‹ Émile, ou, de l'Éducation (volume 2)Chapitre 61 sur 64 · LIVRE H · texte numérisé non relu

LIVRE H

Ftisage ei pour peu de temps, afin qu'il ne s'aceoutania pas à barbouiller ; mais nous pourrons quelquefois porter nos figures à la promenade, • et causer de ce que RC-U3 aurons fait ou de ce que nous voudrons faire.

Je n'oublierai jamais d'avoir vu à Turin un jeune homme à qui, dans son enfance, on avait appris les rapports dts contours et des surfaces en lui donnant chaque jour à choisir dans toutes tes figures géométriques des gaufres iîsopé ri mètres. Le petit gourmand avait épuisé l'art d'Archimède pour trouver dans laquelle il y avait Iq plus â manger.

Quand un enfant Joue au volant, Il s?e?ceree Pœi! et lt bras à îa justesse ; quand i! fouette un sabot, i! accroît sa force en s'en servant, mais sans rien apprendre. J'ai demandé quelquefois pourquoi l'on n'offrait pas aux enfants fës mêmes jeux d'adresse qu'ont les hommes ; îa paume, le mai!, le billard, l'arc, le ballon, les instruments de musique. On m'a répondu que quelques-uns de ces Jeux étaient au-dessus de leurs forces, et que leurs m«m* bres et leurs organes n'étaient pas ùsstz formé® pour .les autres. Je trouve ces raisons mauvaises : un enfant h'& pas la taille d'un homme, et ne laisse pas de porte? im habit fait comme le sien. Je n'entends pas qu'il joue avec nos masses sur un billard haut de trois pieds ; je n'entends pas qu'il aille peloter dans nos tripots, «i qu'on charge sa petite main d'une raquette de patrrmer, maïs qu'il joue dans une salle dont on aura garanti les fenê* trm i qui! ne se serve que de balles molles ; qm m® première* raquettes soient de hôte, pu!» de pardiç» ÏHtn, et enfin de corde 5 boyau, bandée i proportion d§ $mi progrès Vous préférez le volant, parce qu'il fatigua moins et qu'if est sans danger. Vous avee tort par ces deux raisons Le volant est un feu de femmes; mais \\ fl*y en a pas une que ne fît fuir une balle en mouvement Leurg blanches peaux ne doivent pas s'endurcir aux meurtris» Sures, et ce ne sont pas des contusions qu'attendent leurs visages. Mais nous. îsi\$ pour être vigoureux, croyons» nous le devenir sans peine ? et de quelle défense serons» nous canahtea, si nous ne sommes jamais art acmés ? Oïl Joue toujours lâchement les jeux où l'on peut être maladroit sans risoue : un votant ottî tombe ne fait de rnaî à personne ; mais rien ne dégourdît U>s hra* comme d'avoir a couvrir la tête, rien ne rend le coup d'opî? sî iuste que d'avoir a garantir les veux S'élancer du bout d'une salie à l'autre. ïuger le bond d'une balle encore en l'air, ta renvoyer d'une main forte et sûre, de tels îenx convfen* îicnt moins à l'homme Qu'il» na servent à Iq fennec*

Etes fibres c?tr$ e&fefrt, dlt-ott, ;ont trop molles. EïfcB ont moins de ressort liais elles en sont plus flexibles .;, Bûn bras es! faible, mate enfin cresf un feras : on en <fp!t

li(d!re? proportion gardée foui ce qu'on fait nftioe autre p&çrirne semblable. Les enfants r>?oiit dans les mains nuHg. ïiârzssg. C'est pour eete qus pe veux ou'oei leur en donne j Usr homme asrsèî P^v exoi^ qu'eux n*en aurait pas davantage ; ac^s ce peuve:^ coîBï&ttre l'usage de ces organe quv&pfès les avqlf çmplôyé$, B o*y s qu*une Langue expé* troica qtn nous apprenne à tirer parti de nous-même, et c*ê& e^i-ëi^Dce est Ici véHtabîè étuefe à laquelle on c$ psèt trop ter uous ap|$€|ysr.

