‹ Émile Zola 1923Chapitre 23 sur 77 · CASE AS · texte numérisé non relu

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ration des théories romantiques de 1830. Mais, en réalité, Zola commença d'innover en matière de doctrine à dater de 1868, car il recouvrit alors d’un vernis scientifique adroitement appliqué les professions de foi conquérantes de ses premiers inspirateurs, Hugo, Sand ou Musset. Suivons-le dans ses ‘commentaires explicatifs sur cette évolution de sa pensée.

I. — De l’essor ‘ naturaliste ” dans l’âme moderne et de sa déviation romantique.

Le Naturalisme, écrit l’auteur du Roman expérimental à la première page de ce livre, c’est le retour à la nature; et nous observerons aussitôt que Jean

acques, , le Christ de la religion romantique, n'avait pas autrement défini sa mission ici-bas. Mais Zola n'entend pas ce retour tout à fait de la même manière que son arrière-grand-père en littérature. Au. xvrr1° siècle, explique-t-il, la pensée humaine a été rénovée jusque dans ses assises : une méthode d’investigation a été créée par laquelle les sciences de la nature ont commencé de progresser à pas de géants. Or, dans les œuvres purement littéraires, la nature intervint de même à cette date pour régner à peu après sans partage avec le triomphe de Rousseau et de ses continuateurs. Dès lors, l'homme ne fut plus une abstraction intellectuelle car la Nature vint le déterminer et. le compléter. Tout ceci trahit l'influence de Taine et de la trop méfiante attitude que

celui-ci adopta, dans sa jeunesse, contre les « abs-

, tractions » de l’esprit classique (1).

© Le naturalisme du xviu siècle que nous appelons pour notre part rousseausime/ romantisme ou religion de l'instinct divinisé sous le nom de Nature, {Zola déclare le nommer Naturalisme} et, chacun “étant libre de se créer son vocabulaire en ces difficiles matières, nous prendrons simplement acte de sa décision sur ce point, pour le moment. À un contradicteur du nom de Kustave Rivet, il écrira en 1879 : « Je ne suis rien, Monsieur ; le Naturalisme est tout, car le Nalturalisme, c’est l’évolution même de l'Intelligence moderne. C’est lui qui emporte le siècle ete Romantisme de 1830 n'a été que la courte période de l’impulsion première. » Zola estime, on le voit, que le Komantlisme, c'est-à-dire le mouvement littéraire de 1830 qu’on appelle de ce nom en France, Æut à la fois une manifestation considérable puis

presque aussitôt, une regrettable déviation du Na-

turalisme. Nous éclaircirons davantage ce point.de

vue tout à l'heure. En tout cas, l’école plus spécifi-

quement, plus consciemment naturaliste de 1880, celle dont il a pris la tête, a pour mission, selon lui, de corriger celte déviation malencontreuse et de remettre ainsi la pensée moderne ülans la voie saine. Il estime qu’au début du xix° siècle, sous l'influence inquiète et attendrie de Rousseau, on vit les poètes français prendre des poses mélancoliques et fatales, se jeter dans la contemplation, dans les rêveries les

(1) Voir notre étude sur ce point dans notre Péril mystique (Paris, 1918).

plus extraordinaires! La vérité les avait quelque peu touchés cependant : ils cherchaient la couleur locale ; 1ls croyaient ressusciterles âmes disparues. Ef-

. fort impuissant qu'ils ne purent longtemps soutenir.

Au bout d’un quart de siècle, leur romantisme de 1830 était en pleine agonie.

La raison de cet échec, c’est que l’avenir n’appartenait point, en bonne justice, à ces « rêveurs surexcités », tout au plus capables de donner le dernier coup de pioche dans la citadelle classique déjà dé-

mantelée par le cours du temps. L’avenir était aux

écrivains véritablement « naturalistes », aux héritiers légitimes de Diderot et leurs solides bataillons se formaient dès lors sur les pas des chevau-légers de 1830. Balzac sera le guide de ces nouveaux champions destinés à la victoire : son effort inau-

gure la campagne conquérante du Naturalisme au-

thentique après le « coup de folie » romantique. Son œuvre el celle de Stendhal forment le trait d'union par lequel Zola et le Cénacle de Médan prétendent se rattacher du xvrrr° siècle novateur.

On pourrait encore, selon Zola, définir le romantisme français de 1830 comme une « émeute de rhétoriciens ». Toutefois. quand un rhétoricien se trouve avoir du génie dans des proportions colossales, ce qui fut le cas de Hugo, il devient le dominateur incontesté de la foule qu'il prend par sa chair (Loujours la même métaphore significative) et qu'il conduit où 1l le désire. Qui de nous resterail maître de ses nerfs quand une telle poésie lyrique lui arrive par bouffées dans les oreilles ? Ce succès de la forme éblouissante ne saurait cependant être que

passager : on y gagne une réputation de joueur de

flûte, jamais la gloire indestructible des grands pen-

seurs et des savants de haut vol. Certes, Zola se défend de condamner les poètes lyriques comme l'a

fait Proudhon qu'il a si vertement relevé pour ce.

délit de plume ; il se préoccupe seulement de les mettre à leur place et d'établir que ce ne sont pas ces virtuoses du rythme, mais bien les romanciers

naturalistes qui conduisent le x1x° siècle et qui pos-

sèdent le privilège du patriotisme ou même de la

morale. Car les poètes lyriques ont, dit-il, le cerveau

fait de telle sorte qu’ils trouvent sain de revenir aux antiques illusions métaphysiques, de voir le monde à travers la fausse interprétation de leurs nerfs détraqués, dans un affolement cérébral chronique ! Les romanciers naturalistes, au contraire, professent que, pour un écrivain, l’état de santé et de grandeur consiste à faire toucher du doigt par la foule les réalités que la science a rendues désormais manifestes, — L'étude que nous avons faite du tempérament de Zola nous donne à penser que le lyrisme lui convenait beaucoup mieux que la science. Aussi bien n'a-t-il été selon nous qu’un lyrique si l’on considère le fond de son œuvre ou même sa forme sans s’arrêter aux interprétations théoriques qu’il lui a plu de nous en fournir. :

Il regrette néanmoins amèrement que les poètes lyriques soient devenus pour un temps, vers 1830, les porte-parole de l’évolution contemporaine; car leurs successeurs devront travailler des années pour utiliser, au mieux des intérêts de l'avenir, les matériaux disparates que ces poètes ont accumulés sans discer-

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nement. Jusque dans le style, imposé par eux à leurs successeurs, ils ont porté leur « effarement » originel, ils ont laissé bien du clinquant mêlé à l'or de leurs vers admirables. Il est fâcheux surtout qu’en 1875, plus que jamais, on grise la jeunesse de 1yrisme, qu'on lui emplisse la tête de mots, qu'on lui détraque le système nerveux par la musique obsédante de la rime, qu'on lui montre la morale et le patriotisme comme un monopole des médiocres héritiers de ces grands rhétoriciens disparus. Triste éducation que celle-là, car la folie du lyrisme peut tout au plus susciter des fous héroïques; mais ce que le temps présent réclame, ce sont des soldats vigoureux du progrès, des citoyens sains d'esprit autant que de corps. « Gardez la musique des rhétoriciens, conclut l’ancien fervent de Hugo et de Musset, mais qu'il soit bien entendu que c’est là simplement une musique ! »

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