LIVRE in
faire tm êtn? aimant et sensible, c'est-â-dire de perfectionner la raison par le sentiment. Mais, avant d'entrer dans ce nouvel ordre de choses, jetons les yeux sur celui d'où nous sortons, et voyons le plus exactement qu'il est possible jusqu'où nous sommes parvenus.
Notre élève n'avait d'abord que des sensations, maintenant il a des idées ; il ne faisait que sentir, maintenant il juge : car de la comparaison de plusieurs sensations successives ou simultanées, et du jugement qu'on en porte, naît une sorte de sensation mixte ou complexe, que j'appelle idée.
La manière de former tes idées est ce qui donne un caractère à l'esprit humain. L'esprit qui ne forme ses idées que sur des rapports réels est un esprit solide : celui qui se contente des rapports apparents est un esprit superficiel ; celui qui voit les rapports tels qu'ils sont est un esprit juste; celui qui les apprécie mal est un esprit faux ; celui qui controuve des rapports imaginaires qui n'ont ni réalité ni apparence est un fou ; celui qui ne compare point est un imbécile. L'aptitude plus ou moîns grande à comparer des idées et à trouver des rapports est ce qui fait dans les hommes le plus ou le moins d'esprft, etc.
Les idées simples ne sont que des sensations comparées, Il y a des jugements dans les simples sensations aussi bien que dans les sensations complexes, que j'appelle idée simples. Dans la sensation, le jugement est purement passif, il affirme qu'on sent ce qu'on sent. Dans (a perception ou idée, le hibernent est actif ; il rapproche, Iî compare, il détermine des rannorts que le sens ne détermine pas. Voilà toute la différence, mais elle est grande, lamais la nature ne nous trompe ; c'est toujours nous qui nous trompons.
Je dis qu'il est impossible que nos sens nous trompent car il est touiours vrai que nous sentons ce que nous sentons : et les Epicuriens avaient raison en cela. Les sensations ne nous font tomber dans Terreur que par les jugements qu'il nous plaît d'y joindre sur les causes productrices de ces mêmes sensations, ou sur les rapports qu'elles ont entre elles, ou sur la nature des objets qu'elles nous font apercevoir. Or c'est en ceci que se trompaient les Epicuriens, prétendant que les jugements que nous faisions sur nos sensations n'étaient jamais faux. Nous sentons nos sen^^ons : •nais nous ne santons pas nos jusms3ftpii |ow ^ proc'Aons.
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glacé"; I! pôfîe ta culHer à sa touche ce qu*
c'est, et, saisi du froid, s'écrie : Ah ! cela me brûle / 0 éprouve une sensation très vive ; H n'en connaît point de plus vive que !a chaleur du feu, et fl croit sentir celle* fà. Cependant il s'abuse ; le saisissement du froid le blesse, mais il ne le brûle pas ; et ces deux sensations ne Sont pas semblables, puisque ceux qui ont éprouvé l'u ci loutre ne les confondent point. Ce n'est donc pas ta sensation qui te trompe, mais le jugement qu'A en porte.
fl en est de même de celui qui voit pour la première fois on miroir ou une machine d'optique, ou qui entre dans une cave profonde au cœur de l'hiver ou de \\ cts qui trempe dans Peau tiède une main très chaude ou très froide, ou qui fait rouler entre deux doigts croisés une petite boule, etc. S'il se contente de dire ce qu'S eperçort, ce qu'il sent, son jugement étant purement p&ssiï, il est impossible qu'il se trompe : mais quand il juge de ta chose par l'apparence, i! est actif, il compare, fî établit par induction des rapporta qu'il n'aperçoit pas ; aîors il se trompe ou peut se tromper. Pour corriger ou prévenir l'erreur, il. a besoin de l'expérience.
Montrez de miîf à votre élève des nuages passant entre Î3 lune et lui, il croira que c'est la lune qui passe en sans contraire et que les nuages, sont arrêtés. ïî le croira par une induction précipitée, parce qu'il voit ordinairem««.t ïa» petits objets se mouvoir préférahîement aux
rlids» %t que las nuages fut semblent plus grands que faut tfwit fl «à psut estimer Péloig-nement. Lorsque, dtims an feetees çtd vogue, iî regarde d'un peu loin le ïîfo&s, H to&Tibe dans l'erreur contraire, et croit voir courir ta i^rre, p$rcc que,* ne se sentant point en mouvement, fl regarde îe bateau, la mer ou la rivière, et tout son horizon, comme un tout immobile, dont le rivage qu'il volt courir ne lui semble qu'une partie.
La première fois qu'un enfant voit un bâton à moitié pîon.çé dans Peau, iî voit un bâton bris£ : la sensation; est vraie ; et elle ne laisserait pas de l'être quand même nous ne saurions point la raison de cette apparence. Sr donc vous lui demandez ce qu'il voit, il dit . Un bâton brisé, et il dit vrai, car il est très sûr qu'il a la sensation d'un bâton brisé. Mais quand, trompé par son jugement, il va pJus loin, et qu'après avoir affirmé qu'il voit un bâton brisé, Il affirme encore que ce qu'il voit est en effet un bâton brisé, alors ï1 dît faux : pourquoi cela ? parce alors fl devient acfH a plus par intpec-
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Puisque toutes nos erreurs viennent de nos fngemettts, îî est clair que, si nous n'avions Jamais besoin de juger, nous n'aurions nul besoin d'apprendre ; nous ne serions jamais dan» le cas de nous tromper ; nous serions phm îjeureux de notre Ignorance que nous ne pouvons Pêixa de notre savoir. Qui est-ce qui nie que les mv&tit® ptô sachent mille choses vraies que les ignorante ne sauront jamais ? Les savants sont-iis pour cela plus près de te vérité ? Tout au contraire, ifs s'en éloignent en avançant ; parce que, la vanité es juge? faisait encore plus de p grès que les lumières, chaque vérité qu'ils apprennent ne vient qu'avec cent jugements faux. 11 est de la dernière évidence quQ !es compagnies savantes de l'Europe ne sont que des écoles publiques de mensonges ; et très sûrement il y a plus d'erreurs dans l'Académie des sciences que dans tout un peuple de K
Puisque plus les hommes savent, pfcis Hs se trempent, le seul moyen d'éviter l'erreur est l'ignorance. Ne jugez point, vous ne vous abuserez jamais. C'est la leçon de ta nature aussi bien que de la raison. Hors les rapports immédiats, en très petit nombre et très sensibles, que îes choses ont avec nous, nous n'avons naturellement qu'une profonde indifférence pour tout le reste. Un sauvage ne tournerait pas le pîed pour &ïïer voir te îen de la plus bêîîe machine et tous îes prodiges de t'iteerricïfcé. Que tif importe 7 est le "noi te plus ïmr.ûiêï à l'ignoft^à & (g p\m convenable tu sage.
Mats malheureusement ce mof ne tieos ta ¥»um Tout fions importe depuis que nous somme» dépendants de tout, et notre curiosité s'étend nécessairement avec nog besoins. Voila pourouoi j'en donne une tfè» grande au philosophe et n'en donne point au sauvage. Ccîui-eî n'a besoin de personne ; l'autre a besoin de tout le monde, et surtout d'admirateurs.
On me dira que je sors de îa nature : je n'en croîs rien, EHe choisit ses instruments, et les règle, non sur Tapi* nion, mais sur le besoin. Or les besoins changent selon fa situation des hommes. Il y a bien de la différence entre l'homme naturel vivant dans l'état de nature, et l'homme naturel vivant dans l'état de société* Emile n'est pas «m sauvage à reléguer dans !es dése fgfj