LIVRE iV
actions, ci, comme tel, anïmê d'une substance immatérielle ; c'est mon troisième article de foi. De ces trois premiers vous déduirez aisément tous les autres, sans que je continue à les compter,
Si l'homme est actif, et libre il agit de lui-même ; tout ce qu'il fait librement n'entre point dans le système ordonné de la providence, et ne peut lui être imputé. Eile ne veut point le mal que fait l'homme, en abusant* de la liberté qu'elle lui donne ; mais elle ne l'empêche pas de le faire, soit que de la part d'un ^h-e si faible ce mal soit nul à ses yeux, soit qu'elle ne pût l'empêcher sans gêner sa liberté et faire un mal plus grand en dégradant sa nature. Elle l'a fait afin qu'il fit non le mal, mais lp bien par choix. Elle l'a mis en état de faire ce choix en usant bien des facultés dont elle l'a doué : mais elle a tellement borné ses forces, que l'abus de la liberté qu'elle lui laisse ne peut troubler l'ordre général. Le mal que l'homme fait retombe sur lui, sans rien changer au système du monde,, sans empêcher que l'espèce humaine elle-même ne se conserve malgré qu'elle en ait. Murmurer de ce que Dieu ne l'empêche pas de faire le mal, c'est murmurer de ce qu'il la fit d'une nature excellente, de ce qu'il mit à ses actions la moralité qui les ennoblit, de ce qu'il lui donna droit à la vertu. La suprême jouissance est dans le contentement de soi ; c'est pour mériter et obtenir ce contentement que nous sommes placés sur la terre et doué:» de la liberté, que nous sommes tentés par les passions et retenus par la conscience. Que pouvait de plus en notre faveur la puissance divine elle-même ? Pouvait-elle mettre de la contradiction dans notre nature et donner le prix d'avoir bien fait à qui n'eut pas le pouvoir de mal faire ? Quoi ! pour empêcher l'homme d'être méchant, fallait-!! le borner à l'instinct et le faire bête ? Non, Dieu de mon âme, je ne te reprocherai jamais de l'avoir faite à ton image, afin que je pusse être libre, bon et heureux comme toi.
C'est l'abus de nos facultés qui nous rend malheureux et méchants. Nos chagrins, nos soucis, nos peines, nous viennent de nous. Le" mal moral est incontestablement notre ouvrage, et !e mal physique ne serait rien srms nos vices, qui nous l'ont rendu sensible. N'est-ce pas pour nous conserver que la nature nous fait sentir nos besoins ? ï a douleur du corps n'est-elle pas un signe que la machin? ss dérange, et un avertissement d'y pourvoir ? La mort.,, ! es méchants n'emppiscnnent-ils pas leur vie et la nôtre ? est-ce qui voudrait toujau • au milieu d'eux "?
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La mort est le rente*
nature a voulu que vous ne souffrissiez pas toujouj Combien i'homme vivant dans la simplicité primitive est sujet à peu de maux ! iî vit e sans maladies ainsi
que sans passions,, et ne prévoit ni ne sent la mon quand ïi la sent, ses misères la lui rendent désirable : dès lors elle n'est plus un mal pour lui. Si nous nous contentions d'être ce que nous sommes, nous n'aurions point à déplorer notre sort ; mais, pour chercher un bien-être imaginaire, nous nous donnons mille maux réels. Qui ne soit pas supporter un peu dé souffrance doit s'attendre a beaucoup souffrir. Quand on a gâté sa constitution par une vie déréglée, on la veut rétablir par des remèdes au mal qu'on sent on ajoute celui qu'on craint ; la prévoyance de la mort la rend horrible- et l'accélère ; plus on la veut fuir, plus on la sent ; et Ton meurt de frayeur durant toute sa vie, en murmurant contre îa nature des maux qu'on s'est faits en l'offensant.
Homme, ne cherche plus l'auteur du mal ; cet auteur, c'est toi-même. 1.1 n'existe point d'autre mal que celui que tu fais ou que tu souffres, et l'un et l'autre te vient de toi. Le mal générai ne peut être que dans le désordre, et je vols dans le système du monde un ordre qui ne se dément point. Le mal particulier n'est que dans le se: meut de l'être qui souffre ; et ce sentiment, l'homme ne ï'a pas reçu de la nature, il se l'est donné. La douleur a peu de prise sur qt 8, ayant peu réfléchi, n'a ni
souvenir ni prévoyance. Otez nos funestes progrès, otez nos erreurs et nos vires, otez l'ouvrage de l'homme, et tout est bien.
Où tout est bien, rien n'est injuste. La justice est il parabie de la bonté : or îa bonté est l'effet nécessd'une puissance sans borne et de l'amour de soi, essen à tout être qui se sent. Celui, qui peut tout étend, p tftasjj dire, son existence avec celle des êtres. Produire conserver sont l'acte perpétuel de la puissance ; elle n\ point sur ce qui n'est pas : Dieu n'est pas le Dieu des morte, il ne pourrait être destructeur et méchant sans se nuire (î>. Donc l'Etre souverainement bon parce qu'il souverainement puissant, doit être aussi souverainement juste, autrement il se coi ilme ; car l'amour
T. ( aciens ; ' le Dieu
BUprêxne, Us ■ vrai ; mais en
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vient d
> l'ordre qui le produit s'appelle bonté, et i'amou? da l'ordre qui Je conserve s'appelle justice.
