III. — La puissance de contagion du style romantique
Voilà le romantisme durement condamné, n'est-il
pas vrai, dans quelques représentants typiques de ses trois générations antérieures. Et pourtant, Zola
DE LA RHÉTORIQUE À LA SCIENCE ‘on
n’a Jamais hésité à se reconnaître le rejeton et l'héritier conscient du grand mouvement des es- prits que traite avec si peu de ménagements sa critique. Par ses velléités lyriques tout d’abord, et, en outre, par le mode d’expression qui s'impose à lui, il avoue se rattacher à l’école romantique aussi étroitement que le nouveau-né non encore séparé de sa mère, et il se montre même inépuisable en formules pittoresques pour affirmer cette filiation artistique. Notons-en quelques-unes au hasard.
Dans Nos auteurs dramatiques, 1l exprime agréablement son admiration pour le talent de Banville, pour la danse ivre que mènent ses hémistiches capricieux, pour la césure imprévue et harmonieuse qui « fait sauter ses vers comme des chèvres au flanc d’un coteau grec ». Mais il s'aperçoit qu’on va l’accuser de romantisme et décide d’aller au-devant de l'accusation. « Eh bien! oui, écrit-il, je suis un romantique. Nous avons tous sucé ça à seize ans ! » Et il prévoit que la coutagion sera durable, que la génération qui s'élève sera empoisonnée de romantisme à son tour. Prophétie que l’événement devait confirmer d'éclatante manière ! |
Il reviendra sur ce sujet dans ses Romanciers contemporains où il se dit « gangrené » de romantisme jusqu'aux moelles, de même que tous les écrivains de son temps, pour avoir « sucé ça » au collège, derrière les pupitres, en lisant les poètes défendus. Certes, une littérature reste contaminée pour longtemps après un « coup de folie » tel que fut celui
(1) Correspondance, II, 15.
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