‹ Émile, ou, de l'Éducation (volume 2)Chapitre 59 sur 64 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

fei par conséquent tout ce qui est îe plus propre à fafçffrayer.

N'entends-je abso" s is pas pour cela

tranquille ; car enfin sans bruit on peut encore me surprendre. ïî faut que je suppose 3 telles qu'eues

étaient auparavant, te qu'elfes doivent encore être, que fe voie ce que je ne vois pas. Ainsi forcé de mettre en jeu oion imagination, 1 s suis plus mate,

et ce qus j'ai fait pour me rassurer ne sert qu'a m*aïar~

; davantage. Si j'entends du bruit, j'entends des leurs • si je n'entends rien, je vois des fantômes : la vigilance que m'inspire îe soin de nie conserver ne me donne que sujets de* crainte. Tout ce qui doit me rassurer n'est que dans ma raison ; l'instinct plus fort me parle tout autrement quelle. A quoi bon penser qu'on n'a rien à craindre, puisque alors on n'a rien à faire ?

La cause du mal trouvée indique le remède. En toute chose l'habitude tm l'imagination ; il n'y a que des objets nouveaux qui la réveillent Dans csux qv& Ton voit tous

. que su a paru, dis-Jç, d'abord ds la hauteur Je quelques

pieds lorsqu'il était à La distance de vingt eu trente pa&, il doit paraître ' haut de plusieurs toises lorsqu'il n*ea sera plus éloigné que de quelques pieds ; ce qtii doit en effet Fétonne? et Fcffraycr jusqu'à ce qu'enûn î! vienne à toucher l'objet 015 à !e reconnaître, car, dans Finstani même qu'il reconnaîtra ce que c'est, cet objet qui lui paraissait gigantesque diminuera tout à coup, et ne lui paraîtra plus avoir que sa grandeur réelle ; mais> si l'on fuît ou qu'on &'osc approche^ H est certain qu'on n'aura d'autre Idée de cet objet que celle es l'image qtfîl formait dans l'œil, et qu'on aura rêellemes-: une %ure gigantesque 011 épouvantable par la grandeur et par la forme, Le préjugé des spectres est donc fondé da&s la stature, et ces apparences ne dépendent pas, comme le croient les philosophes, uniquement de rhnaginatioa ». (îlîst tut* i. YL p, 32, tB-12),

J'ai tâché de montrer dams le teste coauncu* Cl ea dépead toujours es partie, et, quant a la cause expliquée dans ce passage, on voit que l'habitude de marcher la umî doit cous apprendre à distinguer les apparences que la ressemblance des Cormes et la diversité des distances t'ont prendre ans objets h. nos yeux dans l'obscurité ; car, lorsque l'air encore assez éclairé pour noua laisser apercevoir les <&&?*: de3 objets, comme il y a plus d'air interposé dans un plus ad éîoîgnemeat, nous devons toujours voir ces coatzrara :is marqués quand l'objet est plus loin de nous, ce qrj| suffit, à force Oi d'habitude, pour nous garantir de Terreur qu'explique ici M, de Buffon. Quelque explication qu'on pré* 1ère, ma méthode est doue toujours i i qpq

m EMILE

les fftïffs, ce nyesf plus Hîjiagînail- ii, cfest îa

mémoire, et voilà fa raison ck l'axiome #5 assaeiis non fit pastio : car ce ifest qu'au feu de l'imagination que îcs passions s'allument. Ne raisonnes donc pas avec celui que vous voulez guérir de liiormir des ténèbres ; menez* l'y souvent, et soyez sûr que tous les arguments de î& philosophie, ne vaudront pas cet usage* La tête ne tourna potet aux couvreurs sur les toits, et l'on ne voit plm avoir peur clans l'obscurité quiconque est accoutumé d'y Être.

Voilà doue pour fcos jeifît de naît un autre avantage ajouté au premier ; niais, pour que ces jeux réussisses!, je n'y puis trop recommander la gaieté. Rien n'est si triste quz les ténèbres ; n'allez pas enfermer votre enfant dans un catrhot. Qu'il ne en entrant dans l'obscurité ; .que !e rire le reprenne avant qui! ce sorte ; que, tandis qu'il y est, l'idée des amusements qu'il quitte* et de ceux qu'il va retrouver, fe défendent de^ tamgiaaâo$s fantastiques gtsi poOiTalent Py iraal? dwSser.

