LIVRE SU
pas, quand je ne pourrais mettre nies raisons â sa portée: ainsi ma conduire, toujours nette dans son esprit/ ne lui sera jamais suspecte, et je me conserverais plus de crédit en supposant des fautes, qu'ils ne font en cachant les
'" Premièrement, songez bîen que c'est rarement à vsws de lui proposer ce qiril doit apprendre ; c'est à lui de te désirer, de !e chercher, de le trouver ; à vous de le mettre à sa portée, de faire naître adroitement ce désir et de lui fournir les moyens de îe satisfaire. 0 suit de là que vos questions doivent être peu fréquentes, mais bien choisies; et que, comme H en aura beaucoup plus à vous faire cpe vous à lui, vous serez toujours moins à découvert, et plus souvent dans ïe cas de lui dire : En quoi ce que vous me demandez esi-i! aille à savoir ?
De plus, comme il importe peu qu'il apprenne ceci ou cela, pourvu qu'il conçoive bien ce qu'il apprend et l'usage de ce qu'il apprend, sitôt que vous n'avez pas à lui donner sur ce que vous lui dites un éclaircissement
Siti soit bon pour iui, ne lui en donnez point du tout, ites-lui sans scrupule : îe n'ai pas de bonne réponse â vous faire ; j'avais tort, laissons cela. Si votre instruction était réellement déplacée, il n'y a pas de mal à l'abandonner tout à fait ; si elle ne rétait pas, avec un peu de soins vous trouverez bientôt l'occasion de lui en rendre l'utilité sensible.
Je n'aime point les explications en discours ; les jeunes gens y font peu attention et ne les retiennent guère. Les choses, le-3 choses ! le ne répéterai jamais assez oue nous donnons trop de pouvoir aux mots, avec notre éducation babillarde nous ne faisons quq des babillards.
Supposons que, tandis que j'étudie avec mon élève le cours du soleil et la manière de s'orienter, tout à coup il m'interrompe pour me demander à quoi sert tout cela. Quel beau discours je vais lui faire ! de combien de choses je saisis l'occasion de l'instruire en répondant à sa question, surtout si nous avons des témoins de notre entrerez ()) le lui oarlerai de l'utilité des vovapes, des avantages du commerce, des productions particulières à chaque climat, des mœurs des différents peuples, de l'usa tre du calendrier, de la supputation du retour des saisons pour {'agriculture, de l'art de la navigation, de la
ent re narqué Qtte, dans les doctes instructions
y, donne ^ux enfants, on songe mc:ns à se faire écouter cï'ejiïï eue cec jy-andes peiT.our.es cul sont pi-ése~tes. Je suïô
tràs- •-- -s ce qus j« £ï$ i&s e&c l'es si Uit rokscn&ttoa m$
manière de se conduire sur mer et de exactement
la route sans savoir où l'on est. La politique, i'histoire naturelle, l'astronomie, la morale mène et le droit des gens, entreront dans mon explication, de manière à Gonner à mon élève une grande idée de toutes ces sciences et un grand désir de les apprendre. Quand j'aurai tout dit, j'auras fait l'étalage d'un vrai pédant, auquel il n'aura pas compris une seule idée. 11 aurait grande envie de me demander comme auparavant à quoi ser* de s'orienter ; mais ii n'ose rfe neur pue ie me fâche. \\ trouve mieux son comité à feindre d'entendre ce qu'on fa forcé d'écouter. Ainsi se pratiquent les belles éducations.
Maïs notre Emile, plus rustîquement élevé, et à qui nous donnons avec tant de peine une conception dure, n'écoutera rien de tout ee'a. Du nremier mot qu'il n'entendra pas il va s'enfuir, il va folâtrer par la chambre et me la;sser pérorer tout seul. Cherchons une rotation plus grossière ; mon appareil scientifique ne vaut ri ai pour lui
Nous observions la position de la forêt au nord de Montmorency, quand il m'a interrompu par son importe question : A quoi sert cela ? Vous avez raison, lui dis-je, il y faut penser à loisir : et si nous trouvons que ce travail n'est bon à rien, nous ne le rep-endrons plus, car nous ne manquons pas d'amusements utiles. On s'occuoe d'autre chose, et il n'est plus question de géographie du reste de la journée.
