LIVRE V. u
qui prive sa femme du seul prix des austères devoirs de son sexe est un homme injuste et barbare : mais la femme infidèle fait plus , elle dissout la famille , et brise tous les liens de la nature j en donnant à l'homme des enfants qui ne sont pas à lui , elle trahit les uns et les autres , elle joint la perfidie a l'infidélité. J'ai peine à voir quel désordre et quel crime ne tient pas a celui-là. S'il est.un état affreux au monde, c'est celui d'un malheureux père qui , sans confiance en sa femme , n'ose se livrer aux plus doux sentiments de son cœur , qui doute en embrassant son enfant s'il n'embrasse point l'enfant d'un autre, le gage de son déshonneur , le ravisseur du bien (Je ses propres enfants. Qu'est-ce alors que la famille , si ce n'est une société d'ennemis secrets qu'une femme coupable arme l'un contre l'autre enles forçant de feindre de s'entr'aimer ?
Il n'importe donc pas seulement que la femme soit fidèle , mais qu'elle soit jugée telle par son mari, par ses proches, par tout le monde j il importe qu'elle soit modeste , attentive, réservée , et qu'elle porte aux jeux d'autrui , comme en sa propre conscience, le témoignage de sa vertu. Enfin , s'il importe
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qu'un père aime ses enfants , il importe qu'il «stime leur mère. Telles sont les raisons qui mettent l'apparence même au nombre des devoirs des. femmes, et leur rendent l'honneur et la réputation non moins indispensables que la chasteté. De ces principes dérivent, avec la différence morale des sexes, un motif nouveau de devoir et de convenance qui prescrit spécialement aux femmes l'attention la plus scrupuleuse sur leur conduite , sur leurs manières , sur leur maintien. Soutenir vaguement que les deux sexes sont égaux et que leurs devoirs sont les mêmes , c'est se perdre en déclamations vaines , c'est ne rien dire tant qu'on ne répondra pas à cela.
. » N'est-ce pas une manière de raisonner bien solide de donner des exceptions pour réponse à des lois générales aussi bien fondées ? Les femmes, dites-vous , ne font pas toujours des enfants. Non ; mais leur destination propre est d'en faire. Quoi ! parce qu'il y a dans l'univers une centaine de grandes villes où les femmes vivant dans la licence font peu d'enfants, vous prétendez que l'état des femmes est d'en faire peu ! Et que deviendroient vos villes , si les campagnes éloignées , où les fem-
mes vivent plus simplement et plus chastement , ne réparoient la stérilité des dames ? Dans combien de provinces les femmes qui n'ont fait que quatre ou cinq enfants passent pour peu fécondes 1 ! Enfin , que telle ou telle femme fasse peu d'enfants , qu'importe ? L'état de la femme est-il moins d'être mère ? et n'est-ce pas par des lois générales que lar nature et les mœurs doivent pourvoir à cet état?
Quand il y auroit entre les grossesses d'aussi longs intervalles qu'on le suppose , une femme changera-t-elle ainsi brusquement et alternativement de manière de vivre sans péril et sans risque ? Sera-t-elle aujourd'hui nourrice et demain guerrière ? Changera-t-elle de tempérament et de goûts comme un caméléon de couleurs ? Passera-t-elle tout à coup de l'ombre
5 Sans cela l'espèce dépériroit nécessairement: pour qu'elle se conserve , il faut , tout compensé , tjue chaque femme fasse à peu près quatre enfants; car des enfants qui naissent il en meurt près de la moitié avant qu'ils puissent en avoir d'autres, et il en faut deux restants pour représenter le père et la mère. Voyez si les villes vous fourniront cette population-là.
de la clôturée et des soins domestiques aux injures de Pair, aux travaux , aux fatigues , aux périls de la guerre ? Sera-t-elle tantôt craintive 1 et tantôt brave , tantôt délicate et tantôt robuste ? Si les jeunes gens élevés dans Paris ont peine à supporter le métier des armes , des femmes qui n'ont jamais affronté le, .soleil, et qui savent a peine marcher, le supporteront -elles après cinquante ans de mollesse ? Prendront-elles ce dur métier à Page où les hommes le quittent ?
11 y a des pays où les femmes accouchent presque sans peine, et nourrissent leurs enfants presque sans soin, j'en conviens : mais, dans ces mêmes pays , les hommes vont deminus en tout temps , terrassent les bêtes féroces , portent un canot comme un havresac , font des chasses de sept ou huit cents lieues , dorment a Pair à plate-terre , supportent des fatigues incroyables, et passent plusieurs jours sans manger. Quand les femmes deviennent robustes, les hommes le deviennent encore
* La timidité des femmes est encore un instinct de la nature contre le double risque qu'elles courent durant leur grossesse.