‹ Émile, ou, de l'Éducation (volume 2)Chapitre 58 sur 64 · LIVRE D · texte numérisé non relu

LIVRE D

sur tnx S5av£ftiaga ; âw& tes ténkbrm, ils sont nos guides à lecr tour. Nous sommes aveugles la moitié de ta vie ; avec ta différence que les vrais aveugles savent toujours se conduire, et qne nous ii'ososîs faire un pas au cœur de la nuit. On a de la lumière, me dfra-t-cn. Eh quoi î toujours des machines î Qui vous répond qu'elles vtc3 suivront partout au besoin ? Pour moi, f aime mieux qu'Emile ait des yeux au bout de ses doigts que da&s la boutique $un chandelier.

Etes-vous enferma dans an édifice an milieu de ta nuit ? frappez des mates; vous apercevrez-, au résonne* ment du lieu, si l'espace est grand ou petit, si vous êtes au milieu ou dans un coin. A denï-pïed d'un mytrs l'air moins ambiant et pîus réfléchi vous porte une autns sensation au visage. Restez en place, et tournez-vous successivement de tons ?es côtés. ; 8*11 y a une pvvte ouverte, m îége? courant d'air vous t'tadiqtrara. Etes-vous û&m m bateau ? vous connaîtrez, a fa manière dont fan* voua frappera le v&age> non seulement en queî sens votï3 allez, mais $3 le €î de la rivière vots entraîne lentement. cra vite. Ces observations, et nrîîfe autres semblables, ne peuvent bien se faine que de nuit ; quelque attention que •nous voulions leur donner en plein jour, nous serais aidés ou distraite par ta vue, elles nous échapperont. Cepen* dani il n'y a encore ici ni mains ni bâtons ; que de cosi« naissances oculaires on peut acquérir par le touebef, même sans rien toucher du ton* !

Beaucoup de jeux de nuit Cet avis est pîus îrnsjortairt qu'il ne semble. La nuit effraye naturellement les hommes, et quelquefois tes anhnaux (î). La raison, les connaissances, l'esprit, îe courage, délivrent peu de gens de ce tribut j'ai vu des raisonneurs, des esprits forts, dm philosophes, des militaires intrépides en plein jour, trembler la nuit comme des femmes au bruit d'une feuflla d'arbre. On attribue cti effroi aux contes des noerricee, on se trompe ; îl y a une cause naturelle. Quelle est cette cause ? ta même qm rend les sourds défiants et !c peuple superstitieux, nçnorance des choses qui nous envi* tonnent et de ce qui ss passe autour ds uous (2). Àc*

ï. Cet tfîvùl devreat êtes nruaîfesce dâcfe ïfis grasdes écïïpsta do soleil,

2. En vpïci encore use -autre cause, fcica expliquée par en philosophe dont je cite souvent le livres et dont les çrsadeo vues m'instruiseai encore piaîs souvent.

c Lorsque, p«ï èes cirtanj&ocett particulières, cotza «.5 paa*.

coutume d î loin les objets et de ptù-

Inurs imprt&sions eV avance, comment, ne voyant plus s de ce qui m'entoure, n'y supposerais-js pas rniiîe tires, mille mouvements qui peuvent nie nuire, et dont ii m'i impossible de me garantir ? J'ai beau savoir que je &ws .en sûretç dans fe lieu où je mê trouve, je ne fe g Jamais aussi- bien que sj voyais actuellement : fa i

donc toujours on -sujet de crainte que je n'avais pasV-i plein Jour. Je sais, il est vrai, qu'un corps étranger m pzui guère agir sur le mien sans s'annoncer par quelque tant ; aussi combien j'ai sans cesse î oreille ^alerte . ! Au cnohîdrç hmrt9 dont ie ne puis discerner la cause, l'intérêt de ma conservation nie fait d'abord supposer tout ce qui doit h plus m'engager à me tenir sur mes gardes,

vous Juger des objets çu-e par là grandeur de 'l'angle, ou plutôt de l'usage qu'ils ferment dans nos yeux, nous nous trompons alors nécessairement sut ta grandeur de ces objets. Tout le monde a éprouvé qu'en voyageant la nuit ou prend un buisson dont on est près pour un grand arbre dont os est loin, £U bien 033 prend un grand arbre éloigné pour un buisson qui «st voisin. De même, eâ on ne connaît pas îcs objets par lecr forme* et qu'on ae puisse avoir par ce moyen aucune idée de distance, ou se trompera encore nécessairement Une mou-» che qui passera avec rapidité à quelques pouces de distance de • 210s yens nous paraîtra dans ce cas &tr& un oiseau qui eu serait â uns très grande distance ; un cheval qui serait sans mouvement dass le milieu d'une campagne, et qui serait dans wbo attitude semblable* par exemple, à celle d'un mouton, ne nous paraîtra plus qu'un gros mouton, tant que nous ne reo nsitsam f?as Que C'est un cheval ; mais dès quQ nous l'aurons ' jrecoanu, 8 nous paraîtra dans l'instant gros comme un cheval ; c£ sous rectifierons sur le champ notre premier jugement.

« Toutes te© Cols qu'on se trouvera dans la nuit das^ des liens inconnus cù l'on ne pourra juger de la distance, et où X'oa ne peurra reconnaître la forme des choses à cause de Fobseurité* on sera en danger de tomber à tout instant âsam l'erreur an sujet des jugements Que Ton fera sur les objets qm': 9.Q présenteront : c'est de îà q^e vient la frayeur et î'espèee = de crainte intérieure Que l'obscurité de la nuit fait sentir à : presque tous les hommes : c'est sur cela qu'est foadée Fappajeence des spectres et des ilgures gigantesques et épouvantables .que tant de gens âizziiî avoir vus. On leur répond commune* /< inest ^ue ces figures étalent dans leur imagination ; cepeu*-'' dant dits pouvaient être réellement dans leurs yeus, et Q estJ très possible qu'ils aient en effet vu ce qu'ils disent avoir vu ; car il doit arriver nécessairement, toutes les fois qu'on ne pourra juger d'un objet que par l'angle qu'il forme dans l'«eeîl, • que cet objet inconnu grossira et grandira à mesure qu'on cm* Bcra plus voisin, et que s'il a d'abord paru au spectateur, qvz\

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