LA POLITIQUE DANS L'ÉPOPÉE DES ROUGON-MACQUART
Après les événements du 4 septembre 1870, Zola se crut des droits à la gratitude du gouvernement nouveau en raison des services qu'il estimait avoir rendu dans la presse à l’idée républicaine. Services assez brefs et assez vagues, pour dire vrai, car 1l s’étail montré révolutionnaire assurément, mais surtout en matière de littérature ou de peinture. Il ne s’en jugea pas moins en situation d'obtenir, sans délai, un poste important dans l’administration de son pays. Les lettres de sa plume qui figurent au tome second de sa correspondance et sont datées de Bordeaux, entre le 12 décembre 1870 et le 7 janvier 1871, nous révèlent un état d'esprit fort peu désintéressé : « Tout paraît plein, écrit-il à Marius Roux. Les emplois sont introuvables. On m'a dégoûté de l'Algérie. Il y a des places dans l’Intendance et à la suite des armées. [faudrait, je crois, pouvoir vivre ici un mois, en contact continuel avec les ministres. On finirait par me caser... Si je t'ai bien compris, tu préfére-
[Se] (A Le
rais une place ignorée, avec appointements convenables. On doit trouver cela... J'ai bien fait d’accepter cette place de secrétaire (de Glais-Bizoin) qui va me mettre dans les secrets de la comédie. J'en ai déjà vu d'assez jolis dans la correspondance. Selon moi, Bordeaux, à cette heure, doit être, pour nous tous, le chemin de Paris! » C’est déjà la conquête de la capitale par le Midi. — Puis encore, à Antony Valabrègue : « Je savais depuis longtemps que ma place était ici. L'on me promet une préfecture pour le prochain mouvement préfectoral. Je guigne une place militante... Il est impossible, à distance, de placer quelqu'un... On a failli me rechercher à Aix comme réfractaire (Il n’a que trenteans)...Il ne faudrait pas qu'on nous dégoutât trop du peuple ! Je me suis battu pour lui dans les journaux de Paris; mais, Si j'ai jamais un peu de pouvoir, je vous déclare que je musèlerai les lâches et les envieux, etc. » On voit ce que présageait à la France l'accession au pouvoir de républicains de ce calibre !
En fin de compte, on le nomma sous-préfet de
Castel-Sarrazin : mais il crut devoir décliner cet honneur. Plus tard, il a laissé dans l'ombre cette période, insuffisamment sereine, de son existence, et, dans sa biographie de 1881, Paul Alexis consacrera quelques commentaires embarrassés à l’attitude prise par son chef d'école pendant le martyre de la France. Il préférera même laisser, pour conclure, la parole à l'intéressé qui lui fournit alors cette explication peu persuasive : « Je m'imaginais que c'était la fin du monde (mais il ne perdait pas le nord, ainsi que nous l'avons vu) et qu'on ne
D de PUS PIE CURE SR
ferait jamais plus de littérature !... Paris me semblait perdu (mais Bordeaux en restait pour lui la route directe), reculé dans les nuages. J'en étais arrivé à croire tout naturel et très sage de me jeter les yeux fermés (oh que non!) dans cette politique que je méprisais si fort quelques mois auparavant, et dont le mépris m'est d’ailleurs revenu tout de suite ! (Mais pour s’en aller de nouveau peu après, nous le savons déjà.) » — Ces lignes nous indiquent que le romancier, dès lors célèbre, est bien plus préoccupé de justifier son infidélité apparente à la littérature que sa singulière conception du patriotisme en 1870; et cette attitude s'explique par sa tactique dans la lutte vitale dix années après cette date néfaste, comme nous allons nous en rendre compte.
[. — Artistes immortels et politiciens éhontés.
En effet, à l'heure ou l’un de ses fidèles dessinait pour la première fois en pied devant le public sa physionomie de prophète esthétique ou de Messie romantique, Zola croyait utile à son triomphe, sur le terrain de lutte dont il avait fait choix, de marquer le plus souverain mépris pour la politique . et pour ses artisans. En d’autres termes, 1l voyait dans le mysticisme social, cette inspiration foncière de la démocratie contemporaine et de ses délégués au gouvernement de la chose publique, un fort dangereux concurrent pour ce mysticisme esthéticopassionnel dont il avait choisi pour sa part, en rai-
Le
son de ses facultés natives, de faire son trait d'union avec la Divinité alliée.