" I! est us terme de la vie au delà duquel on rétrograde es avançant : fc sens que j'aî passé ce terme. Je recomagence, pour ainsi ûîm, une autre carrière. Le vidz de Page mûr quï s'est fait sentît à moi, me retrace le doux: temps du premier âge. En vieillissant je redeviens enfant, et |e me rappelle plus volontiers ce que j'ai fait à dix ans qu'a trente. Lecteurs, pardonnez-moi donc de tirer quelquefois mes exemples de moi-même ; car, pour bkn faire be Hvre, if faut que je le fasse avec plaisir.

J'étais à la campagne en pension chez un oiinlstr© appelé M. Lamberder. j'avais pour camarade un cousin plus riche que moi et qu'on traitait en héritier, tandis qu'éloigné de mon père je n'étais qu'un pauvre orphelin. Mon grand cousin Bernard tiwi singulièrement poltron, gortstit fa nuit je me moquai tant de sa frayeur, quô M L&mfoerder, ennuyé de ~f:nes vantetics, voulut mettre mon courage a l'épreuve. Un soir d'automne qu'il faisait très obscur il me donna la clef du tdvnple,^ et me dit d'&tier chercher dans la chaire îa BîWe ciu'on y avait kissee. 0 ajouta, pour ma piquer d'honneur, quelques mots qui me mirent dans ftmcmtssancc de reculer.

je partis sans lumière ; ei f en avais eu, c'aurait peut-* Être été pis encore. H fallait passer par le ohnetière r je te traversai gaillardement ; car, tant qne je me sentais cil plein air, ?e nseus jamais de frayeurs nocturnes.

Bu ouvrant îa porte, -f entends à !a voûte un certain retenfesemeiyf que je çrta pESseotblç? & dès voix* et qui

mm n ici

gnftriê, Je vot tÉfteir; msls S peiflâ bfi Ï! qraï-

à pas que Je fà-arrêial. En apercevant i?obscurît5 profonds qui régtia$ dans ce vaste Uea, fc fus saisi d'fcne ter*enr qui me Si dresser les dîeve&x ; Je rétrograde, Je sera, je me o^ls a fetîr toi TMant J ;d dans la

cour un petit chien nommé S&ian, dont les caresses me rassurèrent Honteux de ma frayeur, je rzvms sut mes pas, tâchant pomkuiï d'emmener avec moi Sultan, qui ne voulut pas me suivre. Je franchis brusquement la porte, f entre dans réglise. à peifté y fus-je rentré que lai frayeur me rèpïit, mais si fortement, que je psrdis 2a fête ; et quoique la chaire fût à droite, et que je l£ susse très bisn, ayant tourné sans m'en apercevoir, Je la cherchai iangteiros à gau ! rzQmhzîmssmz ûma les

bancs, je ne is ; et, n? vouxanî trouve-?

ni la chaire m la poire, je tombal dans un bouleversement inexprimable^ Enfin, J'aperçais la porto, je vjetos à bout dî; sortir du temple, et |e m'eiï éloigne, comme la première fois, bien résolu de n y jamais rentrer seul qu'as plein four.

Je reviens Jusqu'à la maison. Prêt à entrer, Je distingua la voix de M. Lambereier à de grands éclata de 'rire, je i prends pour moi d'avance, et, confus de m'y vaït exposé, fba&ite à ouvrir ta porte. Dans cet intervalle j'entends mademoiselle Lamberder s'inquiéter de gioï, dire à ia servante de prendre la lanterne, et M. Lanibèrcier se disposer h me venir chercher, escorté de mon intrépide couaftn, auquel ensuite on n'aurait pas manqué de faire tout l'honneur de l'expédition. A l'instant tqutea nies frayeurs et ne nie laissent que celle d'être

surpris dans ma faite : je cours, je vole au temple ; sans ra'égarer, sans tâtonner, j'arrive à ta chaire ; j'y mont?, je pîeads In Bible, je m'éîance en bas ; dans' trois sauts

la la

provenu le secours qui m' *stlné.

