‹ Emile, ou de l'Education (volume 4)Chapitre 44 sur 128 · ÉM1LE · texte numérisé non relu

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pour me laisser bien du temps a si mal remplir. Je ne joue point du tout, étant solitaire et pauvre , si ce n'est quelquefois aux échecs , et cela de trop. Si j'étois riche , je jouerois moins encore , et seulement un très-petit jeu, pour ne voir point de mécontent , in l'être. L'intérêt du jeu manquant de*motif dans l'opulence , ne peut jamais se changer en fureur que dans un esprit mal fait. Les profits qu'un homme riche peut faire aujeuluisont toujours moins sensibles què les pertes ; et comme la forme des jeux modérés , qui en use le bénéfice à la longue , fait qu'en général ils vont plus en pertes qu'en gains, on ne peut, en raisonnant bien, s'affectionner beaucoup à un amusement où les risques de toute espèce sont contre soi. Celui qui nourrit sa vanité des préférences de la fortune les peut chercher dans des objets beaucoup plus piquants j et ces préférences ne se marquent pas moins dans le plus petit jeu que dans le plus grand. Le goût du jeu , fruit de l'avarice et de l'ennui , ne prend que dans un esprit et dans un cœur vides; et il me semble que j'aurois assez de sentiment et de connoissancespour me passer d'un tel supplément. On voit rarement les penseurs se plaire beau-

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