LIVRE ÏV m
demandez pomt, ô mon bon ami .! s'il y aura d'autres source? de bonheur et de peines ; je l'ignore, et c'est assez de celles que j'imagine pour rne consoler de cette vie et m'en faire espérer une autre, je ne dis point que les bons seront récompensés ; car, quel autre bien p^iii at^ndre im être excellent que d'exister selon sa nature ? mnis je dis qu'ils seront heureux, parce que leur auteur, l'auteur de toute justice les ayant faits sensibles, ne les a pris faits pour souffrir, et que, n'ayant point abusé de leur liberté sur la terre, ils n'ont pas trompé leur destînatioin par leur faute ; ils ont souffert pourtant dans cette vie, il» seront clcnc kMommagés dans une autre. Ce sentiment est moins fondé sur le mérite de l'homme que sur la tzotion de bonté oui me semî le de l'essence
divine, je ne fais que supposer les lo?3 de l'ordre observées, eî Dieu cons+anî à me.(î)
Ne m? demandez pas non phts si les tourments des méchants seront éternels, et s'il est de la bonté de l'auteur de leur êlre de les condamner à souffrir toujours. ]• l'ignore encore, et n'ai point la vaine curiosité d'éclaircir des questions inutiles. Que m'importe ce que deviendront les méchants ? Je prends peu d'intérêt à leur sort. Toutefois j'ai peine à croire qu'ils soient condamnés à des tourments sans fin, Si la suprême justice se venge, eiîe se venge dès cette vie. Vous et vos erreurs, ô nations ! êtes
i raîn'stres. Elle emploie les maux oue vous vous faites n punir les crimes qui les ont attirés. C'est dans vos cœurs insatiable*, rongés d'envie, d'avarice et d'ambition, qu'au sein de vos fausses prospérités les passions vengeresses punissent vcfc forfaits. Qu'est-il besoin d'aller chercher l'enfer dans l'autre vie ? il est dès eeJîe-ei danïs Je cœur des méchants.
On finissant m>3 besoins périssables, ou cessent nos désirs insensés* doivent cesser aussi nos passions et nos crimes. De quelle perversité de purs esprits seraient-ils Susceptible? ? N'ayant besoin de rien, pourquoi seraient- 'Ls méchants ? Si, destitués de nos sens grossiers, tout leur bonheur est dans la contemplation des êtres, ils ne sauraient vouloir que le bien ; et quiconque cesse d'être méchant peut-il être à jamais misérable ? Voilà ce oue j'ai penchant à croire, sans prendre peine à me décider lh~ sus. O litre clément et bon ! quels que soient tes dé-
r, Non pp:g pour nous, non pas pour nous, Seignear,
Mais pour tnr> nom, mais pour ton propre honr»'-
O Dieu î fais- i revivre !
{Psaume us»)
creis fe les adore ; $] tu punis éternellement k j'anéantis ma faible raison devant ta justice. Mais si les remords de ces infortunés doivent s'éteindre avec le temps, Si leurs maux doivent finir, et si la même paix nous attend tous également un jour, je t'en loue. Le méchant n'est-il pas mon frère ? Combien de fois j'ai été tenté de lui ressembler ? Que, délivré de sa misère, il perde aussi la maîignjté qui raccompagne ; qu'il soit heureux ainsi quQ moi ; toin d'exciter ma jalousie son bonheur ne fera qu'ajouter au mien.
C'est ainsi que, contemplant Dieu dans ses nrwvrt l'étudiant par ceux de ses attributs qu'il m'importait de connaître, je suis parvenu à étendre et augmenter degrés Tidée, d'abord imparfaite et bornée, que je me faisais de cet être immense. Mais si cette idée est devenue plus noble et plus grande, elle est aussi moins proportionnée à la raison humaine. A mesure que j'approche en esprit de l'éternelle lumière, son éclat m'ébiouit, nie trouble, et je suis forcé d'abandonner toutes les notions terrestres qui m'aidaient à l'imaginer. Dieu n'est plus corporel et sensible ; la suprême intelligence qui régit le monde n'est plus le monde même ' j'élève et fatigue en vain mon esprit à. concevoir son essence inconcevable. Quand je pense que c'est elle qui donne la vie et l'activité à la substance vivante et active qui régit les corps animés ; quand j'entends dire que mon âme est spirituelle et que Dieu est un esprit, je m'inidgne contre cet avilissement de l'ersence divine ; comme si Dieu et mon âme étaient de même nature I comme si Dieu n'était pas le seul &tq absolu, le seul vraiment actif, sentant, pensant, voulant par lui-même, et duquel nous tenon? la pensée, le sentiment, l'activité la volonté, la liberté, l'être ! Nous ne sommes libres que parce qu'il veut que nous le soyons ; et sa substance inexplicable est à nos fîmes ce que nos âmes sont à nos corps. S'il a créé la matière, les corps, les esprits, le monde, je n'en sais rien ; l'idée de création me confond et passe ma portée ; ie la crois autant que fe la puis concevoir : mais je sais qu'il a formé l'univers et tout ce qui existe, qu'il a tout fait, tout ordonné Dieu est éternel, sans (joute ; mais mon esprit peut-il embrasser l'idée *ie l'éternité ? Pourquoi me payer de mots sans idée ? Ce que je conçois, c'est qu'il est avant les cbn^ qu'il sera tant qu'elles subsisteront et qu'il serait même au delà, si tout devait finir un jour. Qu'un être que je ne conçois pas donne l'existence â d'autres êtres, cela n'est Qu'obscur et incompréhensible ; mais que l'être et le néant
Offtssetrf "d'eux-mêmes Pi :-si ims
contradiction palpable, c'est une claire absurc Dieu est intelligent ; mais comment i'est-il ? PhomnsES intelligent quand U raisonne, et la suprême intelli-* .ce n'a pas besoin de raisonner ; U n'y a pour eHe ni prémisses ni conséquences, î! n'y a pas même de proposition ; elle est purement intuitive, elîe voit également tout ce qui est et tout ce qui peut être ; toutes fes vérités bq sont pour elle qu'une seule idée, comme tou9 les îàeux un seul point, et tous tes temps un seul moment ta puissance humaine agit par des moyens, la puissance divine agit par elle-même : Dieu peut parce qu'il veut, sa volonté fait son pouvoir. Dieu est bon, rien n'est plus manifeste : mais la bonté dans l'homme est l'amour dô ses semblables, et la bonté de Dieu est l'amour de l'ordre ; Ç20f c'est par l'ordre qu'il maintient ce qui existe, et lie par Mo avec le tout. Dieu est juste ; j'en suis con- I, c'est une suite de sa bonté ; l'injustice des hom~ 8t leur œuvre et non pas la sienne : le désordre qui dépose contre la providence au:? yeux des vphes, ne fait que la démontrer aux miens. Mais la justice de l'homme est de rendre à chacun ce qui lui appartient, et la justice de Dieu de demander compte à ?un de ce qu'il lui a donné, Que si je viens à découvrir successivement ces attributs dont le n'ai nulle idée absolue, c'est par des conséquences forcées, c'est par le bon usage de ma raison; mais je le ? sans les comprendre, et, dans
cV&t n'affirmer rien. J'ai beau me ?ns«,
Je te sens, fa me le ; je n'en conçois pas mieux
comment Dieu peut être ainsi.