On nre demand ~ un me

de la gaieté que j'exige cl. ces sortes d exercices ? Non : ï lé donne pour preu-

vfe o^w. rïen n'est plus capable de rassurer quiconque : egrayé des ombres do la nuit, que d'entendre dans une mbte voisine une compagnie assemblée rire et cause/ tranquillement Je voudrais qu'au lieu de s'amuse? ainsi sciai avec son élève, on rassemblât les soirs beaucoup tf enfants de bonne humgur ; qu'on les envoyât :

iusletjf^ ensemble et qu'on rfen hasardât aucun parfaitement seul, qu'on ne se fût. bien assuré d'avance qu'il n'en serait pas trop enrayé. je n'imagine rien de si plaisant et de si utile que de pareils Jeux, pour peu qu'on voulût user d'adresse à le?? ordonner. Je ferais dans une grande salle imo espèce de ïabyri&thè avec des tables, des fauteuils, des chaises, des paravents ; dans les inextricables tortuosités ée ce labyrinthe j'arrangerais, au milieu de huit ou i\\x boîtes itrapes, une boite pj semblable, bien garnie

de bonbons; je. désignerais en termes clairs, mais succincts, le lieu r )uve la bonne boîte; Je donnenriâ le renseignement suffisant pour la distinguer à des gens plus attentifs et moins étourdis que des enfants (1); avoir fait tirer au sort les petits concurrent^ je les enverrais tous l'un après l'autre, jusqu'à ce que la bonne boîte fût trouvée ; ce que j'aurais soin de rendre difficile à proportion de leur habileté.

Figurez-vous un petit Hercule arrivant une boîte a la main, tout lier de son expédition, La boîte se met sur la table, on l'ouvre en cérémonie, j'entends d*ïci des éclats de rire, les huées de la bande "joyeuse, quand, au lieu •des confitures qu'on attendait, on trouve bien proprement arrangés sur de la mousse ou sur an coton un hanneton, un escargot, du charbon, du gland, un navet, ou quelque autre pareille denrée. D'autres fois, dans une pièce nouvellement blanchie, on suspendra près du mur quelque jouet, quelque petit meuble qu'il s'agira d'aller cherche? sans toucher au mur. A peine celui qui l'apportera sera-t-il rentré que, pour peu qu'il ait manqué à îa condition, le bout de son chapeau blanchi, le bout de ses souliers, la basque de son habit, sa manche, trahiront sa maladresse. En voilà bien assez, trop peut-être, pour faire entendre l'esprit de ces sortes de jeux. S'il faut tout vous dire, ne me lisez point.

Quels avantages un homme ainsi élevé n'aura-t-iî pas îa nuit sur les autres hommes ? Ses pieds accoutumés à s'affermir dans les "ténèbres, ses mains exercées à s'appli- :r aisément ta tous les corps environnants, le conduiront sans peine dans la plus épaisse obscurité. Son imaa&tion, pleine des jeux nocturnes de sa jeunesse, se

t. Foin* les exercer à l'attention, ne leur dîtes Jamais quz des choses qu'ils aient lia intérêt sensible et présent à bien enire ; surtout point de longueur, jamais un mot superflu, aussi ne laissez dî ls .. :. ni obscurité ni 6o,tu>

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rûeisa î mt des oiïMâ Mm$m& Stt;.tfû${

eotendre des éclats de rire, su lieu de ceux .des esprits follets, ce seront ceux de ses ancien» camarades \ sH se peint une assemblée, ce ne Beta point pour lui le sabbat, maïs la chambre de son gouverneur- La nuit, ne kn rappelant que des idées gaies, ne lui sera jamais affreuse; au lieu de la craindre, 'il l'aimera. S'agit-ii d'une expédition militaire ? il sera prêt à toute heure, aussi bien seul qu'avec sa troupe. Il entrera dans îe camp de SafJ, il le parcourra sans s'égarer, il ira Jusqu'à ta tente du roi sans éveiller personne, il s'en retournera sans être aperçu. Faut-il enlever les chevaux du Rhésus ? adressezvous à lui sans crainte. Parmi tes gens autrement élevés, vous trouverez difficilement un Ulysse,

