‹ Emile, ou de l'Education (volume 4)Chapitre 16 sur 128 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

reste a voir comment 011 y vit. Il est temps de lui montrer l'extérieur de cette grande scène dont il connoît déjà tous les jeux cachés. Il n'y portera plus l'admiration stupide d'un jeune étourdi, mais le discernement d'un esprit droit et juste. Ses passions pourront l'abuser , sans doute ; quand est-ce qu'elles n'abusent pas ceux qui s'y livrent? mais au moins il ne sera point trompé par celles des autres. S'il les voit, il les verra de l'œil du sage, sans être entraîné parleurs exemples ni séduit parleurs préjugés.

Comme il y a un âge propre à l'étude des sciences , il y en a un pour bien saisir l'usage du monde. Quiconque apprend cet usage trop jeune le suit toute sa vie, sans choix, sans réflexion, et, quoiqu'avec suffisance, sans jamais bien savoir ce qu'il fait. Mais celui qui l'apprend , et qui en voit les raisons , le suit avec plus de discernement , et par conséquent avec plus de justesse el de grâce. Donnez-moi un enfant de douze ans qui ne sache rien du tout , à quinze ans je dois vous le rendre aussi savant que celui que vous avez instruit dès le premier âge, avec la différence que le savoir du vôtre ne sera que dans sa mémoire, et que

celui du mien sera dans son jugement. De même , introduisez un jeune homme de vingi ans dans le monde ; bien conduit, il sera dan un an plus aimable et plus judicieusement pol que celui qu'on y aura nourri dès son eafance car le premier, étant capable de sentir U raisons de tous les procédés relatifs à l'âge , l'état , au sexe , qui constituent cet usage , l« peut réduire en principes , et les étendre ai cas non prévus; au lieu que. l'autre , n'aya que sa routine pour toute règle , est emb:

rassé sitôt qu'on l'en sort.

Les jeunes demoiselles françoises sont tou élevées dans des couvents jusqu'à ce qu'on marie. S'aperçoit-on qu'elles aient peine al à prendre ces manières qui leur sont si n velles ? et accusera-t-on les femmes de P d'avoir l'air gauche et embarrassé , d'ign l'usage du monde pour n'y avoir pas été n dès leur enfance ? Ce préjugé vient des du monde eux-mêmes , * qui , ne comtois rien de plus important que cette petite scie s'imaginent faussement qu'on ne peut prendre de trop bonne heure pour l'acqi

Il est vrai qu'il ne faut pas non plus trc tendre. Quiconque a passé toute sa Jeu

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iondç y porto le reste de sa vie *sé , contraint, un propos touropos , des manières lourdes et ont l'habitude d'y vivre ne le ^ui n'acquièrent qu'un nouveau Sort de s'en délivrer. Chaque* lion, a son temps propre qu'il , et ses dangers qu'il faut éviter, our celle-ci qu'ils se réunissent; spose pas non plus mon élève ns pour l'en garantir, méthode remplit d'un même obvues , et quand, parant un in- \\e en prévient un autre , je juge îst bonne , et que je suis dans le :me je crois voir dans l'expédient Jggère ici. Si je veux être ausfec mon disciple, je perdrai sa ; bientôt il se cachera de moi. Si complaisant, facile, ou fermer e quoi lui sert d'être sous ma i fais qu'autoriser son désordre, sa conscience aux dépens de Ja e l'introduis dans le monde avec t de l'instruire , il s'instruira plus ux. Si je l'en tiens éloigné jusqu'à

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la fin , qu'aura-t-il appris de mpi ? Tout peutêtre , hors l'art le plus nécessaire a l'homme et au citoyen, qui est de savoir vivre avec ses semblables. Si je donne à ses soins une utilité trop éloignée , elle sera pour lui comme nulle, il ne fait cas que du présent. Si je me contente de lui fournir des amusements, quel bien lui fais- je ? il s'amollit et ne s'instruit point.

Rien de tout cela. Mon expédient seul pourvoit atout. Ton cœur , dis-je au jeune homme , a besoin d'une compagne ; allons chercher celle qui te convient: nous ne la trouverons pas aisément peut-être , le vrai mérite est toujours rare ; mais ne nous pressons ni ne nous rebutons point. Sans doute il en est une , et nous la trouverons à la fin , ou du moins celle qui en approche le plus. Avec un projet si flatteur pour lui je l'introduis dans le monde. Qu'aije besoin d'en dire davantage ? Ne voyezvous pas que j'ai tout fait ?

En lui peignant la maîtresse que je lui destine , imaginez si je saurai m'en faire écouter , si je saurai lui rendre agréables et chères les qualités qu'il doit aimer, si je saurai disposer tous ces sentiments a ce qu'il doit rechercher

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