Enfin, plus }e m'efforce de contempler son essence infinie, moins \è la conçois ; m3Îs elle est, cela, me suffit : moins je la conçois, plus je l'adore. Je m'humilie, et lui dàa : Etre des êtres, je suis, parce que tu es ; c'est m'éîever à ma source que de te méditer sans eease, Le plus digne usage de ma raison est de s'anéantir devant toi ; c'est mon ravissement d'esprît, c'est îe charme de ma faiblesse de me sentir accablé de ta grandeur.
Après avoir ainsi, de ftmpreaslon des objets sensibles et du sentiment intérieur qui me porte- à juger des causes selon mes lumières naturelles, déduit les principales vérités qu'il m'importait de connaître, U me re^iQ à chercher quelles maximes j'en dois tirer pour ma conduite, et quelles règles le dois me grescrirs pour remplir ma
aèstînatfûn but ta k ne, selon Pfatenltoft de ceïut qui City a placé. En suivant toujours ma méthode, je ne tire point ces règles des principes d'une haute philosophie, mais ja les trouve au fond de mon cœur écrites par îa natuns en caractères ineffaçables, je n'ai qu'à me consulter sur ce que je veux faire ; tout ce que je sens être bien est bien, tout ce que je sens être mal est ma! : te meilleur de tous les casuistes est la conscience ; et ce n'est que quand on marchande avec elle qu'on a recours aux subtilités au raisonnement. Le premier de tous les soins est celui de ï*oi-même ; cependant combien de fois la voix intérieure ïîous dit qu'en faisant noire bien aux dépens d'autrid ,i3 faisohs mal ! Nous croyons suivre l'impulsion de !a nature, et nous lui résistons ; en écoutant ce qu'eiie tlif à nos sens, nous méprisons ce qu'elle dit à nos cœurs : l'être actif obéit, l'être passif commande. La conscience est la voix de l'âme, les passions sont la voix du corps. Est-il étonnant Que souvent ces deux langaeea se contredisent? et alors lequel faut-il écouter? Trop souvent la raison nous trompe, nous n'avons ouq trop acquis îe droit de la récuser ; mais la conscience na trompe Jamais, eîîe'est le vrai gwâz de l'homme; eHe est à Pâme ce que Pinstfaci est an corps (1) : qpj &
r; Ta philosophie moderne, qui c'admeï qae de qu'elle explique, n[a garde d'admettre cette obscure faculté appelé©
tmet, qui paraît guider, sans aucune connaissance acquise, animaux vers quelque fin. t/instinct, eeîon l'un de nos pka pages philosophes, n'est qu'une habitude privée de réflexion nuâs acquise en réfléchissant, et, de la manière dont iî expliquée progrès, on doit conclure que les enfants réfléchissent pfri9 que les hommes : paradoxe a9»ez étrange pour valoir la peina â'ètrç examiné. Sans entrer ici dans cette discussion, je demande quel nom je dois donne* à l'ardeur avec laquelle mort £&5en fait la guerre aux taupes qu'il ne mange point, a Itf patience avec laquelle îî les guette quelquefois des hewroa en- «ères, et a l'habileté E^Tec laquelle i3 les svûsit. les Jette faon Jerre au moment qu'elles poussent et les tue ensuite pour tes laisser là, sans que jamais personne l'ait dressé â cette chasse" et lui ait appris qu'il y avait là des taupes ? Je demande encore? «t ceci est plus important, pourquoi, la première fois que j'ai menacé ce même chien, iî s'est jeté le dos contre terre, les pattes repliées, dans une attitude suppliante et la plus ' propre à me toucher ; posît:rc dnnp laquelle iî se fut bien gardé de rester, si. sans me laisser fléchir, je Peusse battu dans cet ctat. Quoi 1 mon chien tout petit meerc, tî ro faisant presque de naître, avait-il acquis déjà des idées morales ? savait-il ce jue c'était que clémence et générosité ? sur quelles lumières acquises çsnérait-il m'apaîscr en s'ahandnnnant ainsi a '
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