J'ai vu des gens vouloir, par des surprises, accoutumer les enfants à ne s'effrayer de rien la nuit. Cette méthode est très mauvaise ; elle produit un effet tout contraire â celui qu'on cherche, et ne sert qu'à les rendre toujours plus craintifs. Ni la raison ni l'habitude ne peuvent rassurer sur l'idée d'un danger présent dont "on ne peut connaître le degré ni l'espèce, ni sur la crainte des sut* prises qu'on a souvent éprouvées. Cependant, comment s'assurer de tenir toujours votre élève exempt de pareils accidents ? Voici le meilleur avis, ce me semble, dont on puisse le prévenir là-dessus. Voies êtes alors, dirais-je à mon Emile, dans îe cas d'une juste défense ; car l'agresseur ne vous laisse pas juger s'il vwA vous faire mal ou peur ; et comme il a pris ses avantages, la fuite même n'est pas un refuge pour vous. Saisissez donc hardiment celui qui vous surprend de nuit, homme ou bête, 5! n'importe ; sarrez-le, empoignez-le de toute votre force : s'il se débat, frappez, ne marchandez point tes coups ; et, quoi qu'il puisse dire ou faire, ne lâchez Jamais prise que vous ne sachiez bien ce que c'est. L'éclaircissement vous apprendra probablement qu'il n'y avait pas beaucoup à craindre, et cette manière de traiter les plaisants doit naturellement îcb rebuter d'y rêve

Quoique îe toucher soit de tous nos sens celui dont nous avons le plus continuel exercice, ses jugements restent pourtant, comme je l'ai dit, imparfaits et grossiers, plus que ceux d'aucun autre, parce que nous melon?, continuellement à son usage celui de la vue, et que i'ceil atteignant à l'objet plus \ot que la main, l'esprit juge presque toujours sans elle. En revanche, les jugements du tact sont les plus sûrs, précisément parce quils sont les plus bornés ; «atcj ne ^'étendant qu'aussi loin que nos

mmm, p&vfoèàt atteindre, ils ratifient Ktotrffierîe dd œtrœs sens, qui sféîançent au loin sut des objets qu'ils aperçoivent à peine, zn Heu que tout ce qu'aperçoit I? tenu er, 0 FspercG.it bfàk. Ajoutez que, Joignit, quand ai nous plaît, la force dès muscles k Y action des nerfe, noua unissons, par une sensation simultanée, au jugement de la température, des grandeurs, des figures, le jugement du poids et de la solidité. Ainsi !e toucher, étant de tous les sens celui qui nous instruit Le mieux de suppression qtie lés corps étrangers peuvent faire sur le nôtre est celui dent Vvsage esc 'le plus fréquent et noua donne te plus immédiatement la connaissance nécessaire à notre conservation.

Comme te toucfaer exercé supplée à la vue, pourquoi He pourrait-il pas aussi suppléer à Fouie jusqu'à certain point, pidscfae tes sons excitent dans !es corps sonores dès ébranlements sensibles au tact ? En posant imQ main but le corps d'un violoncelle, on peut, sans le secours des yeux ni des oreilles, distinguer, à te seule manière dont le bois vibre et frémit, si te son qu'il rend est grave ou aigu, s'il est tiré de ia chanterelle ou du bourdon. Qu'on exerce le sens à ces différences, je ne doute pa.3 qu'avec ie-temy® on n'y pût devenir sensible, au -point d'entendre un mx enfer par les doigts. Or, ceci supposé-, il est clair qu'on pourrait aisément "parler aux sourds es musique ; car les tons et les temps, frétant pas moins susceptibles de combinaisons régulières que les articulations et tes voix, peuvent être pris de même pour les éléments du discours.

Il y a des exercices qui émoussent le sens du toucher et le rendent plus obtus ; d'autres, au contraire, Patguisent et le rendent plus délicat et plus fin. Les premiers, joignant beaucoup de mouvement et de. force à îa continuelle impression des corps dttrs, rendent la peau rude, calleuse, et lui oient le sentiment naturel ; les seconda sont ceux qui varient ce même sentiment par un tact \ùgt.r et fréquent, en sorte qnt l'esprit, attentif à des impressions incessamment répétées, acquiert la facilité d£ juger toutes leurs modifications. Cette différence est sensible dans Pusage des instruments de musique : te toucher dur et meurtrissant du violoncelle, de ia contrebasse, du violon même, en rendant les doigts plus flexibles, racornit leurs extrémités. Le toucher lisse et poli du clavecin les rend aussi flexibles et plus sensibles en même temps. En ceci donc le clavecin est h préférer.

fi importe que la peau s'endurcisse aux impressions de

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Taîf & pwi&s© fora-^r tes aftéftrtfibiii c&f *^9* *ttfc <N défend tout 2e reste, A cela prèo, Je m voudrais pas que là mmn, trop servilement appliquée aux mêmes travaux v&t à s'endurcir, ni que sa peau devenue presque osseï perdît ce sentiment exquis qui donne à connaître quefe çofet te corps mf Sesquèfe on la passe, et, seloo l'espèce da ccîrt&ct, nous fait quelquefois, dans l'obscurité, fris* sonner en diverses manières.

