LIVRE IV
si pressé de vivre , m'apprêter de si loin des jouissances que je puis trouver dès aujourd'hui ? L'on ne sauroit se faire un sort agréable en se mettant sans cesse en contradiction avec soi. C'est ainsi qu'Empédocle reprochoit aux Agrigentins d'entasser les plaisirs comme s'ils n'a voient qu'un^our à vivre , et de bâtir comme s'ils ne dévoient jamais mourir.
D'ailleurs que me sert un logement si vaste , ayant si peu de quoi le peupler, et moins de quoi le remplir ? Mes meubles seroient simples comme mes goûts j je n'aurois ni galerie ni bibliothèque , surtout si j'aimois la lecture et que je me connusse en tableaux. Je saurois alors que de telles collections ne sont jamais complètes, et que le défaut de ce qui leur manque donne plus de chagrin que de n'avoir rien. En ceci l'abondance fait la misère ; il n' y a pas un faiseur de collections qui ne l'ait éprouvé. Quand on s'y conçoit, on n'en doit point faire : on n'a guère un cabinet à montrer aux autres quand on sait s'en servir pour soi.
Le jeu n'est point un amusement d'homme riche , il est la ressource d'un désœuvré ; et mes plaisirs me donjieroient trop d'affaires