IV
5o . ÉMILE.
leurs préjugés, et ne se soucie point qu'on l'estime avant que de le connoître. Sa manière de se présenter n'est ni modeste ni vaine, elle est naturelle et vraie; il ne connoîtni gêne ni déguisement, et il est au milieu d'un cercle ce qu'il est seul etsans témoin. Sera-t-ilpour cela grossier, dédaigneux, sans attention pour personne ?Tout au contraire ; si seul il ne compte pas pour rien les autres hommes, pourquoi les compter oit- il pour rien vivant avec eux ? Il ne les préfère point a lui dans ses manières , parce qu'il ne les préfère pas a lui dans son cœur, mais il ne leur montre pas non plus une indifférence qu'il est bien éloigné d'avoir , s'il n'a pas les formules de la politesse , il a les soins de l'humanité. Il n'aime a voir souffrir personne ; il n'offrira pas sa place a un autre par simagrée , mais il la lui cédera volontiers par bonté , si , le voyant oublié, il juge que cet oubli le mortifie j car il en coûtera moins à mon jeune homme de rester debout volontairement , que de voir l'autre y rester par force.
Quoîqu'en général Émile n'estime pas les hommes , il ne leur montrera point de mépris, parce qu'il les plaint et s'attendrit sur eux. Ne