Pourquoi faut-il que mon élève soit forcé d'svoït: touH pues sous ses pieds une peau de bœuf ? Que! mal y Êïïrait-i! que In sienne propre pût su besom lui servi* da isemâsiie ? .11 esï cîaif qu'en cette partie ta délicatesse de la p^u ne ç-2{it jamais être utile à dès, et peut soavasrl jbe&tieoiip nuira. Eveillés à îftâiùit, au èœur de aviver, $a; (^nftemi .'.âàns fer vlîSfe, Ses Geq,ev#i3 troîwèrsaî plias t£8 leurs fusils -epa leurs souliera. Si od d*feux n'avait s&3 marcher îsu-pleds, qui sait si Genève aTefit point été prise?

Armons toujours l'homme contre les accidents imprêvas. Qu'Emile cours les matins à pieds nus, en toute saison par (d chambre, par l'escalier, par te fardLi ; loin de Pesa gronder, je Fîifcfterai ; seulement j'aurai soin d'écarter te verre. Je parlerai bientôt des travaux et des jeux- m&siuefô, Du reste, qu'il apprenne & faire tows les pas qnî favorisai les évitions du corps, à prendre clan^ tontes les attÉfr» des une jtoâiii&îj aisée et solide ; qaU sache sasler &o êloîgiMiâeflt, en hauteur, gjîmp&r sur im ar©s$, frasel^r ua mur ; q^13 ticmve toujours son équilibre ; que tous sss mouvements, ses gestes, soient ordonnés selo'n les lois de la pottdératkm, longtemps ayant q^e la statique se mêîe à® fes hû expliquer. X la manière dont son pied pose à terre et dont son corps porte su* sa jambe, il doit sentir s'il est bien ou nia!. Une assiette assurée a toujours de la grâce, et les- postures les plus fermes sont aussi les plas elé&airrtea Si j'étais maître à danser, Je ne ferais pas toutes' les singeries de Marcel (1), bonnes pour le paya gù il les fait '; mais, au Keu d'occuper étonefteiRterrt mon élève à des gambades, je le mènerais as; pied d'un rocher; je lui montrerais qaelîe attitude U faut prendre, corn-

s. Cêl&ftte maître & danser de ? tftel, oofcafctssfcnt ^.r~

Son monde, IçtîsHit ftex$ff tvn$ant par ruse, et donnait à art une importance :;■.-. on feignait de trouver ridicule, maki t laquelle on toi portait: au le phsa grand respe&t,

D-r*1* ua autre art ntm moins mvôle, on voit eooore ftui'C âl^L'S Isa artiste comédien Sak*ç ainsi l'important et le fou, c£ s?e ï^ussît pas moins î>^cn. Ce ï eSÎ t: . $ùx%$

eff France ; le vtàî plus aimp'Jo 4iv moins ch«rte<

f.4*t ?>ointf fortîitte : *n Dieflteîk: y cH fa TDït^ 4*8 oota.

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ment B feu* porter le corps ef ta têfe,- qtrêî mouveitfent iî faut faire, de quelle manière 0 faut poser, tantôt i« pied, tantôt là main, pour suivre légèrement les sentiers î&c&rpés, raboteux et rudes, et s'élancer de pointe en freinte tant en montant qu'en descendant. J en ferais réftiui* d'un chevreuil plutôt qu'un danseur de l'Opéra.

Autant le toucher concentre ses opérations autour de Vftomme, autant la vis étend les siennes au delà de lui; c'est là ce qui rend celles-ci trompeuses : d'un coup d'œij l)h homme embrasse ta moitié de son horizon. Dans cette Multitude de sensations simultanées et de jugements Qu'elles excitent, comment ne se tromper sur aucun ? Ainsi la vue est de tous nos sens le plus fautif, précisé* fitenî parce qui! est le plus étendu, et que, précédant de $en loin tous les autres, ses opérations sont tiop promptes et trop vastes pour pouvoir être rectifiées par eux. H y a plus, les illusions mêmes de fa perspective nous sont nécessaires pour parvenir à connaître l'étendus et à comparer ses parties, bans les fausses apparences, nous ùt verrions rien dans l'éloignement ; sans les gradations de grandeur et de lumière, nous ne pourrions estimer aucune distance, ou plutôt il n'y en aurait point pour nous. Si, de û^ux arbres égaux, celui qui est à cent pas de aous nous paraissait aussi grand et aussi distinct que celui qui est à dix, nous les placerions à côté l'un de l'autre. Si nous apercevions toutes les dimensions des objets sous leur véritable mesure, nous ne verrions aucun espace, et tout nous paraîtrait sur notre œil

