‹ Émile Zola 1923Chapitre 62 sur 77 · D ES CRETE UE D · texte numérisé non relu

D ES CRETE UE D

On n’en a pas moins très sagement agi en votant pour lui, parce que la question n'était pas là, parce qu'on ne te demandait pas de prêter de l'argent à ce monsieur, ni de faire des affaires avec lui, mais de montrer au Gouvernement que tu étais satisfait de voir prospérer la charcuterie. Qu'on mette en causes des hommes de la trempe du cousin Saccard, qui réalisent des fortunes trop grosses, je le com-. prends. Mais nous, qui vivons si tranquilles ! Allons tu veux rire. Nous sommes d'honnêtes gens. La France se débarbouillera toute seule si l'Empire la tracasse. Tous les Gouvernements sont les mêmes d’abord. On soutient celui-là. On en soutiendrait un . autre, si c'élait nécessaire. Le tout, quand on est. vieux, est de manger ses rentes en paix, avec la cer- . titude de les avoir bien gagnées. » C'est aussi la. promesse du communisme, mais ceux qui se sentent. capables de réaliser ce résultat par eux-mêmes pré-. fèrent avec raison un tiens à deux tu l’auras. Et voici : le réquisitoire contre Florent, l'utopiste perturbateur ; « Depuis que ton frère est ici, tout va de malen pis. Ce n’est pas un garçon comme un autre. [Hn'est | pas rassurant. Ce que je ne lui permettrai pas, c’est de nous fourrer dans sa politique. Je me débarras- . serai de lui carrément. Il ne me plaît pas, voilà. I ne, peut pas seulement engraisser, le malheureux, tant il est rongé de méchanceté ! » — Ce dernier trait” est une nouvelle allusion à la thèse, plaisamment» « physiologique », de Zola qui, avec beaucoup de verve oppose ae son roman les gras aux maigres, comme deux familles morales antagonistes dont les” conflits font l’histoire du monde: traduction vul-.

gaire et peuple du conflit permanent entre les rê- veurs et les pratiques, les mystiques et les rationnels, pour le pouvoir sur les produits du travail social.

Nous sentons assez que l’auteur du Ventre de Paris est avec Florent et contre Lisa, en matière politique. La morale passionnelle de cette dernière sera, par

la suite, esquissée sous une forme non moins dis-

crètement dénigrante. Marjolin, ce beau jeune mâle sans cervelle, cette « brute » instinctive dont nous

avons déjà dit les amours sans vergogne avec sa

Cadine sur le pavé gras des Halles, Marjolin plaît à Lisa par sa fraîcheur d’adolescent blond; et, quand il vient en course à son comptoir, elle lui caresse encore volontiers le menton comme quand 1l était gamin, pour sentir le grain velouté de sa peau. Un jour, le polisson, interprétant cette familiarité comme une avance, a tenté, dans un coin obscur, de violenter la belle charcutière. Aussitôt celle-ci l’a frappé de son poing robuste entre les deux yeux et renversé comme une masse contre la muraille, où 1l s’est blessé à la tête sur un angle de la pierre, en sorte qu’on a dû le conduire à l'hôpital. Et Lisa de réfléchir ensuite sur cette surprise, sur ce danger imprévu auquel elle a, une fois de plus, échappé grâce à la foncière honnêteté de ses réflexes. « Elle ne se reprochait rien, commente à ce propos le soigneux analyste de son caractère. Elle avait agi en honnête femme. Ce n'était pas pour un gamin qu’elle irait compromettre sa paix : elle était érop à l'aise entre son mari et sa fille. Cependant, elle regarda Quenu. Il avait à la nuque une peau rude, une

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