LIVRE Iïl
profite pour n'y pas tomber lui-même en pareil c$s î ( ne doutez point qu'il ne projette d'aller faire un étab sèment semblable ; c'est le vrai château en Espagne de cet heureux âge où l'on ne connaît d'autre bonheur que ie nécessaire et la liberté.
Quelle ressource que cette folie pour un homme habile, qui n'a su la faire naître qu'afin de la mettre à profit ! L'enfant, pressé de se faire un magasin pour son îîc, sera plus ardent pour apprendre que le maître pour enseigner, il voudra savoir tout ce qui est utile, et ne voudra savoir que cela ; vous n'aurez plus besoin de le g der, vous n'aurez qu'à Se retenir. Au reste, dépêche nous de l'établir dans cette île, tandis qu'il y borne sa félicité, car le jour approche où, s'il y veut vivre encore, il n'y- voudra plus vivre seul, et où Vendredi qui maintenant ne le touche guère, ne lui suffira pas longtemps.
La pratique des arts naturels, auxquels peut suffire un seul homme, mène à la recherche des arts d'indus et qui ont besoin du concours de plusieurs mains. I premiers peuvent s'exercer par des solitaires, par sauvages; mais les autres ne peuvent naître que dans la société, et la rendent nécessaire. Tant qu'on ne c quq le besoin physique, chaque homme se suffit à luimême ; l'introduction du superflu rend indispensable le partage et la distribution du travail ; car, bien qu'un homme travaillant seul ne gagne que la substance d'un homme, cent hommes travaillant de concert gagneront de quai en faire subsister deux cents. Sitôt donc qu'une partie des hommes se renosa, fl faut que le concours des bras de ceux oui travaillent supplée au travail de- c@ux qui ne font rien.
Votre plus grand soin doit être d'écarter de IV de votre élève toutes les notions des relations sociales qui ce sont pas à sa portée ; mais, quand Kenchaînemen des connaissances vous force à lui montrer la mutuelle dépendance des hommes, au lieu de la lui montrer par le côté moral, tournez d'abord toute son attention vers l'industrie et les arts mécaniques, qui les rendent utiles les ans aux autres. En le promenant d'atelier en atelier, ne souffrez jamais qu'il voie aucun travail sans mettre lui-
-me la main â l'œuvre, ni qu'il en sorte sans savoir parfaitement la raison de tout ce qui s'y fait, ou du moins de tout ce qu'il a. observé. Pour cela, travaillez vous-même. donne7-luï partout l'exemple : pmir le rendre maître, soyez partout apprenti ; et comptes qu'une heure
- — '■' '-'■ reprendra plus de choses qu'il n'ee retiendrait d'un jour d'explications
Il y a une estime publique attachée aux dîfférentc arts, en raison inverse de leur utilité réelle. Cette estime se mesure directement sur leur inutilité même, et cela doit être. Les arts les plus utiles sont ceux qui £a guérît le moins, parce que le nombre des ouvriers se proportionna an besoin des hommes, et que le travail nécessaire a tout îe monde reste forcément à un prix que le pauvre peut payer. Au contraire, ces importants qu'on n'appelle pas artisans, mais artistes, travaillant uniquement pour les oisifs et les riches, mettent un prix arbitraire à leurs babioles ; et. comme le mérite de ces vains travaux n'est que dans l'opinion, leur prix même fait parlie de ce mérite, et on les estime à. proportion de ce qu'ils coûtent. Le cas qu'en fait le riche ne vient pas de leur usa^e. mais de ce one îe pauvre ne l^s neut payer. Noîo habere bona nisf quibus populus InvMerii (1).
Que deviendront vos élèves, si vous leur laissez r.
cet sot préjugé, si vous te favorise?: vous-même, s'ils
vous voient, ppt exemnîe, çntfCT avec plus d'égarflfc dans
la boutique d'un orfèvre que dans cette d'un serrurier?
leî jurement porferont-i!s du vrai mérite des arts et
la véritable valeur des choses, ouand ils verront par-
•' le prix de fantaisie en cOntraHiction avec le prix de l'utilité réelle, et que plus îa chose coûte, moms elle
î? Au premier moment que vous la'sserez entrer ces
es dans leur têh*, abandonnez le re3te de leur éducation • malgré vous ils seront élevés comme tout le
irie . vous ave? perdu quatorze ans de soins. Emile songeant è meubler son île aura d'autres ma-
res de voir. Robir^on eût fait beaucoup de rr*s de fa boutique d'un taillandier que de fous les colifichets de
'de. Le nrpmier lui eût paru un homme très respectable, et l'autre un' petit charlantan.
« Mon fils est fait pour vivre dans te monde : H ne vivra pas avec des sarres, m -us avec de? fous : il faut donc qu'il connaisse !e»u-s folies, puisque c'est par elles qu'ils veulent être conduits La connaissance rppHe des choses peut f'tre bonne, mais celle des hommes et de leurs jugements vaut encore mifuix : cr>r ri ans la sorîété humaine, le olus grand instrument de l'homme est l'hom- • le plus snn-e est celui oui se 9.ori le nveux de cet instrument. A quoi bon donner aux enfant* l'idée d'un ordre imaginaire tout contraire a celui qu'ils trouveront
ta Pétrone.
iîvre m
;eqVs„o| \] ^- m s<? récent? Donfle|*
- premièrement des leçon? pour êîre sages, et pmS is leur en donnerez pour juger en quoi les autres son».
