‹ Émile Zola 1923Chapitre 54 sur 77 · V. — Les lecons du ‘‘ Réve · texte numérisé non relu

V. — Les lecons du ‘‘ Réve

Devoir contre désir.

L'héroïne de ce récit, la suave et virginale Angélique est la fille de l’horrible entremetteuse Sidonie Rougon (voir {a Curée) et d’un père inconnu sur lequel « les documents font défaut », dit le second arbre généalogique des Rougon-Macquart (car le premier ne prévoyait pas encore la naissance de cette fleur imprévue de pudicité sur la souche pourrie dont les racines plongèrent dans le sol maraïcher du faubourg de Plassans). Zola semble vouloir insinuer, sans le dire nettement, que ce père pourrait bien être un prêtre, car Sidonie fréquentait les sacristies, et le caractère d’Angélique en serait expiiqué de plus « physiologique » façon, sans nul doute. La même généalogie nous apprend encore que la jeune fille « n’a rien de sa mère », ce qui est beaucoup dire, car nous verrons qu'elle paraît avoir hérité des Rougon la volonté de puissance outrancière, | « esprit de principauté », comme disait Saint-(yran, puisque son historien lui attribuera « le besoin de domination », la soif d'être reine et que son fond restera l’orgueil associé à la passion. Mais son édu-

cation strictement chrétienne sera venue discipliner,

assouplir, adapter en elle à l'existence sociale la plus raffinée ces grands ressorts psychologiques de l’activité humaine.

Au début du récit, voyant Zola lui donner pour seconde patronne après la sainte dont elle porte le

nom, celte bienheureuse vierge Agnès qui, dit la Légende dorée, fut envoyée nue dans un mauvais lieu par les persécuteurs païens, on redoute une aventure analogue pour la pieuse enfant et l’on appréhende quelque surprise « physiologique » au cours de sa destinée terrestre : mais cette fois, nous en serons quitte pour la peur, car il ne lui adviendra rien de semblable ; sa vie s’écoulera sans que son innocence ait subi la moindre atteinte et les allusions à la patronne, assez bizarrement choisie par elle, se feront de plus en plus rares à mesure que le roman s'approchera de son dénouement éthéré. :

Abandonnée au berceau par sa déplorable mère, Angélique a été recueillie et élevée dans l'ombre d’une splendide cathédrale gothique par un vieux ménage de chasubliers en qui s'incarne pour ainsi dire la morale chrétienne rationnelle la plus authentique sous son vernis de mystique poésie. La femme, Hubertine, s'est mariée jadis contre le gré de sa famille après s'être laissée enlever par l’homme dont elle portera le nom ; mais le ciel n’a pas accordé de postérité à ceux qui s’insurgèrent, en cette circonstance décisive de leur existence, contre les traditionnelles disciplines de la famille. Hubertine a peu après mis au monde un fils qui est mort en naissant et n’a jamais conçu depuis d’autres rejetons. Par là, en dépit de l'affection profonde qui continue de l'unir à son époux, elle n’a pas connu le bonheur complet à son foyer. Elle est parvenue seulement à vivre dans la paix du cœur aux côtés de son Hubert en acceptant la stérilité comme une expiation de leur faute. Par leur constant effort sur eux-mêmes pour s’aplanir

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