Tasjf ce quI se feît est faisable. Or, rîen n*«sf plus cen#- Rfisn que de vçrr- des enfants adroits et déeoapîés avoir caiis tes ttiçtftfejrea ta même agilité que peut a^oir uo femïite. Etants presque toutes tes foires on en voit tarife r&a Êqi3îïîbre$, Oïarcnèî sur les mains, sauter, danser $gr h corde. Ocrant combien ifannêgs des troupes d'enfants q'ûnt^efîes pas &turé par leurs ballets des spectateurs à la Comédie ÊtafîesKie 5 Qui est-se qui n'a pas ouï parler, en Allemagne et en Italie, de fa troupe pantomine du célèbre NIcoHm ? Quelqu'un a-t-î! jamais remarqué dans ces enfants des mouvements moins développés, des attitudes enoiftè gracieuses, une orallle moins Juste, une danss Bfoms légère que dans les danseurs tout formés ? Qu'on ait d'abord les doigts épate, courts, ptu mobiles, les mains p©te!fes et pm capables de rmi empoigner, cela ernpêchc-t— 9 .que plusieurs enfants sachent écrire ou dessiner à i*âge où d'autres ne savent pas encore tvmr te crayon m la plumç ? Tout Pans se souvient encore de (a petits Anglais*; qui faisait à <âiK ans des prodiges sur le clavecin (î). J?a? vu cfae? un magistrat, son fîts, petit bonjbocïrsïe de huit ans, qu'on mettait sur fa table m dessert C0mirte u?îe statue au milieu des plateaux, Jouer là cfun vfeîcn presque aussi grand que hiî, et surprendre par £0n exécution les artistes mêm£&

Tous ces exemptes et cent mfite autres prouvent* ce Rie Epijblç, qu^ Hnaptituda qu'on suppose atpc enfants pcair j(!q$ çxeraces est fmagtnefre, $ que* sî on tic tef î geint réu$sîf dans qu^aucs-uns îrest Qu'on ne tes y ^ Jamais exerofe

On .me dtra que le tombe fcî, par rapport au cofos, Ûau3 l£ clefaut dé la ÇgifteÇti R^œ^tt^éc que je blâme d#ss

$9 $£* s&caassts s^c*:^ .

MB ff !0

k£? emaMg gaî fëftpbtt â ftfefrâL ta diffâ^iê é$ très grattés ; cc:r f:;n cte pet prcgrôs cfost a£gtâtfent, iftaîs làfttre esrt réel j£ai prouvé qa$ Pé&pffê qu'ils psraî^ent Ctvoir, îte ne pont pas, au lieu q'utg totit ce qt$2s paftâsseàt felre sis te font D'aâltesnv, ois doit toiaismî» songer qag tout ceci n'est en ne doit être que feu, direction racite ei volontaire cks mouvements que 3a nature tear deisand^ art cfe varier leurs amusements pour (es leur rendre plus agréables, sans que jamais La moindre contrainte les toufné e?3 travail ; car enfin de quoi a'amuserarJMIs dorai je r;^ is£g faire un objet dir -i pour em; ? et quàxïd fe

ne le pourrais pas, pourvu qi^ife fa : &ans inconvé-

nient, et que te temps se p#sse, tour progrès en tonte cfeosé n'fcnpdrte pas quand û' présent; au [j&u que. lorsqu'il feu* nécessairement ter apprendre c;ci au cela, ctuâta^ qu'on S Mine, H .est tonjcouss biposs^ble gi*\>3 en

