LIVRE V
est l'adresse et non pas la fausseté : dans les vrais penchants de leur sexe , même en mentant , elles ne sont pas fausses. Pourquoi consultez-vous leur bouche quand ce n'est pas elle qui doit parler ? Consultez leurs yeux , leur teint , leur respiration , leur air craintif, leur molle résistance : voilà le langage que la nature leur donne pour vous répondre. La bouche dit toujours non , et doit le dire ; mais l'accent qu'elle y joint n'est pas toujours le même, et cet accent ne sait point mentir. La fe/nme n'a-t-elle pas les mêmes besoins que l'homme sans avoir le même droit de les témoigner ?
Son sort seroit trop cruel , si , même dans les désirs légitimes , elle n'avoit un langage équivalent a celui qu'elle n'ose tenir. Faut- il que sa pudeur la rende malheureuse? Ne lui faut-il pas un art de communiquer ses penchants sans les découvrir? De* quelle adresse n'a-t-elle pas besoin* pour faire qu'on lui dérobe ce qu'elle brûle d'accorder! Combien ne lui import e-t-il point d'apprendre à toucher le cœur de l'homme sans paroître songera lui ! Quel discours charmant n'est-ce pas que la pomme de Galathée et sa fuite maladroite ! Que faudra-t- il qu*elle ajoute a cela ? Ira-t-elle dire au berger qui la suit en-
tre les saules qu'elle n'y fuit qu'à dessein de l'attirer? Elle mentiroit, pour ainsi dire ; car alors elle ne l'attireroit plus. Plus une femme a de réserve , plus elle doit avoir d'art , même avec son mari. Oui, je soutiens qu'en tenant la coquetterie dans ses limites , on la rend modeste et vraie, on en fait une loi de l'honnêteté.
La vertu est une , disoit très-bien un de mes adversaires ; on ne la décompose pas pour admettre une partie et rejeter l'autre. Quand on l'aime , on l'aime dans toute son intégrité ; et l'on refuse son cœur quand on peut, et toujours sa bouche , aux sentiments qu'on ne doit point avoir. La vérité morale n'est pas ce qui est , mais ce qui est bien ; ce qui est mal ne devroit point être , et ne doit point être avoué, surtout quand cet aveu lui donne un effet qu'il n'auroit pas eu sans cela. Si j'étois tenté de voler, et qu'en le plisant j e tentasse un autre d'être mon complice, lui déclarer ma tentation ne seroit-ce pas y succomber ? Pourquoi ditesvous que la pudeur rend les femmes fausses?
Celles qui la perdent le plus sont-elles au reste plus vraies que les autres ? Tant s'en faut ; elles sont plus fausses mille fois. On n'arrive a ce point de dépravation qu'à force de vices, qu'on