‹ Emile, ou de l'Education (volume 4)Chapitre 32 sur 128 · LIVRE IV. ^ Gi · texte numérisé non relu

LIVRE IV. ^ Gi

blent le plus, parce qu'il se sentira bon } et , jugeant de cette ressemblance par la conformité des goûts dans les choses morales en tout ce qui tient au bon caractère, il sera fort aise d'être approuvé. Il ne se dira pas précisément : Je me réjouis , parce qu'on m'approuve , mais je me réjouis parce qu'on approuve ce que j'ai fait de bien; jé me réjouis de çe que les gens qui m'honorent se font honneur : tant qu'ils jugeront aussi sainement, il sera beau d'obtenir leur estime.

Etudiant les hommes par leurs mœurs dans le monde comme il les étudioit ci-devant par leurs passions dans l'histoire , il aura souvent lieu de réfléchir sur çe qui flatte ou choque le cœur humain. Le voilà philosophant sur les principes du goût , et voila l'étude qui lui convient durant cette époque.

Plus on va chercher loin les définitions du goût, et plus on s'égare : le goût n'est que la faculté de juger de ce qui plaît ou déplaît au plus grand nombre. Sortez de la , vous ne savez plus ce que c'est que le goût. Il ne s'ensuit pas qu'il y ait plus de gens de goût que d'autres ; car, bien que la pluralité juge sainement de chaque objet, il y a peu d'hommes

qui jugent comme elle sur tous ; et , bien que le concours des goûts les plus généraux fassê le bon goût , il y a peu de gens de goût; de même qu'il y a peu de belles personnes, quoique l'assemblage des traits les plus communs fasse la beauté*

Il faut remarquer qu'il ne s'agit pas ici de ce qu'on aime parce qu'il nous est utile , ni de ce qu'on hait parce qu'il nous nuit. Le goût ne s'exerce que sur les choses indifférentes ou d'un intérêt d'amusement tout au plus, et non sur celles qui tiennent à nos besoins : pour juger de celles-ci , le goût n'est pas nécessaire, le seul appétit suffît. Voilà ce qui rend si difficiles , et , ce semble, si arbitraires , les pures décisions du goût; car, hors l'instinct qui le détermine , on ne voit plus la raison de ses décisions. On doit distinguer encore ses lois dans les choses morales et ses lois dans les choses physiques. Dans celles-ci les principes du go6t semblent absolument inexplicables ; car, par exemple, qui est-ce qui nous dira pourquoi tel chant est de goût et non pas tel autre? Qui est-ce qui nous donnera des principes sur l'assortiment des couleurs? Qui estce qui nous apprendra pourquoi l'ovale plaît

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