Le sens de la vue n'a, pour juger la grandeur des objets et leur distance, qu'une même mesure, savoir, Couverture de S'angle qu'ils font dans notre œil ; et comme cette ouverture est un effet simple d'une cause composée, le jugement qu'il excite en nous laisse chaque cause particulière indéterminée, ou devient nécessairement fau* ti-i Car, comment distinguer à la simple vue si l'angle, par lequel je vois un objet plus petit qu'un autre, est tel, parce que ce premier objet est ea effet plus petit, ou jtarce qu'il est plus éloigné ?

il faut donc suivre ici une méthode contraire à fa prè^ cêdetite ; au lieu de simplifier la sensation, la doubler, îa Vérifier toujours par une autre, assujettir l'organe visuel à l'organe tactile, et réprimer, pour ainsi dire, l'impétuosité du premier sens par la marche pesante et réglée du Second. Faute de nous asservir a cette pratique, nos mesures par estimation sont très inexactes. Nous n'avons syàlte gtésisim dans te coup d'aâl pour juger les hau«

UVRB il :«S

fetira, 1r

M-ive que ce n'est pas tant *a faute du cens que de soi- (usage, c'est que les ingénieurs, les arpenteurs, les archf Sectes, les maçons, les peintres, ont en général le coup d'œil beaucoup plus sûr que nous et apprécient \eè mesures de l'étendue avec plus de justesse ; parce que, kur métier leur donnant en ceci l'expérience que noul négligeons d'acquérir, ils ôtent l'équivoque de l'angle par tes apparences qui l'accompagnent, et qui déterminent plus exactement à leurs yeiu le rapport de.§ deu& causes sfe cet angle.

Tout ce qui donne du mouvement au corps sans te-

contraindre est toujours facile à obtenir des enfants. H y a mille moyens de les intéresser à mesurer, à connaître, à estimer les distances. Voilà un cerisier fort haut, comment ferons-nous pour cueillir des cerises ? L'échelle de 1$. grange est-elle bonne poisr cela ? Voilà un ruisseau fort large, comment le traverserons-nous ? une des planchée de la cour posera-t-elle sur les deux bords ? Nous vou> cirions, de nos fenêtres, pêcher dans les fossés du châteaa,; combien de brasses doit avoir notre ligne ? Je voudrais faire une escarpolette entre ces deux arbres; une corde de deux toises nous suffira»t»elle ? On me dit que dans l'autn- Inaison notre chambre aura vingt-cinq pieds carrés,, Croyez-vous qu'elle nous convienne ? sera-î-elle plusgrande que celle-ci ? Nous avons grand'faim ; voilà deux villages, auquel des ôeu& serons-nous plus tôt pour dinerV

il s'agissait d'exercer à !a course un enfant indolent et paresseux, qui ne se portait pas de lui-même à cet exercice ni à aucun autre, quoiqu'on ie destinât à Téta! militaire ; il s'était persuadé, Je ne sais comment, qu'ur* îiomme de son rang ne devait rien faire ni rien savoir, et que sa noblesse devait lui tenir lieu de bras, de jambes, ainsi que de toute espèce de mérite. A faire d'un tel cet* tiîhomme un Achille au pied léger, l'adresse de Chiror même eût eu peine à suffire. La difficulté était d'autant plu» grande que je ne voulais lui prescrire absolument rien : j'avais banni de mes droits les exhortations, le$ promesses, les menaces, l'émulation, le désir de briller; comment lui donner celui de courir sans lui rien dire ? Courir moi-même eût été un moyen peu sûr et sujet i inconvénient ; d'ailleurs il s'agissait encore de tirer de cet exercice quelque objet "d'instruction pour lui, afin d'ao- Coutumer les opérations de la machine et celle» du jugemeai à marcher toujours de coacen, Voici coauzigat jf