&enne à bout Sans contrainte, sansiâciiede, et saïitresmot,

Ce qiae j'ai dît sur tes' tiens sens dont-i'usage es* Iq pî^s continu et le plus -Important, peut servir d'ë'xsn^te de la manière d'exercer les autres. La vue; et te toucher appliquent également sur tes corps ea repos et sur les corps qui se meuvent ; maie comme H n'y a que l'ébranlement de l'air qui puisse émouvoir te sens de l'ouïe, y n'y a qu'un corps en mouvement qui liasse du bretit ou davsoîn ; et si tout était cd repos, èkhis ^srtëendfîoiss iaa&ais rtenu La ntfît donc oà, ce nous t&ôuvani non^-mêmes qu'axitant qu'il noua pMt, nous n'âfrVQn9 à eraifsticQ qu« !oa corps qui se cieuvenS, il nous Emporte Savoir l'oreille alerte* de pouvoir juger par la sensation qui nems frappe, $3 le corps qui te cause est grand ou petite éMgaê ou proche, si s©n ébranlement est viûtent on îeâb\&. L'air ébranle es* ski jet à des répercussions qui te réfléchissent; qui, produisant des échos, rèpèxorà h sensation, et Ebrit l^l^lc? le corps bruyant oa sonore en ire Beu que ceàaî où U

est. Si dans une plainse ou dans une vaîîSe on tnet roreîîle à terre, on entend ia voix des hommes et le pas des che* vaux de beaucoup p^3 Imn qu'en pestant debout

Comme nous avons c . ré la vue au toucher, y es) ftoa de te comparer de raêxsîe à F orne, ei de saycar L des deux i rions, partant à la Fols Au eu&bc corps,

îy«ra le pfe tôt à son organe. I te feu

r;!%:n canon îeut encore se à l'abri dy coup:

mais sHôt :nd le bruit, U ;'i,.?^i pkis temp^, ïe

est :.'•>. laitce oâ a^

tonnerre £^ L-intervalte de temps qu] sfe passe d^ Fécl

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jgspjtoteoatt ; c, il% et oeil

trouva les autres par induction : mais j'aime cent I mieux qu'il les ignore que s'il faut que vous les lu! disiez.

Nous avons un organe qui répond â l'ouïe, savoir, celui de la voix ; nous- n'en avons pas de même qui réponde à la vue, et nous oe rendons pas les couleurs comme les sons C'est un moyen de plus pour cultiver le premier sens, eu exerçant l'organe actif et S'organe passif S'un pat l'autre.

L'homme a trois sortes de vgjx : savoir, la voix parlante au articulée, la voix chantante ou mélodieuse, et la voix pathétique ou accentuée, qui sert de langage aux passions, et qui anime le chant et ta parole. L'enfant a ces trois sortes de voix ainsi que l'homme, sans les savoir allier de ni&me ; il a comme nous le rire, les cris, les plaintes^ l'exclamation, Ses gémissements, mais il ne sait pas en

1er les inflexions aux deux autres voix. Une musique parfaite est celle qui réunit le mieux ,ces trois voix. Leâ enfants sont incapables de cette musique-là, et leur chant n'a jamais d'âme. De même, dans la voix parlante, leur langage c'a point d'accent ; ils crient, mais ils n'accen*» tuent pas ; et comme dans leur discours il y a peu d'ac* Cent, il y a ptu d'énergie dans leur voix, Notre élève aura Je parler plus uni, plus simple encore, parce que ses pas* sîons n'étant pas éveillées, ne mêleront point leur langage au sien. N'allez donc pas lui donner à réciter des rôles de tragédie et de comédie, ni vouloir lui apprendre, comme on dit, à déclamer. 11 aura trop de sens pour savoir donner un ton à des choses qu'il ne peut entendre, et do l'expression à des sentiments qu'il n'éprouvera jamais.

Apprenez-lui à parler uniment., clairement, à bien articuler, à prononcer exactement et sans affectation, â co««* naître et à suivre l'accent grammatical et la prosodie, à donner toujours assez de voix pour être entendu, mais à n'en donner jamais plus qu'il ne faut ; défaut ordinaire aux enfants élevés dans les collèges s eu toute chose dea de su perd a

De même, dans îe chant, rmâst sa voix juste, égale, flexible, sonore ; son oreille sensible â la mesure et à l'harmonie, mais rien de plus. La musique imitative et théâtrale n'est pas de son âge ; je ne voudrais pas même ciu'ii chantât des paroles : s'il en voulait chanter, je tâcherais de lui faire des chansons exprès, intéressantes pouf âge, et airssî simples que ses idées.

