LIVRE V. i
doit apprendre de bonne heure à souffrir même l'injustice , et à supporter les torts d'un mari sans se plaindre : ce n'est pas pour lui , c'est pour elle qu'elle doit être douce. L'aigreur et l'opiniâtreté des femmes ne font jamais qu'augmenter leurs maux et les mauvais procédés des maris; ils sentent que ce n'est pas avec ces armes-la qu'elles doivent les vaincre. Le ciel ne les fit point insinuantes et persuasives pour devenir acariâtres; il ne les fit point foibles pour être impérieuses; il ne leur donna point une voix si douce pour dire des injures ; il ne leur fit point des traits si délicats pour les défigurer par la colère. Quand elles se fâchent, elles s'oublient i elles ont souvent raison de se plaindre , mais elles ont toujours tort de gronder. Chacun doit garder le ton de son sexe; un mari trop doux peut rendre une femme impertinente; mais, a moins qu'un homme ne soit un monstre, la douceur d'une femme le ramène , et triomphe de lui tôt ou tard.
Que les filles soient toujours soumises , mais que les mères ne soient pas toujours inexorables. Pour rendre docile une jeune personne, il ne faut pas la rendre malheureuse ; pour la rendre ihodeste, il ne faut pas l'abrutir; au
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contraire , je ne serois pas fâché qu'on lui laissât mettre quelquefois un peu d'adresse , non pas a éluder la punition dans sa désobéissance, mais à se faire exempter d'obéir. Il n'est pas question de lui rendre sa dépendance pénible . il suffît de la lui faire sentir. .La ruse est un talent naturel au sexe; et, persuadé que tous les penchants naturels sont bons et droits par eux-mêmes , je suis d'avis qu'on cultive celuilà comme les autres : il ne s'agit que d'en prévenir l'abus.
Je m'en rapporte sur la vérité de cette remarque à tout observateur de bonne foi. Je ne veux point qu'on examine là-dessus les femmes mêmes ; nos gênantes institutions peuvent les forcer d'aiguiser leur esprit. Je veux qu'on examine les filles, les petites filles qui ne font pour ainsi dire que de naître : qu'on les compare avec les petits garçons du même âge; et, si ceux-ci ne paroissent lourds , étourdis , bêtes, auprès d'elles, j'aurai tort incontestablement. Qu'on me permette un seùl exemple pris dans toute la naïveté puérile.
Il est très-commun de défendre aux enfants de rien demander à table ; car on ne croit jamais mieux réussir dans leur éducation qu'en