‹ Emile Verhaeren,Chapitre 6 sur 9 · MAETERLINCK · texte numérisé non relu

MAETERLINCK

Il chante l’humble orgueil.

Esprit supérieur — parcelle du divin — la matérialité lui pèse et le domine, souvent, malgré lui. — Une image. —

Il est l’occupant d’un Clos de terre, de pierres, d’herbes et de fleurs ; d’un clos entouré de haies verdoyantes.

Il voit, d’un côté, des plaines sans fin, basses et parfois lumineuses et parfois désolées à l’infini..…. de l’autre côté, des forêts impénétrables, frissonnantes, murmurantes, mystérieuses, où il voudrait aller : il en devine les symboles — qu’il évoque. "

Mais il ne peut pas sortir de son Clos. À

Quand il est trop las, il lève les yeux et regarde ï ciel qu’il essaye de pénétrer, de comprendre...

Mais il est dans son Clos, prisonnier des choses...

Il se dresse, il essaye de se grandir pour voir; mais son regard s'arrête au bord des apparences... et il se tasse, et il s’accroupit, et il gémit!

Il est bon : il pleure tout bas, |

Il voudrait que les autres pleurassent avec lui, comme lui, dans l'espoir ; et il parle, ou plutôt, il murmure adorablement, admirablement.… ”

Et comme il a conscience de la douleur universelle) n° parle pour dire d'espérer.

Espérer.… C’est l’humble orgueil. La bonne misère.

Esprit moins divin, plus près de la Terre; plus vigoureux; matériellement — j'entends: avec plus de sang et plus de muscles, plus fort selon la vie de la Terre: moins mystérieux, mais plus direct.

C'est le Centaure qui galope, qui jaillit à coups de bonds dans l'immense plaine brumeuse de la vie; qui hennit de désir aux souffles de la Terre; qui domine le troupeau des faunes épars; qui frappe du sabot les pierres arides — un sabot brutal, métallique et pur. — qui froisse les fleurs, et, grisé de leurs parfums et de leurs sèves, ivre du monde, clame sur le monde sa tristessé d’être un Centaure, en un périple retentissant.

Quand il s'arrête, son hennissement, sourd d’une douleur on dirait ancienne, appelle à lui tous les satyres, les bacchantes et les nymphes : tous les suppliants pleins du grand désir de la vie, tous les martyrs de la faim parqués sur la grande lande, amaïigris par la colère et la haine ! et son hennir les conjure de s’unir par l'amour et dans l’amour.

Alors, il est grand comme la vie.

Dans la brume déchirée, la lumière pénètre — la lumière du verbe — qui l’adorne aux épaules de ses deux ailes éployées en auréole : Pégase!

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