En outre, et aussitôt après la publication de l’Assommoir qui lui apporta la grande renommée, il s'était vu maltraité pour son irrévérence à l'égard du Peuple souverain des faubourgs parisiens par les courtisans intéressés de cette puissance contem-
poraine par excellence. Ranc l'avait morigéné dans
la presse ; Gambetta, auquel il offrait ses services, n'avait pas paru y attacher d'importance, et son amour-propre, de tout temps fort exalté, souffrait de ces différents mécomptes. « Comprenez done, clamera-t-il alors dans ses études sur le Roman expé-
rimental, en s'adressant aux délégués du suffrage
universel, comprenez enfin qu'une seule page écrite par un grand écrivain est plus importante pour l'humanité que votre agitation de fourmilière… Vous faites de l’histoire, c'est vrai; mais nous la faisons avec vous et au-dessus de vous, car c’est par nous qu'elle reste... Nos œuvres, par là même qu'elles sont, aident à la civilisation du monde. Il faut que cela soit dit nettement : la littérature est au sommet de la science! » Nous savons que Claude
Bernard, son maître de 1868, avait proclamé tout le …
contraire et traité sans considération les artistes ; mais Zola, consacré par le succès, a fait quelques progrès dans l'estime de soi-même et dans la foi en sa mission esthétique ici-bas. Il n'hésite plus à for-
muler des affirmations qu'il n'aurait point hasardées
naguère.
Si la littérature est au sommet, la politique doit .
être confinée tout en bas dans la hiérarchie des ac-
tivités humaines, car elle passe et les écrivains restent. La troisième République française ne vivra donc que si elle consent à patronner la nouvelle « méthode » littéraire dont Zola possède le brevet d'inventeur. La République sera naturaliste ou elle ne sera pas, proclame le chef du groupe de Médan en déformant à son profit une parole historique fameuse : et il démontre son: dire en classant les gouvernants de l’époque sous quatre rubriques distinc-
tes. D abord les républicains doctrinaires, aussi ar-
rogants que bornés puisque l'un d’entre eux Jugeait peu auparavant Balzac et Stendhal dangereux pour la morale publique ; puis les républicains ro-
mantiques de l'entourage de Hugo, qui se moquent
du bons sens, des sciences modernes, de l'analyse exacte, de la méthode « expérimentale » en littérarature et du « document humain » : les républicains fanatiques de l'école de Marat qui craignent toute espèce de littérature par austérité spartiate : enfin, mais beaucoup trop clairsemés par malheur, des républicains naturalistes dès lors, formant un groupe d'élite auquel appartient l’avenir.
Cette interprétation des faits du moment suffirait au besoin pour nous faire connaître que le parti républicain — qui en restait par ses patriarches et ses chefs au rousseauisme de la troisième ou de la quatrième génération du mouvement, — se montrait hostile à la forme de cette religion qui allait triompher dans la cinquième. Quelques jeunes toutefois marquaient leur sympathie à cette marche en avant de la morale romantique et Zola n’accordait sa confiance qu’à cette équipe conquérante, au succès de
laquelle était attachée sa fortune. « On nous obsède, écrit-il en ce temps, on nous écrase de politique: les politiciens bavards nous feraient presque regretter le morne silence des premières années de l'Empire. Il y a huit ans désormais que l'opinion lettrée fait preuve de patience à leur égard (ces lignes sont de 1878), elle s’est résignée à l’inévitable mais commence à se fatiguer du vain tapage dont on lui remplit les oreilles. » Est-ce qu’un écrivain (tel que Zola) peut s'épanouir selon sa destinée quand la politique prend toute la place au soleil ? Non, on lui vole sa part du siècle, on lui gaspille ses belles années qu'il ne retrouvera plus. Demain, il sera trop vieux, et ses cadets lui réclameront sa place ! — C'est toujours, amsi qu'on le voit, l’état d'esprit de 1870, devenu peut-être plus naïvement personnel encore ? Des destinées de la France et de celles de Zola mises en balance, il paraît à celui-ci tout naturel que les secondes fassent pencher de leur côté le plateau.