Oa .p^se bien qu'étant si ptn pressé de îui apprendra

UVRE H 7îï

h lirê Pitfittif©, Jd ft* le i®PftJ Éôfc plus rta tu!

apprendre à lire la musique Ecartons de son cerveau toute attention trop pénible, et ne flous hâtons point de fixer son esprit sur des signes de convention. Ceci, js l'avoue, semble avoir sa difficulté ; car, si la connaissance des notes ne para?? pas d'abord plus nécessaire poitî savoir chanter que celle cte tettres pour savoir parler, iî y a pourtant cette différence, qu'en parlant ooiss rendons nos propres idées, et qu'en chantant nous ne rendons fcfe que- celles d'autrui. Or, pour les rendre, il faut les lire.

Mais premièrement, au lieu de tes fife on les peu* ouïr,

et un chant se rend à l'oreille encore plus fidèlement qu'à l'œil. De plus, pour bien savoir la musique, il ne suffit pas de la rendre, il la faut composer ; et ifun doit $'ap~ prendre avec l'autre, sans quoi l'on ne la sait jamais bien. Exercez votre petit musicien d'abord à taire des phrases bien régulières, bien cadencées ; ensuite à les lier entre elles par une modulation très simple ; enfin à marquer leurs différents rapports par une ponctuation correcte, ce qui se fait par le bon chois des cadences et des repos, Surtout jamais de chant bizarre, jamais de pathétique id d'expression : une mélodie toujours chantante et sirnpfô, toujours dérivante des cordes essentielles du ton, et tou* Jours indiquant tellement !a basse qu'il îa sente ei Tac* compagne sans peine, car, pour se former la vois et l'oreille, il ne doit jamais chanter qu'au clavecin.

Pour mieux marquer les sons, on les articule en les

E renonçant ; de là l'usage de solfier avec certaines sy!la« es. Pour distinguer les degrés, iî faut donner des noms et à ces degrés eî à leurs différents termes fixes; de là les noms des intervalles, et aussi des lettres de l'alphabet dont on marque les touches du clavier et les notes de la gamme, C et A désignent des sons fixes invariables, toujours rendus par les mêmes touches. Ut et la sont autre chose. Ut est cons* tamment la tonique âyun mode majeur, ou la médiante d'un mode mineur. Lu est constamment îa tonique d'un mode mineur, ou la sixième note d'un mode majeur, Ainsi les lettres marquent les termes immuables des rap* ports de notre système musical, et les syllabes marquent les termes homologues des rapports semblables en divers tons. Les lettres indiquent les touches du clavier, et les syllabes les degrés du mode. Les musiciens français ont étrangement brouillé ces distinctions ; ils ont confondu le sens rie? syllabes avec le «en? de? lettres, et. doublant inutilement "les signes des tpushes* ils n'en ont posât laissé

15Ï SLX&JE

SpoasT ^^rfrtfer lés cotâps dss tofls ; &1 gôrfe ci-e $8ja£ é&s Bf et C èùsut tosfyO&tfè In même ehos-? ; es cjtu ii'esf pas, et

V& doit pas être; car ates d$ quoi Servirait C ? Aussi tefcr «lanière de solfier est*eî1e d'une difficulté excessive sans l^re d'aucaos wtiBtè, $&&s porte amenas idée nette &

l'esprit, puisque, par cette tïSéfhoée, ess ûo-wi syllabes ut et mit par Qxsmpîg, mv^zrn également signifier une tierca majeure, mineure, superflue ou dfanîmiée. Par quelle ùïmn*> ce latâUté le pays ûiî tntmâ'ç où l'on écrit les pli?» besi:;^; Svres- s^r h musique est-8 préciséKisnt celui où oa l'apprend te ptm diirkikment ?