Dieu, dit-on, ne doit rien à ses créatures ; je crois qu'il leur doit tout ce qu'il leur promit en leur donnant l'être : or c'est leur promettre un bien que de leur en donner l'idée et de leur en faire sentir1 le besoin. Plus je rentre en moi, plus je me consulte, et plus je lis ces mots écrits dans mon âme : sois juste, et tu seras heureux, il n'en est rien pourtant, à considérer l'état présent des choses : le méchant prospère, et le juste reste opprimé. Voyez aussi quelle indignation s'allume en nous quand cette attente est frustrée î La conscience s'élève et murmure contre son auteur ; elle lui crie en gémissant : Tu m'as trompé !
Je t'ai trompé, téméraire ! et qui te l'a dit ? Ton âme est-elle anéantie ? As-tu cessé d'exister ? 0 Brutus ! ô mon fils ! ne souille point ta noble vie en la finissant ; lue laisse point ton espoir et ta gloire avec ton corps aux champs de PhiHppes. Pourquoi dis-tu : la vertu n'est rien, quand tu vas jouir 6u prix de la tienne ? Tu vas mourir, penses-tu ; non, tu vas vivre, et c'est alors que je tiendrai tout ce que je t'ai promis.
On dirait, aux murmures des impatients mortels, que Dieu leur doit la récompense avant le mérite, et qu'il est obligé de payer leur vertu d'avance. Oh ! soyons bons premièrement, et pui3 nous serons heureux. N'exigeons pas le prix avant la victoire, ni le salaire avant le travail. Ce n'est point dans la lice, disait Plutarque, que les vainqueurs de nos jeux sacrés sont couronnés, c'est après qu'ils l'ont parcourue.
Si l'âme est immatérielle, elle peut survivre au corps • et si elle lui survit, la providence est justifiée. Quand je n'aurais d'autre preuve de l'immatérialité de l'âme que îe triomphe du méchant et l'oppression du juste en ce monde cela seul m'empêcherait d'en douter. Une contradiction si manifeste, une si choquante dissonance dans l'harmonie universelle me ferait chercher à la résoudre, je me dirais : Tout ne finit pas pour nous avec la vie, tout rentre dans l'ordre à la mort. J'aurais, à la vente, l'embarras de me demander où est l'homme, quand tout ce qu'il gyait de sensible est détruit. Cette question n'est plus une difficulté pour moi, sitôt que j'ai reconnu deux substances. îl est très simple que durant ma vie corporelle, n'apercevant rien eue par mes sens, ce qui ne leur est point soumis m'échappe. Quand l'union du corps et de l'âme est roirsnue, jv.j conçois que l'un peut se dissoudre et l'autre z? con < Pourquoi la destruction de l'un cntrameraii-tjïe
la destruction de l'autre V Au contraire, étant de natures si différentes, ils étaient, par leur union, dans un état vio!ent ; et, quand cette union cesse, ils rentrent tous deux dans leur état naturel. La substance active et vivante regagne toute la force qu'elle employait à mouvoir la substance passive et morte. Hélas ! je le sens trop par me3 vices, l'homme ne vit c\u'à moitié durant sa vie, et Ki vie de l'âme ne commence qu'à la mort du corps.
Maïs quelle est cette vie ? et l'âme est-elle immortelle par sa nature ? je l'ignore. Mon entendement borné ne conçoit rien sans bornes : tout ce qu'on aopeîle infini m'échappe. Que puis-je nier, affirmer? quels raisonnements puis-je faire sur ce que je ne puis concevoir ? Je crois que i'âme survit au corps assez pour le maintien de Tordre ; qui sait si c'est assez pour durer toujours? Toutefois je conçois comment le corps s'use et se détruit par la division des parties : mais je ne puis concevoir une destruction pareille de l'être pensant; et, n'imaginant p )int comment il peur mourir, je présume qu'il ne meurt nas. Puisque cette présomotion me console et n'a rien de ..'raisonnable, pourquoi craindrais-je de m'y livrer?
Je sens mon âme, je la connais par le sentiment et par la pensée ; je sais qu'elle est, sans savoir quelle est son ' ssence ; je ne puis raisonner sitf des idées que je n'ai pas. Ce que je sai3 bien, c'est que l'identité du moî ne se prolonge que par la mémoire, et que, pour être le même en effet, il faut que je me souvienne d'avoir été. Or, je ne
rais me rappeler après ma mort ce que j'ai été durant ma vie, que je ne me rappelle aussi ce que j'ai senti, par conséquent ce que j'ai fait ; et je ne doute point que ce souvenir ne fasse un jour la félicité des bons et le
nnent des méchants. Ici-bas, mille passions ardentes
sorbent le sentiment interne, et donnent le change aux remords. Les humiliations, les disgrâces qu'attire l'exercice des vertus, empêchent d'en sentir tous les charmes ; niais quand, délivrés des illusions que nous font le corps et les sens, nous jouirons de la contemplation de l'Etre suprême et des vérités éternelles dont il est la source, quand la beauté de l'ordre frappera toutes les puissances notre âme, et que nous serons uniquement occupés à i emparer ce que nous avons fait avec ce que nous aurions dû faire, c'est alors que la voix de la c ice repren-
dra sa force et, son empire; c'est alors que la voli:
ire qui naît du contentement de soi-même, et le rc;. I amer de s'être avjîi. distingueront : sntiments
inépuisables le sort que chacun se sera préparé. Ne me