‹ Émile, ou, de l'ÉducationChapitre 32 sur 60 · S SAULE · texte numérisé non relu

S SAULE

si es ttMztf dis passions de

sération, ou d'envie et de convoitise, U faut* savoir à quelle place il se sentira parmi les hommes, et quels genres d'obstacles il pourra croire avoir à. vaincre pour parvenir à celle qu'il veut occuper.

Pour le guider dans cette recherche, aptes lui montré les hommes par les accidents communs à l'espèce, il faut maintenant les lui montrer par leufs différences. Ici vient la mes«r* de l'inégalité naturelle et civile, et le tableau de tout l'ordre social.

Il faut étudier la société par les hommes, el par la société : ceux qui voudront traite ement la

politique et la .morale n'entendront jamais rien à a des deux. En s'attachant d'abord aux reî: - nmitives, on voit comment les hommes en doivent Ctre eïfectés, et quelles passions en doivent naître : on voit que c'est réciproquement par le progrès des passions que ces relations se multiplient et se resserrent. C'est moins la force des bras que la modération des cœurs qui rend les hommes indépendants et libres. Quiconque désire peu de choses tient à peu de gens ; mais confondant toujours nos vains désirs avec nos besoins physiques, ceux qui ont fait de ces derniers les fondements de la société humaine ont toujours pris les effets pour les causes, et n'ont fait que s'égarer dans tous leurs raisonnements.

ïl y a dans l'état de nature une égalité de fait réelle et I indestructible, parce qu'il est impossible dans cet et que la seule différence d'homme à homme soit assez de pour rendre l'un dépendant de i'autre. Il y a dan civil une égalité de droit chimérique et vaine, pa: que les moyens destinés à la maintenir servent e, mêmes à la détruire, et que la force publique, ajoutée au . plus fort pour opprimer le faible, rompt l'espèce d'éqi libre que ta nature avait mis entre eux (1). De oûère contradiction découlent toutes celles qu'on : cme dans l'ordre civil entre l'apparence et la réalité, toujours la multitude sera sacrifiée au petit nombre, et l'intérêt public à l'intérêt partie! ces no

spécieux de justice et de su ront d'ir

truments à la violence et d'armes à 1 '• : d'où il s

que les, ordres distingués qui se prétendent utiles a

i. L'esprit universel dci

scr toujours ie fort c<

qui c'a rien. Cet ie • et U est sas*

exception.

• sonl, > qu'à (

; par où l'on doit juger de la considérât! on qui leur est due selon la justice et selon la raison. Reste à voir si le rang qu'ils se sont donné est plus favorabe an bonheur de ceux qui l'occupent, pour savoir quel jugernaat chacun de nous doit porter de son propre sort. Voilà maintenant l'étude qui nous importe ; mais, pour la bien faire, i] faut commencer par connaître le cceur humain.

S'il ne s'agissait que de montres" aux jeunes gens

l'feoouM par ion masque, on n'aurait pas besoin de le

leur momrer, ils le ent toujours de reste ; maie,

[ue le masque n'est pas l'homme, et qu'il ne faut

pas que son vernis le séduise, en leur peignant les hom-

Z~les4eux tels qu'ils sont, et non pas enfin

ent, niais afin qu'il;"; les plaignent et no

leur veuillent pas ressembler : c'est, à mon gré, le sentir

ment le mieux entendu que l'homme puisse avoir sur

son espèce.

Dans cette vue, il importe ici de prendre une route opposée à ceîie que nous avons suivie jusqu'à présent, et d'instruire plutôt le jeune homme par l'expérience d'autruj que par la sienne. Si les hommes le trompent, il les prendra an haine ; mais si, respecté d'eux, il les voit se tromper mutuellement, il en aura pitié. Le spectacle du monde, disait Pythagorc, ressemble à celui des jeux olympiques : les uns y tiennent boutique et ne songent leur profit ; les autres y payent de leur personne et cherchent la gloire ; d'autres se contentent de voir les jeux, et ceux-ci ne sont pas les pires.

voudrais qu'on choisit tellement les sociétés d'un

jeune homme, qu'il pensât bien de ceux qui vivent avec

Inî ; et qu'on lui apprît à si bien connaître le monde,

qu'il pensât mal de tout ce qui s'y fait. Qu'il sache que

l'homme est naturellement bon, qu'il le sente, qu'il juge

de son prochain par lui-môme ; mais qu'il voie comment

la société déprave et pervertit les hommes ; qu'il trouve

dans leurs préjugés la source de tous leurs vices ; qu'il

porté à r chaque individu, mais qu'il méprise

la multitude ; qu'il voie que tous les hommes portent h.

peu près le même masque, mais qu'il sache aussi qu'il >

plus beaux que le masque qui les couvre.

Cette méthode, il faut l'avouer, a ses inconvénients c

n'est pas facile dans la pratique.; car, s'il devient obser-

vateur de trop bonne heure, si vous l'exercez à épier c

« les ne! ions d'autrui, yo endrez médisant

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et 8atïrîqrtP&> décisif et promp* â juger ; il se fera un. odieux plaisir de chercher à tout de sinistres interprétations, e£ a ne voir en bien rien même de ce qui est bien ; il s'accoutumera du moins au spectacle du vice, et à voir Iss méchants sans horreur, comme on s'accoutume à voir les malheureux sans pitié. Bientôt la perversité générale lui servira moins de leçon que d'exemple : il se dira que, si l'homme est ainsi, il ne doit pas vouloir être autrement.

Que si vous voulez l'instruire par principes et lui faire connaître avec la nature du cœur humain l'application des causes externes qui tournent nos penchants en vices, en le transportant ainsi tout d'un coup des objets sensibles aux objets intellectuels, vous employez une métaphysique qu'il n'est point en état de comprendre ; vous retombez dans l'inconvénient, évité si soigneusement jusqu'ici, de lui donner des leçons qui ressemblent à des leçons, de substituer dans son esprit l'expérience et l'autorité du maître à sa propre expérience et au progrès de sa raison.

Pour lever à fa fois ces deux obstacles et pour mettre îe cœur humain à sa portée sans risquer de gâter le sien, je voudrais lui montrer les hommes au loin, les lui montrer dans d'autres temps ou dans d'autres lieux, et de sorte qu'il pût voir la scène sans jamais y pouvoir agir. Voilà le moment de l'histoire : c'est par elle qu'il lira dans les cœurs sans les leçons de la philosophie : c'est par elle qu'il les verra, simple spectateur, sans intérêt et sans passion, comme leur juge, non comme leur complice ni comme leur accusateur.

Pour connaître les hommes il faut les voir agir. Dans le monde on les entend parler ; ils montrent leurs discours et cachent leurs actions : mais dans l'histoire elles sont dévoilées, et on les juge sur les faits ; leurs piropos même aident à les apprécier : car, comparant ce qu'ils font à ce qu'ils disent, on voit à la fois ce qu'ils sont et ce qu'ils veulent paraître ; plus ils se déguisent, mieux on les connaît.

Malheureusement cette éiude a ses dangers, ses inconvénients de plus d'une espèce : il est difficile de se mettre dans un point de vue d'où l'on puisse juger ses semblable avec équité. Un des grands vices de l'histoire, est qu'elle peint beaucoup plus les hommes par leurs mau-

ï côtés que par les bons, comme elle n'est intéressante

e par les révolutions, les catastrophes ; tant qu'un pie croît et prospère dans le calme d'un pafâft ^oavernement, elle n'en dit rien ; elle ne commence à

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