44HT SMttB

fcfjr pris s fi«$, ^jèst^à-dîrc csîui gui jpàfl$ iÀtà& cj6) taempie*

£jj rn'âîîânt p^Dme^sj avec lui l€3 aprés^nraH, }ô ine§* tais quelquefois dans ma poche deux gâteaux d'une éftp&ce' «gas'il aimait beaucoup ; sdoîujs en mangions chacun un à la promenade (3), et nous revenions fort contents. Un j< il s'aperçut que j'avais trois gâteaux ; fl en aurait pu m ge? six sans s'incopiïnoder "; il dépèche promptement !e Sien pour sne demander le troisième. Non, lui dis-je : je le ssaangerais for! bien nso:-même? ou nous Se partagerions; mais j'aime mieux le voir disputer à la course pas ces deîax petits garçons que voilà. Je les appelai, je leur montrai 3e gâteau et leur proposai la condition. Ils ne demandèrent pas mieux Le gâteau fat posé- sur lûtë' grande pierre qui servi! de but ; la carrière fut - marqués * 'mm allâmes nous asseoir ; an signal Sonné, te petits garçons partirent v le victorieux se saisit du gâteau, et Ife mangea sans miséricorde aux yeux des spectateurs et du vaincu»

Cet amusement valait mieux que le gâteau ; mais tî ne

prit pas d'abord et ne produisît rien, je ne me rebutai ni ne me pressai : l'instruction des enfants est un métier où 0 faut savoir perdre du temps pour en gagner. Nous eon« feyâmes nos promenades ; souvent on prenait trois gâteaux, quelquefois quatre, et de temps 'à autre il y avait un, même deux pour les coureurs. Si te prix n^ïalïc pas grand, éeux qui le disputaient c'étaient pas ambitieux; edui qui le remportait était loué, fêté ; tout se faisait avec appareil Pour donner lieu aux révolutions et ftiijg* snenter ■ hnîéirêt, Je marquais la carrière p>us longue, j'y souffrais plusieurs concurrente. A peine étaient-ils dans h ice que tous les passants s'arrêtaient pour les voir ; lès acclamations, les cris, les battements de matas, les àmfffiaisnt ; Je voyais quelquefois mon petit bonhomme trèssaillir, se tever, s'écrier quand Vvm était près d'atteindre oa de passer l'autre 2 c'étaient pour lui les jeux ùlym*> jûques.

Cependant les concurrents usaient quelquefois de .super" g&fcrie ; Es se sreteïiafent mutuette&ienty ou s^ ïaisateiïf

t. Promenade dUnapêM, comme on verra autant î^ss

promenades publiques des villes 30^? pernicieuses &&x enfants ût l'un et de l'autre ■- pa'Hs commencent è sa

srendrs vains et à vouloir être regardés? s c^est au Luxembourg, aux Tuileries, vu-nom an Paîaisr- Royal, que la belle Jeunesse de Paris va prendre cet air impertinent et iat epsî la £en<$ f& aMk^-?D 3£ Aa fait k&?* & détester d •

UVRË n rîtS

tomber,. "on pûmmàmî des cmïlou%- au passage Vm de l'autre. Cela me fournit un sujet de tes séparer, et de tes faire partir de différents termes, quoique également éloignés du but On verra bientôt la raison de cette prévoyance, car je dois traiter cette Emportante affaire datfs Km grand détail

Ennuyé de voir veurou-s manger sous &es ye#8 de-> gâteaux qm \\â faisaient grande envie, monsieur le che** valier Ravisa de soupçonner enfin que bim courir pouvait être boni à quelque chose : et, voyant qtiil avait aussi desix f&mbes, U commença de s'essayer en secret Je me gardait if en rien voir ; mais je compris que mon; stratagème ïvïï réussi. Quand il se cru: assez tort (et Je lus avant llei dans sa pensée), 8 affecta de mlmportuner po«f avoir le gâteau restant Je le refuse, Q s'obstine, et d un ait dépité û me mt à fa fin t Eh bien ! mettez-le but la pierre, marquez le champ, et nous verrons. Bon f lui dis-f^ m liant, est-ce qù'uti chevalier sait courir ? Vous gagner plus d'appétit, et non de quoi le satisfaire. Piqué de ma raillerie, i! s'évertue, et remporte le prix d'autant plus aisément que j'avais fait la lice très courte et pris soin d'écarter le meilleur coureur. On ' conçoit comment, co premier pas étant fait:, il me fut aisé de le tenir m haîetne. Bientôt il prit un ttl goût à cet exercice, que* sans faveur, il était presque sûr "de vaincre mes polissons à la course, quelque longue que fût la carrière.