Le lendemain matin je lui propose un four de promenade avant -le déjeuner ; il ne demande pas mieux ; pour courir les enfants sont toujours prêts, et celui-ci a de bonnes jambes. Nous montons dans la forêt, nous parcourons les Champeaux, nous nous égarons, nous ne savons plus où nous sommes ; et, quand il s'agit de revenir, nous ne pouvons plus retrouver notre chemin. Le temps se passe, la chaleur vient : nous avons faim, nous nous pressons ; nous errons vainement de côté et d'autre, nous ne trouvons partout que des bois, des carrières, des plaines, nul renseignement pour nous reconnaître. Bien échauffés, bien recrus, bien affamés, nous ne faisons avec nos courses que nous égarer davantage. Nous nous asseyons enfin pour nous reposer, pour délibérer. F.mile eue je sunose é'evé comme un autre enfant, ne déPbère point, iî n'eure : il ne sait pas que no'?s sommes à la porte de Montmotv»ncv et qu'un s'mole taillis nous le cache ; mais ce taillis est une forêt pour lui, un homme de sa stature est enterré dans des buissons.
LIVRÉ îïl ïl
Après quelques moments de sllefice, je lui dis d'un air inquiet : Mon cher Emile, comment ferons-nous pour sortir d'?cî ?
Emile, en nage, et pleurant à chaudes larmes
Je n'en sais rien ! je suis !as ; j'ai faim ; l'ai golf ; je n'en puis pius.
JEAN- JACQUES
Me croyez-vous en meilleur état que vous ? et pensezvous que je me fisse faute de pleurer si je pouvais déjeuner de mes larmes ? Il ne s'agit pas de pleurer, il 8'?or;t à* oo reconnaître. Voyons votre montre ; quelle heure est-il ?
ïl est midi, et je suis à jeun.
JEAN-JACQUES
Cela est vrai ; \\ est midi, et je suis à jeu
Oh ! que vous devez avoir faim î
JEAN-JACQUES
Le malheur est que mon dmçt ne viendra pm chercher ici. 11 est midi ? c'est justement l'heure où nom Qhçprxrî nn* hî*r de Mor»triore«cv ta option de la forêt • si nous pouvions de même observer de la forêt la pûe/h Mon de Montmorency ?«.
ÉMÏLE
Oui ; maïs hier nous voyions la forêt» et d'ici nom ISÔ 9ns pas la ville,
JEAN-JACQUES
Voilà le mal L. Si nous pouvions nous pâmer de îâ voir pour trouver sa position ?.;.
O mon bon ami !
JEAN- JACQUES
Ne dision-nous pas que la forêt étal
Au nord de Montmorency,
JEAN-JACQUES
Par conséquent Montmorency doit être..,
Au su.d de la forêt,
JEAN-JACQUES
Nous avons un moyen de trouver le
Oui, par la direction de l'ombré,
JEAK-JÀCQUQB
Maïs le sud ?
EMILE Comment faire ?
JEAN-JACQUES
Le sud est l'opposé du nord.
Cela est vrai : i! n'y a e: • l'opposé de l'om-
bre. Oh ! voilà le sud, voilà le s - • : •
.rcncy est de ce côté ; cherchons de ce côté.
JEAN-JACQUES
Vous pouvez avoir raison ; prenons ce sentier à travers le bois.
Emile frappant à?s mains, eî poussant un cri de joie
Ah ! je vois Montmorency ! le voilà tout devant nous, tout à découvert. Allons déjeuner, allons dîner, courons vitt ; l'astronomie est bonne à quelque chose.
Prenez garde quo, s'il ne dit pas cette dernière phrase, il la pensera ; peu importe, pourvu que ce ne soit pas moi^qui îa dise. Or, soyez sûr qu'il n'oubliera de sa vie la leçon de cette journée ; au lieu que, si je n'avais fait que lui supposer tout ceSa dans sa chambre, mon discours eût été ouhïié dès le lendemain, et ne dire que ce qu'on ne sauraii faire.
Le lecteur ne s'attend pas que je îe méprise assez pour lui donner un exemple sur chaque espèce d'étude : mais, de quoi qu'il soit question, je ne puis trop exhorter le gouverneur à bien mesurer sa preuve sur la capacité de l'élève ; car, encore une tors, !-: : pas dans ce
qu'il n'entend point, niais dans ce qu'il croit entendra
je me souviens que, voulant donner à un enfant du goûî peur la chimie., après h '■ tré plu&te
précipitations métalliques, je fui expliquais com faisait l'encre, je lui disais :eur he vei
qae d'un fer très divisé, détaché du vitriol, et précipite pair une liqueur alcaline. Au milieu ce ma c^cie e:-:pu- Cation, le périt maître m'arrêta roui court avec ma qu'es- 1&>U que jà M avsfe apprise î ko voilà fort embarras