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qui entrave ses naturalistes franchises. Mais la Faute de l'abbé Mouret est un hymne superbe et prolongé | à l'instinct érotique irrésistible, vainqueur des engagements les plus sacrés. Par un reste de précaution vis-à-vis de la morale rationnelle, l’abbé Serge | Mouret, vivant sa « faute » délicieuse sous les ombrages du méridional Paradou, sera présenté comme momentanément peu responsable de ses actes, à la . suite d’une grave maladie cérébrale. En outre, il | aura subi au préalable la suggestion de la fécondité naturelle où vitale sous un triple aspect : fécondité humaine dans sa paroisse des Artauds, peuplée de . purs instinctifs qui vivent entre eux à peu près dans la communauté amoureuse ; fécondité animale dans la plantureuse basse-cour que régit sous ses yeux sa sœur Désirée Mouret, une maniaque de la reproduction des volailles ou bestiaux ; fécondité végétale enfin dans ce jardin luxuriant, presque tropical, du Paradou, où se consomme la défaite du prêtre infidèle à son vœu. | Cette Désirée Mouret, dont nous venons d'indiquer les prédilections ménagères, est volontiers surnommée, avec une admiration non dissimulée, la grande ! bête, par son oncle, le docteur Pascal Rougon, car : c'est une arriérée intellectuelle, quelque chose | comme Marjolin sous des habits de femme. Personnel- : lement chaste par instinct toutefois (ce qui est peu . vraisemblable en raison de son hérédité si lourde « de tares, de ses lacunes intellectuelles et des goûts qui lui sont attribués par son évocateur littéraire) À elle se montre uniquement préoccupée d'assurer les M accouplements du bétail, à plume ou à poil, dont
l'abbé lui donna la charge. Disposée de la sorte par le Créateur, cette bonne fille réalise l'idéal humain et féminin de Pascal, qui est le philosophe de l'épopée des Rougon, comme nous le savons déjà. Si tout le monde était comme elle, proclame-t-il avec un soupir de nostalgie, la terre deviendrait trop belle, vraiment et la vie trop facile à vivre! Le savoir du docteur l’a conduit à celte persuasion qu’il ne faudraiticibas que des brutes, car c’est alors seulement qu'on y serait beau, qu’on y serait fort et gai ! — Manifeste de sociologie rousseauiste, enfin conséquente avec elle-même, qui est singulièrement instructif encore sur les véritables assises mentales de la thèse naturaliste dont il est issu !
Son Excellence Eugène Rougon, écrit dans le ton de Juvénal, ou même de Pétrone aussi bien que la Curée, est un nouveau retour au roman balzacien ; . mais l’Assommoir, qui consacra laréputation de son auteuret fixa définitivement sa manière, est le poème de l'instinct érotique dans la basse classe des grandes villes. Paul Alexis nous a conté que son maître projeta de peindre dans ce livre la simple vie d’une femme du peuple, laquelle ayant eu deux enfants d'un premier amant, mais délaissée par celui-ci, se - marierait plus tard avec un autre homme, se montrerail d'abord épouse dévouée, courageuse au travail : | puis, son mari devenant alcoolique, roulerait à sa À Suite au désordre et à la misère noire. Mais le “« nœud » de l'aventure manqua d'abord au roman- . cier, peu satisfait de son plan. Il ne prononcça son Euréka el ne se mit vaillamment à la besogne à qu'après avoir eu l'idée de faire reverir Lantier, le
premier amant, dans le voisinage des Coupeau, de l'imposer de nouveau à Gervaise et de montrer Île mari, totalement démoralisé par l'alcool, organisant lui-même la vie à trois dans son ménage. L’Assommoir est né de cet appétit esthétique pour la complication de l’adultère féminin par l’ignominie masculine. | Véritable manifeste de l’école nouvelle au surplus que ce roman, qui a définitivement fondé le Naturalisme parce que Zola y peignit le faubourg parisien où la conception purement instinctive de la passion n'a pas besoin d’être excusée, justifiée à grands frais de « rhétorique » sandienne, comme dans les milieux plus relevés dont l'opinion garde quelque sévérité à l'amour libre ; où cette conception va sans dire, en quelque sorte, parce que le scrupule moral
né prend guère la parole dans les foules déchristia-
nisées de notre temps. Oui, le Naturalisme est né de l'immense succès de l’Assommoir et il en a conservé la marque : ilse différenciera surtout du romantisme de 1830 et de 1860, par sa préférence pour les milieux où l'instinct se trouve chez lui et en quelque sorte à demeure. C’est même pourquoi le champ d'action de la doctrine esthétique, prétendue nouvelle, est resté fort étroit au total, en dépit des
belles promesses de son théoricien. Zola le labourera
presque tout entier à lui seul. — Dans le quartier
suburbain où se déroule sa rude existence, Gervaise | gra 1 entaires
Coupeau pourra, sans grands frais de Comment
« physiologiques » cette fois, recommencer l'aven-.
ture de Madeleine Férat et retourner à son initiateur
érotique. Son mari deviendra fou comme Guillaume «
de Viargue, maïs pour un motif bien plus simple, la fréquentation trop assidue des débits de boissons, et nul moraliste du voisinage ne sera tenté de lui tenir le langage, sataniquement- chrétien, de la vieille Geneviève, sauf peut-être sa fille Nana vers le dénouement, lorsque cette belle personne débute dans sa carrière galante par les amours du ruisseau, en se prévalant des exemples qui lui furent prodigués sous le toit paternel.
Dans Une Page d'amour, l'amour-instinct, l'amour qui fait des possédés incapables de résistance, s'affirmera pourtant de nouveau dans un milieu bourgeois sous nos yeux. La fille d'Ursule Macquart et du chapelier Mouret, Hélène, devenue Mme Grandjean par son mariage avec un garçon riche, mais de santé perdue, est restée veuve avec une petite fille. Elle s’éprend d’un de ses voisins de Passy, un médecin marié. Elle résiste quelquefois à sa passion : mais le plus souvent elle se persuade, en lectrice des romans romantiques, que la passion est fatale et qu'il vaut mieux renoncer à s’en défendre. A ces heures de tentation particulièrement insidieuse, le souvenir de sa vie conjugale la « gonfle » de mépris et de violence ; elle se revoit glacée près du grand enfant qui s’est épris d'elle et qui l’épousa pauvre, contre le gré d’une opulente famille. Cette banalité de son mariage, ce sommeil de l'amour qu'elle a dormi pendant ses plus belles années, elle n'y peut plus songer qu'avec une exaspération véritable. Dire qu’elle s’est crue heureuse de la sorte, jusqu’à la trentaine, le cœur muet et n'ayant, pour combler le vide de son être, que son orgueil d'hon-