LIVRE lll
trie ; tout le reste est arbitraire et
d de l'opinion. i
Le premier et le plus respectable de tous les arts est
l'agriculture : je mettrais la forge au second rang, la
charpente au troisième, et ainsi de suite. L'enfant qui
n'aura point été séduit par les préjugés vulgaires en
jugera précisément ainsi Que de réfiexions importantes
not'-e Fmife ne tirer»-t-il point là-dessus de son Robin
son ? Que pensera-t-i3 en voyant que les arts ne se rer-
"omienî qu'en se subdivisant, en multinlîant à l'infini
les instruments des uns et des autres ? 13 se dira : Tous
ces gens-là sont sottement ingénieux : on croirait qu'ils
peur que leurs bras et leurs doigts ne leur servent
quelque chose, tant ils inventent d'instruments pour
1 passer. Pour exercer un seul art ils sont asservis à
te autres ; fi faut une ville à chacme oivmer. Pour mon
ade et moi nous mettons notre génie dans nofre
isse ; nous nous faisons d !~ oue nous puissions
porter avec nous. Tous ces rrn si fiers de leurs talents
ris Pans ne sa rien dans notre île, et seraient
apprentis à leur tour.
Lecteur, ne vous arrêtez pas à voir ici l'exercice du : os et î'adresse des de notre élève : mais consi-
:2 quelle direction nous donnons à ses curiosités en- "mes ; considérez le sens, l'esprit inventif, la préy'ance ; considérez quelle tête nous allons lui former. 15 tout ce qu'il verra, dans tout ce qu'il fera, il voudra tout connaître, îî voudra savoir la raison de tout ; d'instrument en instrument, ri voudra toujours remonter au oremîer ; M n'admettra rien par supposition ; il refuserait d'apprendre ce qui demanderait une connaissance ure ou'il n'aurait pas. S'il voit faire un ressort, il voudra savoir comment l'acier a été tiré de la mine ; s'il voit assembler les pièces d'un coffre, il voudra savoir 2!tf l'arbre a été coupé ; s'il travaille lui-même, à jnue outil donï il i :- r inaue^a pas de dire :
je n'avais pas c&i outil, comment m'y prend raîs-Je il en faire un semblable ou pour m'en passer ?
"...:. une à éviter dans les occupa-'
ie est de si
pc Durs le z'dïdez, qus
:A du travail vous • oue lu! cepend:
j sans vous l'osez ner. L'enfant doit ê
.: la chose ; mais voua devez être tout à Fenfr
ver, l'épier sans relâche et sans qu'il y paraisses,
pressentir tous ces sentiments d'avance, et grévejyi ceux
W ÉMÎLE
û ne doit pzs avoir, f occuper enfin de manière que n seulement i\ se sente utile à la chose, mais qu'il s'y .se à force de bien comprendre à quoi sert ce qu'il l'ait.
La société des arts consiste en échanges d'industrie, Ile du commerce en échanges de choses, celte des tques en échanges de signes et d'argent ; toutes . v __ iennent, et Ses notions élémentaires son! déjà prises ; nous avons jeté les fondements de tout ceia l'aide du jardinier Robert. Il ne ne ite maintenant qu'a généraliser ces mêmes idées, et étendre à plus d'exemples, pour lui faire comprendre jeu de trafic pris en lui-même, et rendu sensible par détails d'histoire naturelle qui regardent les produc- ■fis particulières à chaque pays, par les détails d'arts et s qui regardent la navigation, enfin, par le td ou moindre embarras du transport, selon ; nt des lieux, selon la situation des terres, des mers, des rivières, etc.
Nulle société ne peut exister sans échange, nul échange sans mesure commune, et nulle mesure commune Sans égalité. Ain3i, toutes société a pour première loi quelque égalité conventionnelle, soit dans les hommes, soit dans les ehor
L'égalité conventionnelle enfne tes h diff&
ite de l'égalité naturelle, rend nécessaire le droit pool* $f, c'est-à-dire le gctivernernent et les lois. Les connais* tances -es d'un enfant doivent êtr$ nettes et bev-
MfÉ "- - "e doit connaître du gouvernement, en . £énéraîs que ce qw se rapporte «y droit ^e propriété dont il a iéjà quelque id
Légalité conve eîte entre les choses a fait Inven-
ter ta monnaie ; car ia monnaie n'est qu'un terme de comparaison pour la valeur des choses de différentes; espèces ; et en ce sens ta monnaie est le vrai lien de l|j Société : mais tout peut être monnaie, autrefois le bétail Tétait, des coquillages le sont encore chez plusieurs peuples ; le fer fut monnaie à Sparte ; le cuir l'a été en Suède ; l'or et l'argent le sont par^i nous.
Les métaux, comme plus faciles à transporter, ont été généralement choisis pour ternes moyens de tous les échanges ; e! l'on a converti ces métaux en monnaie,' pouf épargner la mesure ou le poids à chaque écha k marque de la me ie attestation que la
est cTun ie! poids : et fct prince seul 4 «If oit «de battra tut ia lui mn\ a drol*
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d'exiger que son témoignage fasse autorité parmi tout un peuple.