Oui, reprend-il en essayant de généraliser quélque peu ses griefs pour leur donner plus de poids, oui, on voit ainsi des générations entières que les événement suppriment ! Mais celle dont il se croit le porteparole autorisé ne se laissera pas du moins supprimer sans faire tapage. Donc, assez de bruit au Parlement des bavards, car voici qu'il se développe, parmi les écrivains et les artistes, une véritable dé- Jiance de la République ! — La République ne s’inquiéta pas beaucoup de ces défiances et les orateurs parlementaires ne crurent pas devoir se taire pour qu’on entendiît mieux parler les romanciers natura-
Co pd dr ps ie mi
listes. Le chef de ses derniers acheva d’ailleurs dese tailler sa place au soleil en dépit de la concurrence législative et sa Nouvelle campagne de 1896 au Figaro montrera le mysticisme social installé au premier plan de sa pensée : en sorte qu'il estimera désormais grandement la politique, comme une arme efficace de son nouveau combat pour la puissance. Il La prônera donc avec autant de feu qu’il mettait d’ardeur à la dénigrer jadis.
Ce n’est pas au surplus que dès 1878, sa pensée si fort imprégnée de rousseauisme essentiel, n’eût commencé de sympathiser avec les hardiesses sociales de ses romantiques inspirateurs littéraires.
Nous avons cité son jugement sur Flaubert à ce
point de vue: « Je trouve en lui un exemple, assez fréquent chez les grands écrivains d’un révolutionnaire qui démolit tout sans avoir la conscience de sa terrible besogne, et malgré une bonhomie qui le fait croire aux conventions sociales, aux mensonges dont il est entouré ! » On ne saurait mieux caractériser en effet les conséquences démoralisatrices de l’art romantique, démolisseur excellent autant que reconstructeur incapable. Zola considère l’auteur de Madame Bovary comme le négateur le plus large que nous ayons dans notre littérature, comme un véritable professeur de Nihilisme, ce dont on ne saurait lui garder trop de reconnaisance.
Quant à Balzac, il a cru devoir se présenter au public comme le soutien du trône et de l’autel. Les naïfs le croient sur parole et le tiennent encore aujourd’hui pour tel. Mais Zola voit plus clair dans la
besogne de son grand homme. Ce partisan du pou-
Fe F «
voir absolu disposa d'un talent essentiellement démocratique el produisit l’œuvre la plus révolutionnaire qu'on ait jamais pu lire. Qu’on l’étudie sans parti pris el l’on constatera les coups formidables qu'il a porté dans le vieil édifice social dont il croyait de bonne foi consolider les assises. C’est que le génie (l'effort esthétique de conquête) d'un homme
peut fort bien travailler malgré lui contre les doc-
trines que sa raison professe. Aussi l’auteur des Paysans n'a-t-il trouvé ses véritables disciples que longtemps après sa mort dans la génération « naturaliste ». L'œuvre balzacienne reflète la thèse démocratique qui s'affirme et grandit sur les ruines d’une société corrompue. Cela démolit le Roi, démo- Lit Dieu, démolit tout le vieil édifice social sans que l’auteur paraisse s’en douter le moins du monde. Une seule chose reste debout chez lui, l'affirmation moderne, la croyance au travail et à l’évolution scientifique qui est en train de transformer l’humanité. — Au surplus, ajoute Zola qui sera bien moins clairvoyant quelques années plus tard, si ce très grand romancier avait été mis en mesure de réaliser son rêve social de fond, il l'aurait fait de façon singulièrement chimérique à coup sûr, outrant les systèmes, inventant chaque matin une nouvelle méthode pour rendre le peuple heureux: car les tempéraments comme le sien ne sont éternellement bons que dans l'Art, où leurs débordements font merveille !
