‹ Émile, ou, de l'ÉducationChapitre 11 sur 60 · LIVRE III Si · texte numérisé non relu

LIVRE III Si

on les concevrait, on fera peu de chose encore si on ne les désire, si on ne ies sent ç ïbies à soi. Il est

aisé de convaincre un enfant que ce qu'on lui veut enselgner est utile ; mais ce n'e i de le convaincre |3

l'on ne sait " suader. ^~ vain la tranquille raison

nous fait approuver ou blâmer, Il n'y a que la passiez: qui nous fasse agir ; et comment se passionner pour de$ Intérêts qu'on n'a point encore ?

Ne montrez jamais rien à l'enfant qu'il ne puisse voir. Tan:% que l'humanité lui est presque étrangère, ne pouvant l'élever à l'état d'homme, rabaissez pour lui l'homme à l'état d'enfant. En s ce qui lui peut être utile

dans un a |ue de ce dont il voit

dès à présent l'utilité. Du reste, jamais de comparaisons 'autres de rivaux, point de concur-

rents, même à la course, aussitôt qu'il commence à raisonner : j'aime cent fo:s mieux qu'il n'apprenne point ce qu'il n'apprendrait que par jalousie ou- par vanité. Seulement je marquerai tous les ans les progrès qu'il aura faits, je les comparerai à ceux qu'il fera l'année suivante: je lui di-ai : vous êtes grandi de tant de lignes ; voilà le fossé que vous sautiez, le fardeau que vous portiez ; voici la dis+?n<*e oA vnii$ lanciez un caillou, îa carrère que vous parcouriez d'une haleine, e*c. ; voyons maintenant ce que vous ferez, le l'exc-'te ainsi sans "le rendre Jalons de personne. îl voir',-a se furnasser. il le doit : je ne vois nul inconvénient qu'il soit émule de lui-même.

Je hais les livres ; ils n'apprennent qu'à parler de ce qu'on ne sait nas. On dit qu'Hermès grava sur des co'onnes les éV'men/s de* scènes, pour mettre ses découvertes à l'abri d'un déluge. S?i! les eût bipn imnrîm^es dans la **te <**»** hommes, el'ft** s'y sera'ent conservées par traôiïlori. D reatfx bien préna-és sont les monuments oà se gravent ie plus sûrement les connaissances humaines,

N'y aura:t-iî po'nt moyen de ï ; er tant de leçons

éparses dans tant es. de les réunir sous un objet

commun qui pût être facile à voir, intéressant à suivre" et < servir de stimu i m h cet â^e ? Si Ton

peut inventer une les besoins naturels

de l'homme se montrent e sensible à Fesorit

d'nn enfant, e1 >yens c rvoir à ces mêmes

besoins se développent successivement avec fa mêi facilité, c'est par la peinture vive et naïve de cet é1 qu'il faut donner le pleurer evp»cicè à son imaginatîe

Philosophe ardent, ie . . léjà s'allumer la vôtre. Ne

vous Tnertez pas en frais ; cette «îtuatîon est trouvée, elle est décrite, et. sans vous faire tort, ':?c.ucou? mieux que y;p|is ne la décririez vous-mêne : du ~cr~3 avec pîus de vérité et de sîmr'îc^é. Puisqu'il nous faut absolument des livres, fl en existe un qui fournit, à nwn gré, le plus heureux traité d'éducaVon naturelle. Ce livre sera le premier que lira mon Emiie : seul il conr^era durant longtemps toute sa b'blioihèque, et il y tiendra toujours une place distinguée, il sera le texte auquel tous nos entretiens sur les sciences naturelles ne serviront que de cornmentale. U servira d'épreuve, durant no3 progrès, à l'état de notre jugement ; et, tant que notre goût ne sera pas gâté, sa lecture nous plaira toujours. Quel est donc ce merveîHeux livre? Est-ce Aristote ? Est-ce P'.'rm ? Estce Bufîon ? Non, c'est Robinson Crusoé.

Rorrnson Crusoé d^ns son î'e. seul, dénourvu de l'assistance de ses semblab'es et des instruments de tous les arts, pourvoyant cependant à sa subsistance, à sa conservation, et se procurant même une sorte de bien-être, voilà un obiet intéressant pour tout âge, et ou'on a mille moven«s de rend*-p agréable aux enfan's. Voilà comment nous réalisons l'île déserte qui me servait d'abord de comparaison. Cet état n'est pas, j'en conviens, celui de l'homme social ; vraisemblablement il ne doit p*s être celui d'Emile ; mais c'est sur ce même état ou''l doit apprécier tous le** autres. 1 e p*«* sûr pinv^n Ha G'-Mavpr au-dessus des préjugés, et d'ordonner ses jugements sur Hé** vrais Tar»no*ts des cbo«.es. es'*- de ^e mettre à la ni a ce d'un bornme feo'4. et de iuf*** df» *r»t?t ronnA pp4 *""»mme m doit juger lui-même, eu égard à sa propre utilité.

Ce roman, débarrassé de tout son fatras, commençant au na"fra<Te de Rob:nson n^ès dp son île. et Rt»»Q«ant à l'arrivée du vaisseau oui vient l'en t:rer, se-a tout à la fois l'amus°ment et l'instruction d'Emile durant l'énoque dont il est ici question, le veux eue la tète lui en tourne ; au'il s'oern^e pt»s cesc<* ^ son cbâ^eau, de ses chèves, de ses plantat:ons ; qu'il aoprenne en dé^il. non dans des livras, mais s'»r les choses. *o11»- ce ru'il faut savoir en pareil ca<* : au'il pense être Rob'nson hy-mZ^e : qu'il se voie hablîîé de peaux, portant un grand bonnet, un grand sabre, tout le grotesque éqpipage de la figure, au parasol près dont il n'aura nas besoin, le vruix phH «inquiète des maures à prendre si ceci ou cela venait à lui manquer ; qu'il examine la conduite de son héros ; nu'fl Cherche s'il n'a peu omis. s';l n'v av*»t r'en de rveux

faire ; qu'il marque attentivement ses fautes, et qu'il en

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