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sûr conseil et, d'ailleurs, de véritable bonté. Ce prêtre n'est pourtant pas son confesseur, ainsi qu'on pourrait le croire, car elle n’est pas pratiquante; mais il la connaît de longue date, et, sans s'arrêter à son dédain pour les commandements de l’Église, il estime en cette femme honnête la droiture habituelle de sa conduite et de sa vie. De son côté, si elle a peu de besoins religieux à satisfaire, elle ne souffre pas qu'on parle mal de la religion devant elle. À son avis les prêtres sont, en général, de braves gens et l'Église est d’une nécessité absolue pour le grand nombre, car elle exerce une surveillance de police morale qui profite grandement au maintien de l’ordre, une magistrature active sans laquelle il n'y aurait pas de gouvernement possible. Si on ne disait plus la messe, affirme-t-elle, avec autorité, on se massacrerait dans les rues au bout d’un mois et l’on serait vite forcé d'inventer un autre bon Dieu (qui n'aurait pas facilement la vertu ordonnatrice de celui qu’il prétendrait remplacer, comme lhérésie romantique nous en fournit la démonstration depuis cent cinquante ans). « Vous savez que moi je ne vis pas avec les curés, déclare-t-elle parfois, pour résumer sur ce point les conclusions de sa sagesse pratique, mais je dis qu'il en faut, parce qu'il en faut! » — Cette tois l'abbé Roustan, ayant “été mis à mot couverts au courant des perplexités -de sa visiteuse, lui répond avec une largeur de vues “incontestable, bien que peut-être avec trop d'opti- “misme psychologique encore : « Je connais votre “belle conscience. Pesez chacun de vos actes, et si “rien ne proteste en vous, allez hardiment! Les na-
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tures honnêtes ont celte grâce merveilleuse de mettre leur honnêteté dans tout ce qu’elles touchent ! » Après mûre réflexion, Lisa se décide à examiner les papiers de Florent, y trouve son plan d’insurrection armée à bref délai, hésite encore quelque temps avant d'agir, puis, devant le danger évident que court son mari qui abrite le conspirateur, qui, peut-être sympathise avec ses vues et se laisse à coup sûr entraîner par lui dans de suspects conciliabules, elle va raconter ce qu'elle éntrevoit et ce qu'elle sait au service de la Sûreté générale. Pas plus que l'abbé Roustan, nous ne prétendons approuver ici sa démarche; elle aurait pu en menacer son beau-frère pour le conduire à ajourner ou à transporter ailleurs | ses batteries révolutionnaires. Zola a d’ailleurs, à ce propos, une véritable attention pour elle : il se . trouvera qu'en réalité, elle n’a rien appris à la police : centrale, déjà informée par ses agents secrets et, | davantage renseignée par ses agents provocateurs. Le complot était même soupçonné un peu partout dans le quartier des Halles et l'autorité en tient « dans sa main tous les fils. — Lisa ne sentira pas M moins, durant quelque temps, le poids d’un vague « remords, qui l'étonne elle-même; elle demeurera désagréablement perplexe au sujet de sa démarche, se demandant si elle a pu être trompée sur ce point par
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Elle se demande si le spectacle de ces prodigalilés coupables, si un mouvement de cupidité mal réprimée ne l’auraient pas influencée à son insu. — Mais non! En s’examinant de façon pleinement sincère, elle se trouve toute prête à Jeter, s'il le fallait, le reste de cet argent à la rivière pour sauver.ses affections de famille, son foyer domestique et son gagne-pain du naufrage imminent qui les menace. Non, décidément, elle ne se sent pas avarel Ce n’est pas l'argent qui l’a poussée. Dès lors, elle se tranquillise tout à fait et sera bientôt rentrée dans son bel équilibre habituel.
