‹ Émile Zola 1923Chapitre 10 sur 77 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

En feuilletant ces Lettres de jeunesse qui nous ont déjà fourni quelques suggestives confidences, on remarque d’abord avec surprise qu’elles sont médiocrement, lourdement écrites. Rien ici de la brillante facilité, de la concision savoureuse d’un Flaubert jetant sur le papier, à dater de ses onze ans, les amusantes lettres à Chevalier ; puis, vers seize ans, les curieux Mémoires d'un fou ; enfin, à vingt ans, son admirable Novembre. À vingt ans, Zola n'annonce en rien le styliste suffisamment correct et si vigoureux des Rougon. Sous sa plume active, les développements se pressent, abondants toujours, judicieux le plus souvent, mais on y chercherait en vain une image originale ou une tournure de phrase désinvolte. Le talent d'écrivain devait lui venir entre sa vingt-deuxième et sa vingt-cinquième année avec une rapidité qui eut vraiment quelque chose d’exceptionnel et qui, au surplus, étonna grandement. les rares spectateurs attentifs de son effort littéraire à cette époque de sa vie.

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|. — Paraphrase des grands romantiques.

Si après avoir jeté un coup d’œil sur la forme de ses lettres à Baïil'e*ou à Cézanne, nous passons à l'examen de leur fond, il nous faudra constater sans délai que l'auteur est encore profondément imbu de ce rousseauisme dont la jeunesse moderne respire constamment les effluves dans l'atmosphère morale où se fait, depuis cent cinquante ans, son éducation. Notons plutôt ce développement sur les résultats cérébraux de l'ivresse : « N'est-il pas étonnant, écrit Zola à Baille le 16 mai 1860, que l'ivresse. chez la plupart, éveille de bons sentiments ? N’as-tu pas remarqué que, dans ces moments, les calculs d'intérêt disparaissent, que ce sont des moments d’effusion, de générosité ! On perd sa raison, me diras-tu ? C’est vrai, mais 1l semble que la partie de raison que l’on

perd soit la partie méchante, celle que donne le contact des hommes ! L'homme ivre, perdant le senti-

ment des dangers, perdant sa dissimulation, fruit des rapports entre hommes civilisés, revient à l'état de nature tel que l'a créé Dieu, sinon que sa pensée est obscurcie! Buvons donc et du meilleur! » Il n'ya là qu'une boutade sans doute, mais elle est caractéristique.

Goûtons encore ce morceau de bravoure, cette sorte de psaume enthousiaste que dicte à l'aspirant poète la romantique figure de Rolla, le jeune byronien jadis chanté par le plus attachant de nos Iyriques. Le rôle du poète ici-bas, explique Émile à son

ami Baille, est celui du régénérateur, celui del’'homme : -

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