‹ Émile, ou, De l'éducation (volume 3)Chapitre 47 sur 300 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

.irantir. Puis vous l'enfermerai à l'obscurité dans un -ans fenêtre. A ce procédé si nouveau il commence par crier, conte. Bientôt il se lasse et

change de loo; il se plaint, il gémit : un domestique se préautin le prie de le délivrer. Sans chercher de prétexte pour i\ei\ rien faire, le domestique répond : J'ai aussi tes vitres à conserver, et s'en va. Knfin, après qae l'enfant tura demeuré là p sel longtemps pour s'y

ennuyer e; iwnir, quelqu'un lui suggérera de vous

m accord au moyen du is lui rendriez la

-, et il ne casserail plus de vitres. 11 ne demandera pas mieux. Il vous fera le venir voir : vous viendrez; il

era sa proposition, et vous l'accepterez à l'instant en lui

is y gagnerons tous deux :

■ lus tôt cette bonne idée! Et puis, sans lui

ation ni confirmation de sa promesse, vous

^'embrasserez a\ec joie et L'en z sur-le-champ dans sa

chambre, regardant cet accord cou ■ et inviolable autant

avait passé. Quelle idée pensez-vous qu'il

i..i, sur ce, procédé, de la foi des lents et de leur

utilité? Je suis trompé s'il y a sur lu terre un seul enfant, non

preuve de cette conduite, et qui s'avise après

enêtre à dessein. Suivez ia chaîne de tout

cela. Le petit méchant ia t guère, en faisant un trou

pour planter sa fève, qu'il se creusait un cachot où sa science

ne tarderait pas à le faire enfermer'.

là dans le monde moral, voilà la porte ouverte au vice. Avec les conventions et les devoirs naissent la tromperie et le ! • Dès qu'on peut l'aire ce qu'on ne doit pas, on

I. Au reste, quand ce devoir de tenir ses engagements ne serait pa» affermi dans l'esprit de l'enfant par le poids de son utilité, bientôt le sentiment intérieur, commençant à poindre, le lui imposerait comme une loi de la conscience, comme un principe inné qui n'attend pour se développer que les connaissances auxquelles il s'applique. Ce premier trait n'est point par la main des hommes, mais gravé dans nos cœurs par l'auteur e justice. Otez la loi primitive des conventions et l'obligation qu'elle impose, tout e=t illusoire et vain dans la société humaine. Qui ne tient que par son proût à su promesse D plus lié que s'il n'eût rien promis ;

ou tomt au plus il en sera du pouvoir de la violer comme de la bisque dea joueurs, qui ne tardent à s'en prévaloir que pour attendre le moment de s'en prévaloir avec plus d'avantage. Ce principe est de la dernière importanc •, et mérite d'être approfondi : car c'est ici que l'homme commence à se mettre en contradiction avec lui-même.

veut cacher ce qu'on n'a pas dû faire. Dès qu'Un intérêt lait promellre, un intérê! plus grandpeut faire violer la promesse: il ne sagit plus de la violer impunément : la ressource est naturelle; on se cache et l'on ment. N'ayant pu prévenir le vice, nous voici déjà dans le cas de le punir. Voilà les misères de la vie humaine qui commencent avec ses erreurs.

J'en ai dit assez pour faire entendre qu'il ne faut jamais infliger aux enfants le châtiment comme châtiment, mais qu'il doit toujours leur arriver comme une suite naturelle de leur mauvaise action. Ainsi vous ne déclamerez point contre le mensonge, vous ne les punirez point précisément pour avoir menti: mais vous ferez que tous les mauvais effets du mensonge, comme de n'être point cru quand on dit la vérité, d'être accusé du mal qu'on n'a point fait, quoiqu'on s'en défende, se rassemblent sur leur tête quand ils ont menti. Mais expliquons ce que c'est que mentir pour les enfants.

I! y a deux sortes de mensonges : celui de fait qui regarde le passé, celui de droit qui regarde l'avenir. Le premier a lieu quand on nie d'avoir fait ce qu'on a fait, ou quand on affirme avoir fait ce qu'on n'a pas fait, et en général quand on parle sciemment contre la vérité des choses. L'autre a lieu quand on promet ce qu'on a pas dessein de tenir, et en général quand on montre une intention contraire à celle qu'on a. Ces deux mensonges peuvent quelquefois se rassembler dans le même1; mais je les considère ici par ce qu'ils ont de différent.

Celui qui sent le besoin qu'il a du secours des autres, et qui ne cesse d'éprouver leur bienveillance, n'a nul intérêt de les tromper; au contraire, il a un intérêt sensible qu'ils voient les chosescomme elles sont, de peur qu'ils ne se trompent à son préjudice. 11 est donc clair que le mensonge de fait n'est pas naturel aux enfants; mais c'est la loi de l'obéissance qui produit la nécessité de mentir, parce que l'obéissance étant pénible, on s'en dispense en secret le plus qu'on peut, et que l'intérêt nt d'éviter le châtiment ou le reproche l'emporte sur l'intérêt éloigné d'exposer la vérité. Dans l'éducation naturelle et libre, pourquoi donc votre enfant vous mentirait-il? Qu'at-il à vous cacher? Vous ne le reprenez point, vous ne le punissez de rien, vous n'exigez rien de lui. Pourquoi ne vous dirait-il

1. Comme, lorsque accusé d'une mauvaise action, le coupable s'en défend en se 'Usant uonnéte homme. Il ment alors dans le fait et dans le droit.

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