— Impossible de tracer un plus exact portrait de ce
que sera l’auteur de Travail, Fécondité, Vérité, quelque vingt ans après cette très judicieuse sentence.
il. — Critique théorique de la morale bourgeoise. Florent le proscrit.
Oui, les Rougon-Macquart, dont la Comédie humaine fut le modèle avoué, trahiront de plus en plus, avec le progrès de cette vaste entreprise, l’instinct « révolutionnaire » que leur auteur a salué chez ses maîtres préférés. On sait que l’épithète de « bourgeois » est devenue une injure à la fois dans la bouche des fervents du mysticisme esthétique, sur les lèvres des adeptes du mysticisme social : Les
artistes et les plébéiens l’emploient de concert pour
désigner ceux de leurs concurrents dans le lutte vitale qui marchent vers le pouvoir social par une autre voie que la leur. Zola qui fut antiromantique d'intention quoiqu'il se sache romantique de tempérament vers 1879, et qui a d’ailleurs conservé sa vie durant des prétentions rationnelles, s'est quelquefois posé en défenseur du « bourgeois » trop méconnu et trop injurié selon lui. C'est à propos de Théophile Gautier, dans ses Documents littéraires qu'il donne la forme la plus précise à cette protestation passagère. « A-t-on, dit-il, assez crié contre le bourgeois depuis cinquante ans ? L'’a-t-on assez
-raillé, assez écrasé, ce malheureux ! I] était laid; il
était bête ; il manquait de ligne et de panache. On
- l'égorgeait donc, ou on le supprimait en paroles,
sans vouloir admettre qu'il pût être intéressant à étudier et à peindre. » C'était pourtant un homme que ce bourgeois ! Bien mieux, la bourgeoisie n’a
jamais offert un sujet d’études plus intéressant que de nos jours.
Voilà pourquoi sans doute, en dépit de l’Assommoir, de Germinal, et de la Terre, l'épopée des Rougon-Macquart est beaucoup plutôt une étude de la bourgeoisie qu'une peinture des classes populaires : étude fort dénigrante le plus souvent et pétrie de préjugés romantiques, malgré la prétention d'impartialité que nous venons de constater chez Zola. Nous allons examiner, au point de vue moral et pohtique sa conception de la bourgeoisie contemporaine. — Et tout d'abord, dans le premier roman véritablement original de la série des Rougon, le Ventre de Paris, nous trouvons la morale rousseauiste ou démagogique et la morale bourgeoïse, confrontées, opposées l’une à l’autre dans un développement qui demeure fort sympathique à la première de ces deux dispositions de l'esprit. La morale de Jean-Jacques est incarnée dans la personne de Flo-
rent, le demi-frère du charcutier Quenu, un proscerit
du 2 Décembre, un mystique social qui allie toutes les délicatesses du cœur aux plus généreuses hardiesses de la pensée. La morale de la petite bourgeoisie commerçante est surtout personnifiée dans la femme de Quenu, Lisa Macquart, une ménagère accomplie, strictement honnête, mais profondément égoïste et à peu près dépourvue de sensibilité.
Au lendemain du coup d'état bonapartiste, Flo- 4
rent a été victime d’une odieuse erreur judiciaire. Rêveur et utopiste en effet plutôt qu'homme d’action, il n'avait pas alors pris le fusil, comme le firent tant de républicains, ses coreligionnaires ; mais il
CARTER DEN À ADN Ne GR NE SI AE A RS ES gag A
ERETUE
a porté secours à une jeune femme tombée devant
ses yeux sous les balles des régiments de Saimt- Arnaud ; arrêté avec du sang aux mains, ila été assimilé aux insurgés et transporté en Guyane, à l’île du Diable. Après une évasion dramatique et une lamentable odyssée de misères sans nom, il est parvenu à regagner Paris où ilse cache sous un faux nom. Là il rejoint son demi-frère Quenu, beaucoup plus jeune que lui et qu'il a jadis élevé avec le dévouement d’une mère lorsqu'ils se trouvèrent prématurément orphelins : il s’installe sous le toit de ce frère en continuant de dissimuler son état civil véritable, pour échapper aux recherches de la police impériale.