Voici les spécieuses ma*îmes sur lesquelles la fauss©
idence des pères travaille à rendre leurs enfants
lave? de aï ils les nourrissent, et jouets
i de la tourbe insensée dont ils pensent faire
lassions. Pour parvenir à connaîtra
l'homme, que de H faut connaître avant Un «
LTlomme est la dernière étude du - ' et vous prétendes
! Avant de l'instruire de sentiments, er: "ndre à les appré-
cier : est-ce connaître une folie que de te prendre pour l& raison ? Pour être sage il faut discerner ce qui ne l'est ï ; comment votre enfant connaîtra-t-iî les hommes,," s'il ne sait ni juger leurs jugements ni démêler leurs surs? C'est un 'mal de savoir ce qu'ils pensent, quand on ignore si ce qu'ils pensent est vrai ou faux. Apprenesdonc premièrement ce que sont les choses en elle*' '•mes, et voua lui apprendrez après ce qu'elles -ont à ainsi qu'il saura comparer l'opinion à m vérité er s'élever au-dessus du vulgaire ; car on ne coït* il point les préjuc nd on les adoote, et l'on ne
mène point le peuple quand on lui ressemble. Ma1'* si vous commencez par l'ins+ruire de l'opinion publique» avant de )uî apprend l'apnrécier, assurez-vous q t
quoi que vous puissiez faire, elle deviendra la sienne, et que vous ne la détru'rez plus. ?e conclus nue. pour rendra hftieifMix. il faut bien former ses jugements, au lier.: ] dicter les nôtr
Vous voyez oue jusqu'ici te n'ai point parlé des hofH*>
\ mon élève, il aurait eu trop de bon s?ns pour
entendre : ses relation* 'ce m? lui sont pas
Il nuisse iuffer des autres
sr lui. 11 ne connaît d'être d, et même
3 est bien éloigné de se sître ; mais s'il po^-e peu de
îents sur sa personne, au moins il n'en porte que de
s. Il ignore aneîlc est In place des autres, mais il
la sienne et s'y tient. Au lieu dos lois sociales qu'il
nous l'avons lié des cb^îne^ de la
nécessité II n'est presque encore qu'un être physique,
continuons de le traiter comme tel,
C'est par leur rapport avec son utiPté, Sa
Sreté. sa conservation, son bien-être, qtr^l doit apprécier
tous les corps de la caiure et tous les travaux des hom •
mes. Aïnsî le fer doit tire à ses yeux d'un beaucoup plus grand prix que l'or, et le verre que le diamant. Et même il honore beaucoup plus un cordonnier, ou un maçon, qu'un Lempereur, un Leblanc et tous les joailliers de l'Europe ; un pà lissier est surtout à ses yeux un homme très important, et il donnerait toute l'académie des sciences pour le moindre confiseur de la rue des Lombards. Les orfèvres, les graveurs, les doreurs, ne sont, à son avis, que des fainéants qui s'amusent à des jeux parfaitement inutiles ; i] ne fait pas même un grand cas de l'horlogerie. L'heureux enfant jouit du temps san? en être l'esclave : il en profite et n'en connaît pas le prix. Le calme des passions qui rend pour lui sa succession toujours égaie lui tient lieu d'instrument pour le mesurer au besoin (1). En lui supposant une montre, aussi bien qu'en le faisant pleurer, je me donnais un Emile vulgaire, pour être utile et me faire entendre ; car, quant au véritable, un enfant si différent de3 autres ne servirait -d'exemple à rien.
Il y a vu ordre non moins nature! et plus judicieux encore, par lequel on considère les arts selon les rappc nécessité qui les lient, mettant au premier rang 3 indépendants, et au dernier ceux qui dépendent d'un -grand nombre d'autres. Cet ordre", qui fournit d'importantes considérations sur celui de la société généra :■ semblable au précédent, et soumis au même renver nt dans l'estime des hommes ; en sorte que l'emploi es premières se fa:; des métiers sans h(
r?ans profit, et que plus elles change plus la main-d'œuvre augmente de prix et oVvfe honorable, je n'examii ; s'il est vrai que l'industr
! plus grande et m us* dans ter-,
s minutieux qui donnent h forme à ces mft*
•es, que dans le premier travail qui les converti: ^<je des hommes; mais je dis qu'en chaque chose rt dont l'usage est îe pins général et le plus indispen- )le, est incontestablement celui qui mérite le plus stime. et que celui à qui moins d'autres arts son-. lécessaires la mérite encore par-dessus les plus suhorjonnés. parce qu'il est plus libre et nlus prè* de l'indéoendance. Voilà les véritables règles de l'appréciation
t. Le temps peu! pmir nous sa mesure, qu/ind nos passions veulent récrier son cours à leur gré. Ln montre du sage es! 'cgnlité d'humnir d In pnW de l'a. jours à £
'eure, et il la connaît toujours.