Suivons avec notre élève une pratique plus stopk ai poss ckire; qu'il n'y ait pour "lui que deux modes, d tes rapports soient toujours les mêmes et toujours indiques par tea Éite&eg sj^sbea Sou tprôl change cm (^l*ïJ pue -d'im Instrument, c^U saçfte établir v<m mode $m eîu:cua des douze tons quai peuvent lui servir de base, et 4ue, soit qtfcn module en D, en C, en G, etc., la fiscale toit toujours a? ©u la, selon le mode. De cette manière U voi3 concevra toujours ; les rapports essentiels du moue pour chanter et j$uer jtistè sèment toujours présents à s&à (esprit, son exéetîtian sera plu?, nette et son progrès f>h?s rapide, 0 n'y a riea cfë phis bizarre qiu'e ce que le3NPraa« ç&fe rappeHeri soêiisr m Bâtard; c'est éloigner les idées as Sa chsse pom en si^stlty^r d'étrangères qui ne test to*égaier. Es en tfest phis aatiarel e^ue de solfier ppj traTL> position, lorsque Le mode esi trai^osé. Ma:s c'en est trop sa? Sa musique : ens€tgii®j«-&i ^oiume veus voudrez, pourvu qu?d!e ne' 'soii jamais qu'un amusement

Nous voilà bîeo avenis de Fêtât des corps étrasi^ers par rapport au nôtre, de leur p&ids, de feur ligure, de lem coutear, de fear sçlfôifê, de teisr grandeur, de feu? distance, dfi kar teoipératiire, de leur repos, de kur mouvemeai

Mous sommes inslfttita de ceux ç^\l nous convient d'approcher ou d»ëte.rgmz de nous, d2 ïa manière dont i] f&vA &a&s y prendre pour vaincre leur rlsïstartce, on pou,? leur en opposer une qui bous préservé d'en t-tre offensés;

oais ce n'est pas assez : aoîre propre corps s êptsiae $$8S eess^, 0 a besoin d^foe sans c^sae renouvelé. Quoique ftoœ ayew^s ^a iacdté d'ea changer d'autrô» en ûotefi prcçre ^sîa^œ, le cfeobi n'est pas liidificrent : tout ï^ pas àfimaît po^r Faonime; et des substances qui peuvent l'être : il y "en a de pliap cia de rnoljis çooveaab salor) la canâtâ'tiîtio23 ^ &am espècôj ssloa le climat qu'U k^bîte, sekai son ^^^- 'îsameat partîc.triio^ et selosî ia qmîiîèr^ de v^vre que *ùi p©p$cri1 itet

LIVRÉ il âjj

U$m XBAusio^ âïfeftié& ou e^p^&c&Hls s>U lâîBdrl

:endre, pour cîiomLr les nourritures qui nous cotfviea-

ni, que l'expérience nous eût appris à les connaître ci. à les choisir; mais la Suprême bonté qui a fait, du piaisi.r des êtres sensibles, l'inâirunienf de leur conservation,, nous avertit,. par ce ouï plaît h notre palais, de ce qui convient à notre estomac, 0 n'y a point naturellement pour l'homme, de médecin phis sur que son propre appétit; et, à le prendre dans son état primitif, je ne doute point qu'alors les aliments qu'il trouvait les plus agréables ne lui fussent aussi les plus saina

Il y a plus. L'auteur des- choses ne pourvoit pas seulement aux besoins qu'il nous donne, raais encore è ceux q#e nous cous donnons nous-mêmes; et c'est pour mettra toujours le désir à côté du besoin,,, qu'il, fait que nos goûts cîkmgent et s'altèrent avec nos manières de vivre, Plu& nous nous éteignons ae l'état de nature, plus nous perdons de nos goûts naturels; ou jylutàt l'habitude nous lait une seconde nature qm nous substituons tellement à la pr«&* mière, quz nul d'entre nous ne connaît plus celle-ci

Il suit de là que les goûts les plus naturels doivent être aussi les plus simples, car ce sont ceux qui se transforment le plus aisément; au lieu qu'en s'aiguisant, en s'ixritant par nos fantaisies, ils prennent une forme qui ne change plus. L'homme qui n'est encore d'aucun pays se fera sans peine aux usages de quelque pays que ce soit; mais l'homme d'un pays- ne devient plus celui d'un autre»