Une bonté, une générosité sans limite forment le fond de ce caractère : bonté non pas tout à fait naturelle et initiale cependant, ou du moins bonté non sans éclipses et sans intermittences. Aigri durant sa jeunesse par ses déceptions d'homme laid, médiocre et pauvre, Florent a subi des tentations de méchanceté féroce. C’est même pour échapper à de telles hantises qu’il s’est alors jeté volontairement en pleine bonté idéale, qu'il s’est créé un refuge de justice et de vérité absolue dans la théorie républicaine à la mode de 1848, c'est-à-dire dans le mysticisme social le plus naïvement aveugle devant les faits psychologiques ou économiques qui caractérisent la nature humaine véritable. Il est « entré dans la République », nous apprend Zola, comme les filles galantes, écœurées de leur métier, se jettent au couvent ; mais sa conversion a été définitive : chez lui, le désintéressement sera désor-
À mais poussé jusqu’à l'oubli total de ses propres
intérêts ou même de ses plus pressants besoins.
Nous allons voir pourtant que cette bonté, peu spontanée, s'apparente de près à celle qui dislingua jadis les Marat, les Fouquier-Tinville et autres bourreaux attendris de la Terreur. Devant le spectacle de Paris tel que l’a fait moralement et matériellement le second Empire, ce saint de la religion rousseauiste se laissera bientôt entraîner aux projets les plus cruellement subversifs. Il croit désormais avoir à venger sa maigreur de proscrit contre cette ville engraissée paisiblement sous le joug, pendant que les défenseurs du droit crevaient la faim en exil : 1l n’est donc pas fort éloigné de ses anciennes rancunes antisociales d'homme laid, médiocre et pauvre. Pour écraser ce règne de mangeailles et de soûleries, il rêve de se dresser en Justicier au cœur même du temple par excellence de la ripaille, au centre de ces nouvelles et vastes halles parisiennes dont son frère Quenu est le proche voisin et où lui-même a obtenu du Gouvernement, sous son faux nom, un emploi salarié d’inspecteur. C'est que, nous explique à ce propos son historien sympathique, dans ces tempéraments « tendres » l’idée fixe vient aisément planter son clou que rien ne saurait arracher ensuite. Nous remarquerons pour- … tant à notre tour que l’idée fixe n’a rien de particu- … lièrement « tendre » chez ce prophète qui prépare L une insurrection armée contre le régime napoléo- » nien et qui marche désormais dans son rêve sanglant (ce mot est de Zola) avec une confiance de héros, parlant de la bataille prochaine comme d'une fête … à laquelle tous les braves seront bientôt conviés,
C’est alors que va se mettre en travers de sa route sa belle-sœur Lisa Quenu, la belle et grasse tripière, à qui la maigreur « perverse » de Florent a été suspecte au premier coup d’œil, en sorte qu’elle n’a jamais souffert qu'avec répugnance le séjour du nouveau venu sous son toit. Lisa est, nous l’avons dit, une Macquart, la petite-fille du braconnier-contrebandier qui fut l'amant d’Adélaïde Fouque-Rougon et la fille de ce vaurien d'Antoine Macquart qui figure dans plus d'un roman de la série. Mais, en revanche, sa mère fut une honnête femme du peuple et elle nous est présentée, — sans que nous puissions discuter ce jeu de l’hérédité et du hasard — comme une Macquart rangée, raisonnable au suprême degré, logique avec ses besoins de bien-être — ce qui est, en effet, une acceptable définition de la morale bourgeoise, ou plus généralement de toute morale rationnelle. — Et pourtant à notre humble avis (étant donné surtout que les filles ressemblent souvent à leurs pères), cette disposition de son esprit et ces tendances de son tempérament auraient paru beaucoup plus vraisemblables si elle avait été une Rougon, une descendante du mari travailleur et terre-à-terre de l'aïeule Adélaïde, plutôt que de son ‘amant fantaisiste et protestataire.
«as À FRE 27
III, — Les idées de Lisa Quénu-Macquart.
ÿ Autour de cette physionomie robuste, Zola a
id dans son Ventre de Paris, les éléments d’ une