LIVRE IV
recherche dans sa .parure , non pour paroître un homme de gout , mais pour rendre sa figure plus agréable ; il n'aura point recours au cadre doré , et jamais l'enseigne de là richesse ne souillera sou ajustement.
On voit que tout cela n'exige point de ma part un étalage de- préceptes , et n'est qu'un effet de sa première éducation. On nous fait un grand mystère de l'usage du monde; comme si , dans l'âge où l'on prend cet usage , ou ne le prenoit pas naturellement, et comme si ce n'étoit pas dans un cœur honnête qu'il faut chercher ses premières lois ! La véritable politesse consiste a marquer de la bienveillance aux hommes : elle se montre sans peine quand on en a j c'est pour celui qui n'en a pas qu'on est forcé de réduire en art ses apparences.
« Le plus malheureux effet de la politesse » d'usage est d'enseigner l'art de se passer des » vertus qu'elle imite. Qu'on nous inspire dans » l'éducation l'humanité, et la bienfaisance , » nous aurons la politesse , ou nous n'en au- ») rons plus besoin.
» Si nous n'avons pas celle qui s'annonce » par les grâces, nous aurons celle qui annonce
» l'honnête homme et le citoyen , nous n'au-» » rons pas besoin de recourir a la fausseté.
» Au lreu d'être artificieux pour plaire , il » suffira d'être bon; au lieu d'être faux pour » flatter les foiblesses des autres , H. suffira » d'être indulgent.
» Ceux avec qui l'on aura de tels procédés » n'en seront ni enorgueillis ni corrompus 5 ils » n'en seront que reconnoissants, et en de- » viendront meilleurs »
Il me semble que si quelque éducation doit produire l'espèce de politesse qu'exige ici M. Duclos , c'est celle dont j'ai tracé le plan jusqu'ici.
Je conviens pourtant qu'avec des maximes si différentes Emile ne sera point comme tout le monde , et Dieu le préserve de l'être jamais ! Mais en ce qu'il sera différent des autres, il ne sera ni fâcheux ni ridicule : la différence sera sensible sans être incommode. Emile sera , si l'on veut , un aimable étranger. D'abord on lui pardonnera ses singularités en disant : Use
1 Considérations sur les mœurs de ce siècle, par M. Duclos.