‹ Emile, ou de l'Education (volume 4)Chapitre 29 sur 128 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

car elles y font beaucoup; les hommes qui en ont sont les vrais ^clorateurs des femmes. Ils n'ont pas'comme les autres je ne sais quel jargon moqueur de galanterie ; mais ils ont un empressement plus vrai , plus tendre , et qui part du cœur. Je connoîtrois près d'une jeune femme un homme qui a des mœurs et qui coin mande a la nature , entre cent mille débauchés. Jugez de, ce que doit êtreïlmile avec un tempérament tout neuf, et tant de raisons d'y résister ! Pour auprès d'elles , je crois qu'il sera quelquefois timide et embarrassé; mais sûrement cet embarras ne leur déplaira pas , et les moins friponnes n'auront- encore qirc trop souvent L'art d'en jouir et de l'augmenter. Au reste, son empressement changera sensiblement de forme selon les états. Il sera plus modesbe et plus respectueux pour les femmes , plus vif et plus tendre auprès des filles à marier. Il ne perd point de vue l'objet de ses recherches , et c'est toujours à ce qui les lui rappelle qu'il marque le plus d'attention.

Personne ne sera plus exact à tous les égards fondés sur l'ordre de la^ nature , et même sur le bon ordre de la société ; mais les premiers

seront toujours préférés aux autres , et il res<pectera davantage un particulier plus vieux que lui , qu'un magistrat de sonâge.Éta*t donc pour l'ordinaire un des plus jeunes des sociétés où il se trouvera , il si ra toujours un des plus modestes , non par la vanité de paroître humble % mais par un sentiment naturel et fondé sur la raison. 11 n'aura point l'impertinent savoir-vivre d'un jeune fat , qui , pour amuser la compagnie , parle plus haut que les sages et coupe la parole aux anciens : il n'autorisera point, pour sa part v la réponsé d'un vieux gentilhomme a Louis XV, qui lui demandoit lequel il préféroit de son siècle ou de celui-ci : « Sire , j'ai passé ma jeunesse à respecter les » vieillards , et il faut que je passe ma vieil- » lesse a respecter les enfants. »

Ayant une âme tendre et sensible, mais n'appréciant rien sur le taux de l'opinion, quoiqu'il aime a plaire aux autres, il se souciera peu d'en être considéré. D'où il suit qu'il sera plus affectueux que poli , qu'il n'aura jamais d'airs ni de fasïe , et qu'il sera plus touché d'une caresse que de mille éloges. Par les mentes raisons , il ne négligera ni ses manières ni son maintien ; il pourra même avoir quelque

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