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progresser dans la technique de son art, et mériter
par conséquent la réputation du plus infortuné des hommes. Par réflexion seulement, il revenait à une plus exacte appréciation des faits. Mais sa disposition d'esprit habituelle ne l'en portait pas moins à demeurer sur le qui-vive, à frissonner d'anxiété devant l'incident le plus futil! Alexis expliquait cette incurable mélancolie de son maître par le défaut d'exercice physique et par une maladive sensibilité nerveuse qui, de tout temps, l'avait prédisposé à l'hypochondrie.
Homme célèbre, insistait ce biographe si renseigné, Zola n'est pas un hommeheureux. Bien portant, il se croit malade. Auteur de livres qui sont dans toutes les mains, il ne saurait se relire lui-même sans souffrir. Arrivé à la grandenotoriété depuisdes années, 11 garde la continuelle sensation d'être un débutant de la carrière des lettres et s’asseoit chaque matin devant sa table de travail avec l’appréhension de ne plus pouvoir écrire. Impressionnable au plus haut degré, éprouvant toute émotion plus douloureusement qu'un autre, il tire, 1l est vrai, de cette anomalie la puissance d'exprimer ses émotions avec une force rare : mais 1l ne connaît pas la tranquillité et ne jouit de rien. On assure qu’en expirant Eugène Delacroix, le grand peintre romantique, aurait pro-
féré cette exclamation de désespoir : « Je meurs enragé! » Eh bien, Zola vit enragé chaque jour, ce qui est plus pénible encore |
Qu'on s'efforce donc, continuait Alexis, de concilier autant que possible entre elles des dispositions
‘* si mal cohérentes, de se représenter un révolté rai-
Lu Ve
sonnable, un désespéré qui serait également un résigné, un monomane qui, connaissant son mal à fond, en tirerait parti avec sagesse : on aura le portrait ressemblant d'Émile Zola! Ce portrait-là n'est-il pas fort reconnaissable en vérité. N'est-ce pas celui d’un enfant du siècle romantique que l’expérience de ses
ascendants littéraires complétée par la sienne propre,
a mis en mesure de corriger, dans sa vie, leurs outrances tout en les renouvelant dans ses œuvres, de se créer une hygiène mentale plus sagace, et d'échapper de la sorte à ce naufrage des facultés d'équilibre qui menace les fils spirituels de Jean-Jacques.