Quant à Florent, arrêté au domicile de son frère, il demande pour toute faveur de remonter un instant dans sa chambre avec les gardiens, et là, dans un geste à la Jean-Jacques, exceptionnellement symbolique de son mysticisme foncier, 1l libère l'oiseau qu'il tenait en cage après l'avoir baisé entre les deux aules(1)! Quelserale sort dela pauvre bête que le chat, rôdant sur le toit voisin, ne manquera pas d’instruire peu après en matière de psychologie « impérialiste » ? — Quoi qu'il en soit, le terrain déblayé de la sorte autour d'elle, Lisa n’aura plus qu’à tranquilliser Quenu, désolé du sort funeste de ce frère
(1) L'Humanité du 21 février 1921 publiait une lettre de Gorki racontant un trait fort analogue de ses compatriotes communistes et tolstoïsants. « À Kiev, le bon peuple russe a jeté par la fenêtre de sa maison Brosky, un grand industriel connu. De même, la gouvernante fut précipitée dans la rue. Mais un petit canari qui se trouvait dans la cage fut épargné.…., il y avait donc place pour la pitié dans le cœur des révoltés, mais cette pitié n’était pas pour l'homme qui ne l'avait pas méritée. »
aîné qui lui fut jadis si paternel : « Tu te rappelles, lui dira sa femme avec une sollicitude amicale, tu ne le sentais pas bien ces temps-ci. C’est que nous n'avions plus nos habitudes. J'étais très inquiète alors sans te le dire. Je voyais bien que tu baissais. Et la maison non plus n'a pas marché cette année! » Ils se regardent alors, serrés dans la même embrassade, « énormes, dit leur peintre dédaigneux, débordants de graisse », déjà convalescents de ce malaise d’une année dont ils viennent de se dégager : «Après tout, conclut Mme Quenu en montrant leur fille Pauline (qui sera leur vivante antithèse dans la Joie de vivre), il n’y a que nous trois, mon gros, il n’y a que nous trois! » Devise tendancieuse de l’égoisme familial, effet voulu d'indignation sentimentale chez le lecteur! Mais cet égoïsme est la rançon de la solidarilé dans la famille, seule garantie efficace jusqu ici des adaptations soigneuses de la génération du lendemain à la vie sociale, si complexe, des civilisations supérieures. — Par cet égoïsme, une fois de plus les Gras ont vaincu les Maigres! « Quels sredins que les honnêtes gens, concelura l'artiste Claude Lantier! » Mais on voit de quelle nuance est la « gredinerie » de Lisa et de Quenu, de quelle couleur la « sainteté » de Florent!
IV. — Autres tableaux de l’ignominie bourgeoise. — Pot-Bouille.
Nous avons pu constater malgré tout chez Zola un reste d'impartialité psychologique dans cette
peinture, déjà si malveillante, de la morale bourgeoise que nous offre le Ventre de Paris. Il n’y a plus trace de cette relative modération dans Pot-Bouille dont nous avons déjà dit que l’adultère y sera partout étalé au grand jour comme la plaie cancéreuse qui ronge les classes dirigeantes de la société française. Pot-Bouille, a expliqué Paul Alexis, c’est le pot-au-feu bourgeois, le train-train du foyer, la cuisine de tous les jours : cuisine terriblement louche et suspecte, sous son apparente honnêteté. Aux. bourgeois qui se donnent trop volontiers pour l’incarnation de l'honneur, de la morale et de la famille, Zola a voulu répondre : « Ce n’est pas vrai! Vous êtes ie mensonge de tout cela. Votre potbouille est la marmite où mijotent toutes les pourritures de la famille et tous les relâchements de la morale! » Cela peut être souvent exact: mais l'histoire dira si ce jugement intéressé résume l’activité de la bourgeoisie française au x1ix° siècle et si Zola a fait œuvre utile en dénigrant à ce degré les cadres de la société qui l’abrita de ses disciplines tutélaires. Selon lui, les sources et les mobiles de cet uni- versel adultère bourgeois, seraient, physiquement, la névrose et l’hystérie qui pervertissent sentiments et passions; moralement, l'ignorance soigneusement entretenue chez lajeune fille « bienélevée » à qui l’on n’enseigne la vie que par les romances « où passent des hirondelles et des gondoliers » : en d’autres termes, que l’on forme par ces manifestations adoucies du romanesque et du romantique que trois 1llustres visiteurs de Venise, Rousseau, Byron et Sand ont renouvelées de leur génie d'expression entre
