‹ Emile, ou de l'Education (volume 4)Chapitre 111 sur 128 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

et n'étoit pas d'une fidélité a toute épreuve sur les dragées et sur les bonbons. Sa mère la surprit, la reprit, la punit, la fit jeûner. Elle vint enfin a bout de luipersuader que les bonbons gâtoient les dents, et que de trop manger grossissoit la taille. Ainsi Sopbie se corrigea : en grandissant elle a pris d'autres goûts qui l'ont détournée de cette sensualité basse. Dans les femmes comme dans les hommes , sitôtque le cœur s'anime , la gourmandise n'est plus un vice dominant. Sophie a conservé le goût propre de son sexe j elle aime le laitage et les sucreries ; elle aime la pâtisserie et les entremets , mais fort peu la viande ; elle n'a jamais goûté ni vin ni liqueurs fortes: au surplus elle mange de tout très-modérément j son sexe , moins laborieux que le nôtre , a moins besoin de réparation. Èn toute chose elle aime ce qui est bon et le sait goûter ; elle sait aussi s'accommoder de ce qui ne l'est pas ,^ans que cette privation lui coûte.

Sophie a l'esprit agréable sans être brillant, et solide sans être profond, un esprit dont on ne dit rien, parce qu'on ne lui en trouve jamais ni plus ni moins qu'a soi. Elle a toujours celui qui plaît aux gens qui lui parlent, quoi-

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qu'il ne soit pas fort orné , selon l'idée que nous avons de la culture de l'esprit des femmes ; car le sien ne s'est point formé par la lecture , mais seulement par les conversations de son père et de sa mère , par ses propres réflexions, et par des observations qu'elle a faites dans le peu de monde qu'elle a vu. Sophie a naturellement de la gaieté , elle étoit même folâtre dans son enfance; mais pèu a peu sa mère a pris soin de réprimer ses airs évaporés , de peur que bientôt un changement trop subit n'instruisît du moment qui l'avoitrendu nécessaire. Elle est donc devenue modeste et réservée même avant le temps de l'être ; et maintenant que ce temps est venu , il lui est plus aisé de garder le ton qu'elle a pris , qu'il ne lui seroit de le prendre sans indiquer la raison de ce changement. C'est une chose plaisante de la voir se livrer quelquefois par un reste d'habitude à des vivacités de l'enfance , puis tout d'un coup rentrer en elle-même , se taire , baisser les jeux et rougir; il faut bien que le terme intermédiaire entre les deux âges participe un peu de chacun des deux.

Sophie est d'une sensibilité trop grande pour conserver une parfaite égalité d'humeur, mais

elle a trop de douceur pour que cette sensibilité soit fort importune aux autres; c'est à elle seule qu'elle fait du mal. Qu'on dise un seul mot qui la blesse , elle ne boude pas , mais son cœur se gonfle; elle tâche de s'échapper pour aller pleurer. Qu'au milieu de ses pleurs-son père ou sa mère la rappelle et dise un seul mot , elle vient à l'instant jouer et rire en s'essuyant adroitement les yeux et tâchant d'étouffer ses sanglots.

Elle n'est pas non plus tout-a-fait exempte de caprice. Son humeur , un peu trop poussée, dégénère en mutinerie, et alors elle est sujette a s'oublier. Mais laissez-lui le temps de revenir a elle , et sa manière d'effacer son tort lui en fera presque un mérite. Si on la punit, elle est docile et soumise , et l'on voit que sa honte ne vient pas tant du châtiment que de la faute. Si on ne lui dit rien, jamais elle ne manque de la réparer d'elle-même , mais si franchement et de si bonne grâce , qu'il n'est pas possible d'en garder la rancune. Elle baiseroit la terre devant le dernier domestique , sans que cet abaissement lui fît la moindre peine; et sitôt qu'elle est pardonnée , sa joie et ses caresses montrent de quel poids son bon cœur est soulagé. En un

mot elle souffre avec patience les toi très, et répare avec plaisir les sien l'aimable naturel de son sexe avant l'ayons gâté. La femme est faite pou l'homme et pour supporter même soi Vous ne réduirez jamais les jeunes { même point : le sentiment intérieur se révolte en eux contre l'injustice :

ne les lit pas pour la tolérer.

Gravei

Pelidae stomachum cedere nescl

Sophie a de la religion , mais ui raisonnable et simple, peu de dogm< de pratiques de dévotion ; ou pluti noissant de pratique essentielle que elle dévoue sa vie entière à servir I sant le bien. Dans toutes les instri ses parents lui ont données sur c l'ont accoutumée à une soumissi< tueuse , en lui disant toujours : <t M » connoissances ne sont pas de voti )> tre mari vous en instruira qua » temps ». Du reste, au lieu de Ion de piété , ils se contentent de la par leur exemple , et cet exemple dans son cœur.

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ertu; cet amour est devenu ite. Elle l'aime parce qu'il m ijuc la \ ertu ; «-Ile l'aime lîiii la eloire de I « • femme * ?rtucuselui paroît presque le l'aime comme la seule ui- . cl parce qu'elle ne \ < > j t nu , malheur , opprobre .

vie d'une femme déshonii comme chère li son ressndre cl diâ*ne m<?rc : non ;iix de leur propre > ertu .

>i <lc la sienne , et son preneme est l'espoir «le faire ttimcnls lui inspirent un SIève l'âme , et lient tous isservis à nue passion si aste et honnête jusqu'à Ile l'a juré dans le loin!

c dans un temps où «'Ile un tel serment conte a ml clic eu auroit dû rési ses sens étoient faits

iheur d'être une aimaar tempérament et co-

y mimiiiii,

quelle par vanité, voulant plutôt briller que plaire , cherchant l'amusement et non le plaisir. Le seul besoin d'aimer la dévore , il vient la distraire et troubler son cœur dans les fêtes : elle a perdu son ancienne gaieté ; les folâtres jeux ne sont plus faits pour elle ; loin de craindre l'ennui de la solilude elle la cherche ; elle y pense à celui qui doit la lui rendre douce : tous les indifférents l'importunent; il ne lui faut pas une cour, mais un amant; elle aime mieux plaire à un seul honnête homme , et lui plaire toujours, que d'élever en sa faveur le cri de la mode, qui dure un jour, et le lendemain se change en huée.

Les femmes ont le jugement plutôt formé que les hommes ; étant sur la défensive presque dès leur enfance et chargées d'un dépôt difficile à garder , le bien et le mal leur sont nécessairement plutôt connus. Sophie, précoce en tout , parce que son tempérament la porte a l'être , a aussi le jugement plutôt formé que d'autres filles de sdn âge. 11 n'y a rien à cela de fort extraordinaire ; la maturité n'est pas partout la même en même temps.

Sophie est instruite des devoirs et des droits de son sexe et du nôtre. Elle connoît les dé-

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