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Pour le but que nous poursuivons, toute dispersion sur le terrain politique est un élément de propagande détourné de son but utile. En effet, à supposer que, grâce à l'agitation parlementaire, une majorité électorale se révélàt et qu'il en résultät une prise de possession par un gouvernement socialiste, qu'adviendrait-il? Ce gouvernement pourrait-il, à coups de décrets et de lois, mener à bien la trans: formation sociale ? C'est on ne peut plus improbable. Il se produirait ce qu'on a vu à la Commune de 1871: lorsque l'Assemblée révolutionnaire eut décrété que les travailleurs pouvaient prendre possession des ateliers abandonnés par les patrons, — comme l'éducation économique des travailleurs n'était malheureusement pas faite, — ce décret resta à peu près lettre morte.
On objectera peut-être que l'hypothèse de l'incapacité d'un gouvernement socialiste, en ce qui concerne la transformation sociale est vraiment pessimiste. Elle n'est cependant que la déduction logique des nécessités de l'agitation politique: sur ce terrain, la visée n'est pas tant d'appendre à penser aux électeurs que de les entraîner à « bien » voter. La preuve en est. dans ce fait que des circonscriptions conquises par des socialistes ont, plus tard, redonné une majorité à des bourgeois. Quels que soient les moyens malpropres employés par les réactionnaires pour obtenir ce résultat, il faut reconnaîitre qu'il dénote chez les électeurs, qui ont ainsi varié, une conscience socialiste peu développée.
Il est donc absolument nécessaire de se familiariser avec l'œuvre de transformation économique. Cela ne peut se faire qu'au Syndicat. Il n'y a que là qu'on puisse examiner dans quelles conditions les travailleurs de la corporation devront opérer, afin : 1° d'éliminer les capitalistes, 2° de réorganiser la production et d'assurer la dishibution des produits sur des bases communistes.
Tant que cette œuvre d'éducation préliminaire ne sera pas assez avancée pour qu'en soit imprégnée uné minorité active et assez puissante pour faire échec aux forces de la Bourgeoiïsie, tout espoir d'émancipation intégrale ne pourra prendre corps.
Tant que les travailleurs ne se seront pas assez familiarisés avec la Grève Générale qui s'indique, dans les circonstances actuelles, comme l'unique moyen pour renverser l'ordre capitaliste et gouver-
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nemental, ils devront se résoudre à croupir dans le Salariat.
Il importe donc de se bien pénétrer de l'ampleur que devra avoir ce mouvement de GRÈVE GÉNÉRALE EXPROPRIATRICE ; il faut comprendre qu'il aura pour conséquence de modifier l'orientation de la Société, son organisation extérieure, mais encore de changer ses bases du tout au tout.
Les grands rouages de la superfétation gouvernementale, qui semblent aujourd'hui indispensables, — Jes ministères, les administrations, — seront abandonnés ; la vie se retirera d'eux, parce que de nouveaux organismes auront pris charge des rares fonctions de coordination sociale qui créaient l'illusion de leur utilité. Ces organismes principaux seront les grandes Fédérations corporatives, auxquelles, désormais, incombera le soin de régulariser la production et de satisfaire aux demandes de la consommation. /
En outre, dans les centres d'activité ouvrière, la Bourse du Travail se substituera à la municipalité et deviendra un foyer communiste, qui éliminera le centre municipal, l'Hôtel de Ville.
La dominante de cette agrégation Sociale nouvelle sera donc une décentralisation économique qui S'épanouira sur les ruines du capitalisme et de la cen- “tralisation étatiste et municipale.
Cés problèmes de réorganisation sociale, il est de toute urgence que le Syndicat les étudie. Dans chaque doit se poser la question : « Que ferions-nous au cas de Grève Générale ? » Dans chaque, selon le métier ou l'industrie, la réponse peut varier en ce qui concerne les procédés. d'action... mais dans tous S'affirmera l'identité de but: s'éduquer, et se préparer pour que latRévolution prévue soit féconde.
Et on aurait tort de délaisser cette œuyre de gymnastique tant éducative que spéculative ; il est nécessaire de la poursuivre avec autant de ténacité que la besogne plus terre-à-terre des améliorations momentanées.
C'est, en effet, de l'équilibre parfait entre ces deux aspects de la besogne syndicale que découle la valeur du groupement corporatif.