Ceci me paraît vrai dans tous les sens, et, bien .plus encore, àpp au goût proprement dit Notre premier

aliment est lé lait : nous ne nous accoutumons que par

grés aux saveurs fortes ; d'abord elles nous répugnent. Des fruits, des légumes, dès herbes, et enfin quelques viandes grillées, sans assaisonnement et sans sel, firent les festins des premiers hommes, (1). La première fois

m sauvage boit au vin, ii fait la grimace et le rejette; et même parmi nous, quiconque a vécu jusqu'à vingt ans \ goûter de liqueurs fermentées ne peut plus sV accoutumer; nous serions tous abstcmes sî Ton ne nous eût donne du vin dans nos jeunes ans. Enfin, plus nos goûts sont simple.", plus ils sont universels ; les repu» gnances les pins communes tombent sur des mets corn- 'poilés. Vit-oh jamais personne avoir en dégoût l'eau ni le pain ? Voila La trace de la nature, voilà donc aussi notre

. le. Conservons a l'enfant son goût primitif le plus qu'il est possible; que sa nourriture soft commune et

1. Voyez « ^Arcadie » de Pausaniàs ; voyez aussi le morceau de Plutarque traoscrit ci-api

simple, que son palais ne se familial

veurs peu relevées, et ne se forme point un goût exclusif.

Je n'examine pas ici si cette manière de vivre est plus Saine ou non; ce n'est pas ainsi que je l'envisage ; me suffit de savoir, pour ' la ■ préférer, que c'est la r conforme à la nature, et celle qui peut le plus aisément se plier à toute autre. Ceux qui* disent qu'il faut accoutumer les enfants aux aliments dont Ils useront étant grands, ne raisonnent pas bien, ce me semble. Pourquoi leur nourriture doit-elle être la même, tandis que leur manière de vivre est si différente ? Un homme épuisé de travail, de soucis, de peines, a besoin d'aliments succulents qui lui portent de nouveaux esprits au cerveau; un enfant qui vient de s'ébattre, et dont le corps croit, a besoin d'une nourriture abondante qui lui fasse beaucoup de chyle. D'ailleurs l'homme fait a déjà son état, son emploi, son domicile; mais qui est-ce qui peut être sûr de ce que la fortune réserve à l'enfant ? En toute chose ne lui donnons point une forme si déterminée, qu'il lui en coûte trop d'en changer au besoin; ne faisons pas qu'il meure de faim dans d'autres pays, sfï\ ne traîne partout à sa suite un cuisinier français, ni qu'il dise un jour qu'on ne sait manger qu'en France. Voilà, par parenthèse, un plaisant éloge S Pour moi, je dirais au contaire qu'il n'y a que les Français qui ne savent pas manger, puisqu'il faut un art particulier poui leur rendre les mets mangeables.

De nos sensations diverses, le goût donne celles qui généralement nous affectent le plus; aussi sommes-nous plus intéressés à bien juger des substances qui doivent faire partie de la nôtre, que de celles qui ne font que l'environner. Mille choses sont indifférentes au toucher, à l'ouïe, à la vue; mais il n'a presque rien d'indifférent au goût. De plus l'activité de ce sens est toute physique et matérielle ; il est le seul qui ne dit rien à l'imagination du moins celui dans les sens duquel elle entre le moins, au lieu que l'imitation et l'imagination mêient souvent du moral à l'impression de tous les autres. Aussi, généralement les cœurs tendres et voluptueux, les caractères passionnés et vraiment sensibles, faciles à émouvoir par les autres sens, sont-Ils assez tièdes sur celui-ci. De ceia même qui semble m r. le goût au-dessous d'eux, et rendre plus méprisable le penchant qui nous y livre, je conclurais, au contrai que le moyen le plus convenable pour gouverner les enfants est de les mener par leur bouche. Le mobile de la gourmandise est surtout préférable à celui de la vanité, en, ce que la première est un appétit de la nature, tenant

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