‹ Emile, ou de l'Education (volume 4)Chapitre 100 sur 128 · IV · texte numérisé non relu

IV

image de ces plaisirs qui leur sont inconnus ne vienne un jour égarer leurs cœurs et troubler le bonheur de leur retraite. En France , les filles vivent dans des couvents , et les femmes courent le monde. Chez les anciens , c'étoit tout le contraire ; les filles avoient , comme je l'ai dit, beaucoup de jeux et de fêtes publiques ;4es femmes vivoient retirées. Cet usage étoit plus raisonnable, et maintenoit mieux les mœurs. Une sorte de coquetterie est permise aux filles à marier, s'amuser est leur grande affaire. Les femmes ont d'autres soins chez elles, et n'ont plus de maris a chercher; mais elles ne trouveroient pas leur compte à cette réforme , et malheureusement elles donnent le ton. Mères , faites du moins vos compagnes de vos filles. Donnez-leur un sens droit et une âme honnête , puis ne leur cachez rien de ce qu'un œil chaste peut regarder. Le bal , les festins , les jeux , même le théâtre , tout ce qui , mal vu , fait le charme d'une imprudente jeunesse, peut être offert sans risque à des yeux sains. Mieux elles verront ces bruyants plaisirs , plutôt elles en seront dégoûtées.

J'entends la clameur qui s'élève contre moi.

Quelle fille résiste à ce dangereux exemple?

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