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1750 et 1830. Le plus souvent, les appétiis sensuels ne seraient presque pour rien dans la chute des bourgeoises mariées : elles tomberaient par pure bêtise, par besoin de luxe, ou par détraquement nerveux. te sont ces différents types d’épouses dévoyées que Pot-Bouille a la prétention de faire connaître. « Pot-Bouille, que j'appelle mon Education sentimentale, «a écrit Zola à Céard, en se proclamant très satisfait de son livre et des leçons qu'il y fait donner par le spectacle de la vie réelle, à son jeune héros, Octave Mouret. Mais est-ce bien encore, comme sous la plume de Flaubert, l'épithète de « sentimentale » que mérite l'éducation de ce Don Juan provençal ? Celle de « sensuelle» ne suffirait-elle pas largement à caractériser son initiation parisienne ? Zola prétend sonner dans ce volume le glas d’une classe, la décomposition, l’écroulement prochain de la bourgeoisie. C’est là une appréciation de concurrent pour le pouvoir social. Le mysticisme de conquête esthétique ou démagogique, se refuse à comprendre que les bourgeois, vainqueurs dans la lutte économique, restent fatigués de leur victoire, certes, et exposés aux conséquences physiologiques ou psychologiques de cette fatigue-là ; mais parfois aussi héritiers conscients des supériorités mentales et morales qui ont donné le triomphe à leurs pères. C’est pourquoi dans Pot-Bouille, le mysticisme social vient déjà placer, pour ainsi dire, sa signature dans un-angle du tableau. Afin de faire contraste avec les vilains personnages qui occupent le premier plan sur sa toile, le peintre évoque avec complaisance un groupe de prolétaires, parfaitement sains au phy-
sique comme au moral, qui habitent un petit logement de cent trente francs par an sous les combles de la belle maison pourrie. Ceux-là ne sont point de la parenté. des Lantier ou des Coupeau, certes : ils sont même destinés à faire oublier, autant que possible, les plébéiens, par trop « naturalistes » de l’Assommoir qui avaient fait scandale dans les sphères
inspirées par le mysticisme social.
Lorsqu'il écrira l'Œuvre qui, dans son ensemble,
est dirigée moins directement contre la bourgeoisie,
l’'exaspération de Zola contre la classe dirigeante ‘apparaîtra peut-être plus violente encore. Margaillan, un entrepreneur de maçonnerie parvenu à une considérable fortune, y portera sur sa face, ainsi que tous les siens, le stigmaie des crimes bourgeois. C’est du moins ce que le peintre Claude Lantier distingue sur leurs basses physionomies, car ces gens « suent la scrofule et la bétise ». D'où leurs millions, sans nul doute ! — Madame Margaillan est épuisée, la chair mangée de tous les virus des races finissantes : el un autre bourgeois montre encore près de ceux-ci une « figure monstrueuse de prétention et d’infinie bêtise » ! — Après l'achèvement des Rougon, le récit intitulé Paris dessina une famille de haute bourgeoisie financière dans le sein de la-
. quelle s'accumulent les abominations et les drames.
La fille; en particulier, y propose pour but à sa vie de se faire épouser par l’amant de sa mère, poussée.
