qu'il lui plaît, et il sait toujours vous faire payer une heure d'assiduité par huit jours de complaisance. A chaque instant il faut pactiser avec lui. Ces traités, que vous proposez à votre monde, et qu'il exécute à la sienne, tournent toujours au profit de ses fantaisies ; surtout quand on a la maladresse de mettre €55 condition pour son profit ce qu'il est bien sûr d'obtenir, soit qu'il remplisse ou non (a condition qu'on lui impose e» échange. L'enfant, pour l'ordinaire, lit beaucoup mieux dans l'esprit du maître qute le maître dans le cœur ô.2 l'enfant ; et cela doit être : car toute ia sagacité qu'eût employée l'enfant livré à lui-même h pourvoir à la conservation de sa personne, ri l'emploie à sauver sa liberté naturelle des chaînes de son tyran ; au Ueu que celui-ci, n'âvant nul intérêt »i pressant Ji pénétrer l'autre» trouve quelquefois mieux son compte à lui laisser sa pareew ou sa vanité.

Prenez une route reposée avec votre flève ; qiïïï crrcfe toujours être le maître, et que ce soit toujours vous q«rf le soyez. 81 n'v n nmnt d'asfwpettissemewt si parfait q«© celui qui gzrâ? l'apparence de fa liberté ; on captive ainsi la volonté même. Le pauvre enfant qui ne sait rien, qui ne peut rien, qui ne connaît rien, n 'est-il pas à votre merci ? Ne disposeig-vmis pas, par r&nport à fui, de t«tîfc ce qui l'en ? N'etes-vous pas le maître de )'•"«*-

ttr comme il vous plaît ? Ses travaux, ses jeux, ses plaisirs, ses peines, tout n'est-il pas dans vos mains s«na qu'il le sache ? Sans doute il ne doit faire que ce qu'il vaut ; mais il ne doit vouloir qt*e ce que vous voûtes qu'il fasse ; il ne doit pas faire un pas que vous ne l'ayez orévu ; iî ne doit oas ouvrir la bouche Que vous ne sachiez ce qu'il va (ine.

C'est alors qu'il pourra se livrer aux exercices du corps que lui demande son âtre, sans abrutir son esprit ; c'est alors qu'au Heu d'aiguiser sa ruse à éluder un incommode empire, vous le verrez s'occuper uniquement à tiret de tout ce qui l'environne le parti le plus avantageux pour son bien-être actuel ; c'est alors que vous serez étonné de la subtilité de ses inventions pour s'approprier tous les objets auxquels i! peul atteindre, et pour jouir tf*i*ie*f 6t » "S *=an$ ïe secours de rorriniofs.

En le teiflÊ aultpa ae ses volontés* vauâ m

fomenterez rom! ses caprices; en ne faisant Jamais ce qui lai' convient, si ne fera bientôt que ce qu'il doit faire ; et, bien que son corps suit dans un mouvement continuel, tant qui! s'agira de son intérêt présent et sensible, vous verrez toute la raison dont il est capable se développer beaucoup mieux, et â'unç manière beaucoup plus appropriée à lui, que dans des études de pure spéculation.

Ainsi, ne vous voyant point attentif à le contrarier, ne se défiant point de vous, n'ayant rien à vous cacher, ii ne vous tiui.ipera po»m, û ne vous mentira point, iî se montrera te! qu'il est sans crainte ; vous pourrez l'étudier tout à votre aise, et disposer touî autour de lui les leçons que vous voulez lui donne», sans qu'il pense jamais en recevoir aucune.

fil n épiera point non 'plus vos mœurs avec une curieuse Jalousie, et m se fera point an plaisir secret de voua prendre en faute. Cet inconvénient que nous prévenons est très grand. Un des' premiers soins des enfants est, ectfnme je l'ai dit, de découvrir le faible de ceux qui les gouvernent. Ce penchant porte à la méchanceté, mais il n'en vient pas : H vient du besoin &'é\uâ£ï une autorité qui les importune. Surchargés du joui? qu'on leur impose, Us cherchent à le secouer, et les défauts qu'ils trouvent dans les maîtres leur fournissent de bons moyens pour cela. Cependant l'habitude- se prend d'observer les gens paî leurs défauts, et de se plaire à leur en trouver. 11 est Clair que voilà encore une source de vices bouchée dans Se curiïf d'Ltnile ; n'ayant nui intérêt à me trouver des défauts, il ne m'en cherchera pas, et sera peu tenté d'en chercher à d'autres.

Toutes ces prat.ques semblent difficiles, parce qu'on ne s'en avise pas ; mais dans le fond elles ne doivent point l'être. On est en droit de vous supposer les lumières nécessaires pour exercer le métier que vous avez choisi; on dort présumer que vous connaissez la marche naturelle du cœur humain, que vous savez étudier l'homme et l'individu, que vous savez d'avance à quoi se pliera fa volonté de votre élève, à l'occasion de tous les objets Intéressants pour son âge que vous ferez passer sous m% yeux. Or, svoir !e$ instruments et bien savoir leur ueage, a'est-ce pas être maître de l'opération ?

Vous objectez les c&pïkcs de l'enfant, et rmrs avez tort. Le caprice des enfants n'est jamais l'ouvrage de la nature, mais ê'une mauvaise discipline : c'est qu'îta ont obéi ou commandé ; et i'ai dit cent fois qu'il ne fallait ni S'un ni- l'autre. Votre élève n'aura donc de caprices que ceux que vous lui aurez donnés ;■ B est- juste que vous

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