‹ Emile, ou de l'Education (volume 4)Chapitre 103 sur 128 · LIVRER · texte numérisé non relu

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ne tardent pas à mériter d'être aussi de la capitale. Où commence le mal, à votre avis?

dans les lieux où Ton le projette , ou dans ceux où l'on P accomplit ?

Je ne veux pas que de la province une mère sensée amène sa fille à Paris pour lui montrer ces tableaux si pernicieux pour d'autres ; mais je dis que quand cela seroit, ou cette fille est mai élevée , ou ces tableaux seront peu dangereux pour elle. Avec du goût, du sens , et l'amour des choses honnêtes, on ne les trouve pas si attrayants qu'ils le sont pour ceux qui s'en laissent charmer. On remarque à Paris les jeunes écerveices qui viennent se hâter de prendre le ton du pays, et se mettre à la mode six mois durant pour se faire siffler le reste de leur vie : mais qui est-ce qui remarque celles qni , rebutées de tout ce fracas, s'en retournent dans leur province, contentes de leur sort, après l'avoir comparé a celui qu'envient les autres? Combien j'ai vu de jeunes femmes amenées dans la capitale par des maris complaisants et maîtres de s'y fixer, les en détourner ellesmêmes , repartir plus volontiers qu'elles n'étoient venues, et dire avec attendrissement la

veille de leur départ : Ah ! retournons dans

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notre chaumière , on y vit plus heureux que dans les palais d'ici ! On ne sait pas combien il reste encore de bonnes gens qui n'ont point fléchi le genou devant l'idole, et qui méprisent son culte insensé. Il n'y a de bruyantes que les folles j les femmes sages ne font point de sensation.

Que si, malgré la corruption générale, malgré les préjugés universels, malgré la mauvaise éducation des filles , plusieurs gardent encore un jugement k l'épreuve, que sera-ce quand ce jugement aura été nourri par des instructionsconvenables, ou, pour mieux dire, quand on ne l'aura point altéré par des instructions vicieuses? car tout consiste toujours à conserver ou rétablir les sentiments naturels. Il ne s'agit point pour cela d'ennuyer de jeunes filles de vos longs prônes , ni leur débiter vos sèches moralités. Les moralités pour les deux sexes sont la mort de toute bonne éducation. De tristes leçons ne sont bonnes qu'à faire prendre en haine et ceux qui les donnent et tout ce qu'ils disent. Il ne s'agit point en parlant a de jeunes personnes de leur faire peur de leurs devoirs, ni d'aggraver le joug qui leur est imposé par la nature. En leup exposant ces de-

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