‹ Emile, ou de l'Education (volume 4)Chapitre 104 sur 128 · LIVRÉ V · texte numérisé non relu

LIVRÉ V

voirs^ soyez précise et facile; ne leur laissez pas croire qu'on est chagrine quand on les remplit; point d'air fâché, point de morgue. Tout ce qui doit passer au cœur doit en sortir; leur catéchisme de morale doit être aussi court et aussi clafr que leur catéchisme de religion, mais il ne doit pas être aussi grave. Montrez-leur dans les mêmes devoirs la source de leurs plaisirs et Je fondement de leurs droits. Est-il si pénible d'aimer pour être aimée , de se rendre aimable pour être heureuse , de se rendre estimable pour être obéie de s'honorer pour se faire honorer ? Que ces droits sont beaux ! qu'ils sont respectables! qu'ils%o*nt chers au cœur de l'homme quand «la femme sait les faire valoir! Il ne faut point attendre les ans ni la vieillesse pour en jouir. Son jempire commence avec ses vertus; h peine ses attraits se développent, qu'elle règne déjà par la douceur de son caractère et rend sa modestie imposante. Quoi homme insensible et barbare n'adoucit pas sa fierté et ne prend pas des manières plus attentives près d'une fille de seize ans, aimablç^et sage, qui parle peu, qui écoute, quynet de la décence dans son maintien et de l'honnêteté dans ses propos , à qui sa beauté ne fait ou-

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blier ni son sexe ni sa jeunesse, qui sait intéresser par sa timidité même, et s'attirer le respect qu'elle porte a tout le monde ?

Ces témoignages, bien qu'extérieurs , ne sont point frivoles; ils ne sont point fondés seulement sur l'attrait des sens ; ils partent de ce sentiment intime que nous avons tous que les femmes sont les juges naturels du /nérite des hommes. Qui est-ce qui veut être méprisé des femmes ? personne au monde , non pas même celui qui ne veut plus les aimer. Et moi, qui leur dis des vérités si dures , croyez-vous que leurs jugements me soient indifférents ? Non; leurs suffrages menant plus chers que les vôtres, lecteurs, souvent plus femmes qu'elles. En méprisant leurs mœurs, je veux encpre honorer leur justice : peu m'importe qu'elles me haïssent si je les force à m'estimer.

Que de grandes choses on feroit avec ce ressort, si l'on savoit le mettre en œuvre. Malheur au siècle où les femmes perdent leur ascendant et ou leurs jugements ne font plus rien aux hommes ! c'est le dernier degré de la dépravation. Tous les peuples qui ont eu des mœurs ont respecté les femmes. Voyez Sparte, voyez les Germains, voyez Rome , Rome le siège de

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