L'usage de cette invention ainsi expliqué se fait sentir au p!u3 stupide. !î est difficile de comparer immédiatement des choses de différentes natures, du drap, par exemple, avec du blé; maisv quand on a trouvé une mesure commune, savoir Sa monnaie, il est aisé au fabricant et au tahourer de rapporter la valeur des choses qu'ils veulent échanger à cette mesure commune. Si telle quantité de drap vaut une telle somme d'argent et que telle quantité de blé vaille aussi la même som-Tie d'argent, il s'ensuit que le marchand, recevant ce blé pour son drap, fait un échange équitable. Ainsi, c'est par la monnaie que les biens d'espèces diverses deviennent commensurables et peuvent se comparer,
N'allez pas plus loin que cela, et n'entrez parût dans l'explication des effets moraux de cette institution. En toute chose il importe de bien exposer les usages av« de montrer (es abus. Si vous prétendiez expliquer aux enfants comment les signes font négliger les choses, comment de la monnaie sont nées toutes les chimères de l'opinion, comment les pays riches d'argent doivent être pauvres de tout, vous traiteriez ces enfants non seuleoient en philosophes, mais en hommes sages, et vous prétendriez leur faire entendre ce que peu de piuIosapL même ont bien conçu.
Sur quelle abondance cf objets intéressants r.e peut-oiî point tourner ainsi la curiosité d'un élève, sans jamais quitter les rar réels et i «Mît à sa por-
tée, ni souffrir qu'i t dans son çap: idée
qu'il ne pu concevoir ? L'art du maître est de
ne laisser jamais appesantir ses observations sur des minuties qui ne tiennent à rien, mais de le rapprocher sans cesse des grandes relations qu'il doit connaître un jour pour bien juger du bon et du mauvais ordre de la société civile. H faut savoir assortir les entretiens dont on l'amuse au tour d'esprit qu'on lui a donné. Telle question qui ne pourrait pas même effleurer l'attention d'ua autre, va tourmenter Emile pendant six mois.
Nous allons dîner dans une maison opulente ; nous trouvons les , d'un festin, beaucoup de monde,
beaucoup de laquais, beaucoup de plats, un service élégant et fin. Tout cet appareil .isir et de fête a Chose d\ orte à la tête qua si pas :: is. l'effet dç toul cela • mon j -, gtfuitfngg,
dis que les services se sucrèrent, tandis ou'aufor: ta table régnent mille' propos bruyants, je m'approche de son oreille, et je lui dis : Par combien de mains estimerîez-vous bien qu'ait passé tout ce que vous voyez sur cette table, avant que d'y arriver ? Quelle foule 'd'idées j'éveille dans son cerveau par ce peu de mots î A l'instant, voilà toutes les vapeurs du délire abattues. Il rêve, il réfléchit, il calcule, il s'inquiète. Tandis que lc3 phiîohes, égayés par le vin, peut-être par leurs voisines, radotent et font les enfants, îe voilà, lui, philosophant t seul dans son/ coin ; il m'inAerroge, je refuse de andre, je le renvoie à un autre temps ; il s'impatiente, -ublie de mangrer et de horre, il brûle â'èxre hors de table pour m'entretenir à son aise. Quel ojbjet pour sa ricsité ! Quel texte pour son instruction ! Avec un int sain aue rien n'a pu corrompre, qin? pensera-t-;^ luxe quand il trouvera que toutes les régions du monc .
é mises â contribution ; que vingt millions ins, peut-être, ont longtemps travaillé, qu'il en a ce la vie oeuf-être â des milliers d'hommes, et tout ce-a pour lui' présenter en pompe à •midi ce qu'il va déposer le soir dans sa garde-robe ?
Epiez avec soin les conclusions secrètes qu'il tire en son cœur de toutes ces observations. Si vous l'avez moins î gardé que je ne le suppose, il peut être tenté de tourner s-es réflexions dans un autre sens, et de se reder comme un personnage important au monde, en voyant tant de soins concourir pour apprêter son dîm Si vous pressentez ce raisonnement, vous pouvez aisément le prévenir avant qu'il le fasse, ou du moin3 en effacer aussitôt l'impression. Ne sachant encore s'approprier les choses que par une jouissance matérielle, il
petit juger de leur convenance ou disconvenance ai lui que par des rapports sensibles. La comparaison d'un dîner simple et rustique, préparé par l'exercice, assaille par la faim, par la liberté, par la joie, avec son festin si magnifique et si compassé, suffira pour lui faire sentir que tout l'appareil du festin ne lui ayant donne aucun profit réel, et son estomac sortant tout auss] lient de la table du paysan que de celle du financier, il n'y avait rien a l'un de plus qu'à l'autre qu'il pût appeler véritablement sien.
imaginons ce qu'en pareil cas t;n gouverneur pourra dire. Rappelez-vous bien ces deux repas, et déck en vous-même lequd voua avez fait avac le plus de plaisir .;, auquel ayçz-yaug remarqué le pjus d3 joie ? auquel