‹ Émile, ou, de l'Éducation (volume 2)Chapitre 62 sur 64 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

immêâlî ïs, ci que fa seconde est un ùuvn

de l'opinion, sujet au caprice des hommes et à fout sortes d'abus, La gourmandise est la passion de Vmlance;; cette passion ne tient devant aucune autre; à ta moindre concurrence elle disparaît Eh ! croye2~moï, l'enfilai ne casera que trop tôt de songer à ce qu'il mange; et quand son cœur sera trop occupé, son palais ne l'occupera guère. Quand, il sera grand, mille sentiments impétueux donneront le du i la gourmandise, et ce feront qu'irriter la vanité; car cette dernière passion seule fait son profit des autres, et a ia lin les engloutit toutes. j'ai quelquesfois examiné ces gens qui donnaient de l'importance aux bons morceaux/ qui songeaient, en s'éveillant, à ce qu'Us mangeraient clans la 'journée, et décrivaient un repas avec plus d'exactitude que n'en met Po- Jybe à décrire un combat, J'ai trouvé que tous ces prétendus hommes n'étaient que des enfants de quarante ans, sans vigueur et sans consistance, / rages consumai. ïtaïL La gourmandise est iè vice des cœurs qui n'ont point d'étoffe. L'âme d'un gourmand est toute dans son palias; 13 n'est fait o{ii^ pour r ; dans sa stupide Incapacité il n'est qu'à "table à sa place, il ne sait juger que des plats. Laisser ans regret cet emploi; mieux lui vaut ceîuMà qu'un autre, autant pour nous que pcmr hn,

Craindre Que ïa gourmandise ne s'enracine dans un enfant capable de quelque chose est une précaution de petit esprit Dans l'enfance on ne songe qu'à ce qu'or. mange ; dans l'adolescence on n'y songe plus : tout nous est bon, et l'on a bien d'autres affaires. Je ne voudrait pourtant pas qu'on allât faire un usage indiscret d'un ressort si bas, ni étayer d'un bon morceau l'honneur de faire une belle action. Mais je ne vois pas pourquoi, toute l'enfance n'étant ou ne devant ùttQ que jeux et folâtres amusements, des exercices purement corporels n'auraient pas un prix matériel et sensible. Qu'un petit iVlvorquîn, voyant un panier sur le haut d'un arbre, l'abatte à coups de fronde, n'est-il pas bien juste qu'il en profite, et qu'un bon déjeuner répare la ïorce qu'il use à te gagner (1)? Qu'un jeune Spartiate, a travée les risques de cent coups de fouet, se glisse habilement dans une cuisine, qu'il y vole un renardeau tout vivant qu'en l'emportant dans sa robe il en soit égratigné, mordu, mis en sang, et que, pour n'avoir pas la honte d'être surpris, l'enfant se laisse déchirer les entrailles

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qu'il profite enfin de sa proie, et qu'il là mange après en avoir été aiangé ? jamais un bon repas ne doit être- une récompense ; mais pourquoi ne serait-il pas l'effet des soins qu'on a pris pour se le procurer ? Emile ne regardepoint le gâteau que j'ai mis sur la pierre comme le- prbe d'avoir bien couru ; H sait seulement que le seul moyen .d'avoir ce gâteau est d'y arriver plus îM qu'un autre.

Ceci ne contredit point les maxioies que j'avançais tout à l'heure sur la simplicité des mets { car,, pour flatter l'appétit des eiilaats, Il ne s'agit pas d'exciter leur ser».snalité, mais Seulement de la satisfaire ; et . cela ^obtiendra par les choses du monde tes plus communes, si l'on ne îTïïAmûle pas à leur raffmer le goût Le" bit cor*

tlnuel, qu'excite le besoin de croître, es . asseispimiement sûr qui leur tient lien de beaucoup d'autres. 'Des fmfe/du laitage, quelque pièce de four un peu ■ délicate q^iie. k ordinal* u de dispenser

sobrement tout cela, voilà de quoi mener des armées d'enfants au bout du monde sans leur donner du goût pour les saveurs vives, ni risquer de leur blaser le palais.

Une des preuves que îe goût de la viande n'est pas naturel à l'homme, est l'indifférence qiiQ tes enfants ont pour Ce mets-là, et la préférence qu'ils donnent, tous à des nourritures végétales, telles que le laitage, la pâtisserie, les fruits, etc. fi importe surtout de ne pas rer ce goût r i et de ne point rendre les

eniants c<c *rs : si ce cour leur santé, eu;

pour lenr caractère; car, de ne marnera qufcm

explique {'expérience, il est, certain que les grands mangeurs de viande sont en général cruels et féroces pi as que les autres hommes; cette observation est de toui les lieux et de ions les temps : la barbarie anglaise est connue (!) ; les <3 contraire,, sont les plus doux

des ss (2). Tous te^ sauvages sont cruels, ë

mœurs ne a l'être: cette cruauté vient

de leurs aliments. Ils v . ' ce me à la cha ■

H traitent les hosmes comme iles ours. En Ane, (même les bouc ;: pas reçus en tém&gna

t. Je sais que ■■ vantent beaucoup fe^ fcnmat

H le 'bon naturel Ce leur r. -'• naînrêd

peuple ;: mai* ils oni beau - -cuvent, < ■« •

gcwme xie ïz répète api

2. Le;; Banïafcs, qui s'absi nent de toute chaîr plus £< < renient eue I ' mais,

comme leur morale est moins pure et le : caMe, i

;, iloa piu6 que les diinirgîetfa JLeâ gr>n8s BCélênate ^endurcissent au meurtre en buvant du sang. Homère fût ât5 Cyclopes, mangeurs de chair, des hommes affreux, et des Lotophages un peuple si- aimable, qu'aussitôt qu'on avaî ayê de lent commerce on oubliai!; jusqu'à son pays pour vivre sux.