Cet avantage obtenu en produisit un autre auquel fe asavais pas songé. Quand U remportait rarement le prfa^.

0 le mangeait presque toujours seul, ainsi que faisaient ses concurrents ; mais, en s'accoutumant à ta victoire, S devint généreux et partageait souvent avec les vaincus» Cete me fournit à moi-même une observation morale,, et fapprà p&r là que! èt&ït le vrai principe de la générosité,

En continuant avec lus de marquer en différents fteict les- termes d'où chacun devait partir â la fois, je fis, &E8S qtf'û s'en aperçût, les distances inégales, de sorte que

1 titj, ayant à Caire plus de chemin que l'autre pour arrive? im même but, avait un désavantage visible; ; mats, quoique fe laissasse te choix à mon disciple, il ne savait pas $*m 'prévaloir. Sans s'embarrasser de la distance, il préférai toujours le beau chemin ; de -sorte que, prévoyant aisément son choix, fêtais a p^u près le maître de lui fatç I .rire ou gagner le i &na volonté, et cette adresse ivjtft aussi gon u$age u mue d'une un. Cependant oMaro©'mon dosaém était qi^'î! tfcpgrçût ce la différence, fa rachat *J$ la lui, r&ràrc gtëb&fcfô : jeais.. m^L^e jaaSûtaat *&»«« ta.

calmé, fi si vif dans ses I & peîi 8a

moi que ff i s peines du monde à lui faira

apercevoir que je le trichais- Enfin j'en vins à bout malgré

son étourderie ; i! m'en fit des reproches. Je lui dis : De quoi vous plaignez-vous ? dans un don que je veux biea faire, ne suis-je pas maître de mes conditions ? Qui vous force à courir ? vous aWe promis de faire les lices égales ? n'avez~voud pas le choix ? Prenez la plus courts, on ne vous en empêche point. Comment ne voyez-vous pas qm c'est vous que je favorise, et que l'inégalité dont vous murmurez est toute à votre avantage si vous savez vous en prévaloir ? Cela était clair, Il le comprit ; et, pou? choisir, ù fallut y regarder de plus près. D'abord on voulut compter les pas ; mais fa mesure des pas d'un enfant est lente et fautive ; de plus, je m'avisai de multiplier les courses dans un même jour ; et alors, l'amusement devenant une espèce de passion, l'on avait regret de perdra â mesurer les lices le temps destiné à les parcourir. La Vivacité de l'enfance s'accommode mal de ces lenteurs ; On s'exerça, donc à mieux voir, h mieux estimer une distance à la vue. Alors, j'eus peu de pe\nQ à étendre et nour* fîr ce goût. Enfin, quelques mois d'épreuves et d'erreurs Corrigées Sut formèrent tellement te compas visuel, qtr©* qssand }c lui mettais par la pensée un gâteau sur quelque objet éloigné, U avait le coup d'ceîl presque aussi sûr que te .chaîne d'un arpenteur.

Comme fa vw est é* fous les sens celui" dont on peol If moins séparer les jugements de S8eBprit, il hut h%m* .eoup de temps pour apprendre à voir ; il faut avoîf longtemps comparé la vue au toucher pour accoutumer te jwemfey de ces deuis sens à nous faire un rapport è'dète $es figures et des distances : sans le toucher, sang le mon* fument progressif, les yeux du monde les plus perçants m sauraient nous donner aucune idée de l'étendue. L'uni* VWS entier ne doit être qu'un point pour une huître ; iî ne lut paraîtrait rien de pfus quand même une ârnc5 àum&Bne informerait cette huître. Ce n'est qu'à force de marcher, de palper, de nombfler, de mesurer les dimen* glons, qu'on apprend à les estimer : mais aussi, si Von mesurait toujours, le sens, se reposant sur l'instrument n'acquerrait aucune justesse. Il ne faut pas non pins que |*enfant passe tout d'un coup de la mesure à l'estimation ; il faut d'abord que, continuant à comparer par parties ca C|u'iî ne .saurait comparer tout d'un coup, à des aîiquotes précises, iî substitue des aliquotes par appréciation, et Ç$à*m ta d'appliguer toujours avec la main la mesure;

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