< Tu me demander, disait Plutarqu^ pourquoi Pythagjôre s'abstenait de .lO^-^or de te ehâïr des bêles ; mafe moi je fe demaade, au conîrafe, qnd -courage tfhcrame, £ut ïe premier qui apprc sa bouche une dhaîr

lirtrife, qui bris - î , d'une bête expi-

ante, .qui t srvïr devani îs corps morts, des cada-

ïUglotitit , dans son nbres qui,

le atoment d'auparavant, t fc, mugissaient, mar-

chaient et voyaient? Comment oa maki put-elle enfoncer un fer aaiii te cœar d'ui* être sensible? Comment ses

.,;: purent-ils supporter un meurtre? Comment' put-il voir saigner, écorcher, dèmwbïQï m pauvre anima! sans défense ! Comfl >utol .supporter l'aspect des

chairs pantelantes? Comment leur odeur ne lui fit-eîla pas soulever le cœur? Comment ne ftit-iJ pas dégoûté, repoussé, saisi d'horreur, quand il vint à manier l'ordure de ces blessures^ à nettoyer îe sang noir et figé qui les couvrait ?

Les peatt: aient sar la terre êeorchées^ '

5 chairs au feu. «mugissaient embrochées.:^ L'homme ne put les manger sans frémir, / Et dans son sein les entendit gémir,

\ Voila œ qu'il ûuï imaginer et sentir !a première fois iqu'il surmonta !a nature pour faire cet horrible repas, il première fois qu'il eut faim d'une bête en vie, qui? voulut se nourrir d'un animal qui paissait encore, et qu'il dit comment il fallait égorger, dépecer, cuire la brebis qui lui léchait les mains. C'est de cmx qui cornmencèrent ces cruels festins,, et non de ceux qui les quittent, qu'on a lieu de s'étonner î encore ces premiers-là pourraient-Us justifier leur barbarie par des excuses qm tiquent à la notre, et dont fe défaut nous rend cest plus barbares qu'eux.

afiÇ nocs diraient ces- pre- ! les temps ; vo; mbien vdqb

»3 heureux et .combien noue 3 s misérables!

1» Un des traducteurs anglais de te livre a. relevé îcî suai

...; deux l'ont corrigée* Les i les cîr-

çi^rjg&eQs sont reçus ea CesioigASg< -- — ' BÎcrs co

ièçto ;c.;; ftdnua coaroa Jupes, oa . JgBB€9$

ferré fiotfvfeïtetçeïrt fomée et l'air chargé île vapeur étalent encore indociles à Tordre des saisons ; îe cours incertain des rivières dégradait leurs rives de toutes parts ; des étangs, des lacs, de profonds marécages inondaient les trois quarts de la surface an monde, Tau- Ire quart était couvert de bois et de forets stériles. La terre ne produisaient nuls bons fruits; nous n'avions nuls instruments de laboifirage, nous ignorions l'art de nous en servir, et le temps de la moisson ne venait jamais pour qui n'avait rien semé. Ainsi ia faim ne nous quittait point L'hiver, la mousse et i'écorce des arbres étaient nos mets ordinaires. Quelques racines vertes de chiendent et de bruyères étaient pour nous un régal ; et quand les hommes avaient pu trouver des faines, noix ou du gland, ils en dansaient de joie autour à*W chêne ou d'un hêtre, au son de quelque chanson rustique, appelant la terre leur nourrice "et leur mère : c'était !à leur unique fête; c'étaient leurs uniques jeux; tout le reste de la vie Humaine n'était que douleur, peine et misère.

c Enfin, quand îa terre dépouillée et nue ne nous offrait plus rien, forcés -d'outrager la nature pour nous conserver* nous mangeâmes l'es compagnons de notre rnisère plutôt que de périt avec eux. Mais vous, hommes cruels, qui vous force+à verser du sang? Voyez quelle affluence die biens vous environne ? Combien de fruits vous produit la terre ? Que âe richesses vous donnent les champs et les vignes ! Que d'animaux vous offrent leur lait pour vw& nourrir et leur toison pour vous habiller ! Que leur jtiemandez-vous de plus ? et quelle rage vous porte à commettre tant de meurtres, rassasies de biens et regorgeant de vivres ? Pourquoi inentes-vous contre notre' ikirt en f accusant de ne pouvoir vous nourrir? Pourquoi péchez-vous contre Cérès, inventrice des sainte? lois, et contre le gracieux Baeehus, consolateur des bonimm? comme si leurs dons prodigués ne suffisaient pas à îa' conservation du genre humain ? Comment avezvous îe cœur de 'mêler avec leurs' doux fruits des ossements sur vos tables, et de manger avec îe lait le sang des bêtes qui vous le donnent ? Les panthères et tes lions, que vous appelés bêtes féroces, suivent leur iménet par force, et tuent les autres animaux pour vivre. Mai» vous, cent fois plus féroces qu'elles, vous combattez l'instinct sans nécessité pour vous livrer à vos cruelles délices ; les animaux que vous mangez ne sont pas peux qui mangent les autres ; vous m les mangez pas ces OTiaaux cQ-rnasskrrs, vous les faritez ; vous n'avez

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