. à cette entreprise non par l'amour, comme on pour- rait le croire, mais uniquement par la vengeance, . par la certitude de désespérer ainsi cette mère qu’elle
. hait d'une haine farouche ! « La créature qu'elle
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exécrait le plus au monde était sa mère ! » Et voici « la raison de ce sentintent dénaturé : « Elle l'accusait de ne pas l'avoir faite belle à son image! » Maisle père est bien aussi pour quelque chose dans cet impardonnable manquement, et surtout la Nature, la Vié
et autres divinités du romantisme ou du natura-
lisme ? — Quoi qu'il en soit, la volonté, férocement acharnée, de cette aimable enfant, c’est d’arracher à celle qui l’engendra laide ce séduisant Gérard dont la perte la tuera sans doute et elle en vient à crier son projet à la malheureuse amante, au cours d’une scène dont l'horreur ne peut guère être dépassée. Enfin, dans Fécondité, la bourgeoisie sera de nouveau prise à partie pour sa volonté de puissance, — ce qui nous surprend à bon droit chez l’ancien et féroce arriviste de Mes haines ! — « Dans une démocratie, écrira-t-1l vers la fin, purement mystique, de sa carrière intellectuelle, tout petit bourgeois peut etveut s'élever. Il en résulte une ruée universelle ; chacun devient forcené et bouscule les autres pour franchir plus vite un échelon ! » — Rappelons-nous les déclarations de principe de Sälon de 1866 : « Malheur aux faibles ! Ceux qui tombent ont tort de tomber et tant pis pour eux si on les écrase, etc…..! » Cette ascension générale (?), ce phénomène de capillarité sociale (oh, que non pas, et la comparaison est choisie mécaniste à tort, car le phénomène n’est nullement automatique en réalité et il exige l’effort) ne sont possibles que dans un pays d'égalité politique et d’inégalité économique, car les droits de chacun à la fortune y étant les mêmes, il n'ya plus qu’à la conquérir dans une lutte d'atroce égoïsme,
si l'on brûle de mordre aux plaisirs d'en-haut étalés sous les yeux de tous, àprement souhaités ! — Et certes oui, répondrions-nous ici, mais comme l'inégalité économique est une loi de nature et que l'égalité politique est une institution mystique (1) qui ne conduit que lentement aux abîmes, précisément parce que ce fut une demi-mesure, par bonheur, le salut des sociétés modernes consiste non à réaliser prématurément par la loi une fictive égalité économique mais à se rapprocher peu à peu de l'égalité économique vraie qui seule pourra justifier l'égalité pootaue à titre de corollaire. — Le romancier de
Fécondité préfère chanter les louanges de la divine imprévoyance économique et tourner ensuite tous les événements au profit des familles nombreuses qui n'ont jamais douté du lendemain, cigales généreuses triomphant de sournoises fourmis |
V, — Quelques autres aspects de la question sociale.
Le problème social proprement dit est plus d'une fois abordé dans les Rougon, bien que le mysticisme passionnel fournisse en réalité l'inspiration prinei-
(1) Dans sa Campagne de 188], Zola lui-même avait écrit du suffrage universel (à peu près dans les mêmes termes que Flaubert dix ans plus tôt) qu’en donnant la même valeur à chaque citoyen dans le scrutin, on introduit dans le total des causes d'erreurs énormes, car l'égalité physiologique n'existe
+ pas: car un homme n'en vaut pas un autre ! Le suffrage univer-
sel est une idéalité s'appuyant sur la conception catholique (et ENS) de légalité des âmes.
pale de cette œuvre, comme il convenait à la période romantique et ainsi que nous l'avons fait connaître. Le premier roman de la série, la Fortune des Rougon, chanta, sur le mode épique, la brève résistance du Midi provençal au coup d’État du 2 Décembre. Le Ventre de Paris exalte par anticipation, nous l'avons vu, les hommes qui feront la Commune de Paris en 1871. En revanche, le Bonheur des Dames, qui abjure pour un instant le mysticisme passionnel, fait également une passagère infidélité au mysticime social. Zola y paraît applaudir franchement, en souvenir de ses propres luttes de jeunesse, à la rapide et immense fortune de son Octave Mouret (le créateur actifet ingénieux d’un grand magasin de nouveautés), en qui il s’est incarné jusqu’à un certain point par la pensée sans nul doute. À ce parvenu de lactivité créatrice (comme l'entrepreneur Margaillan), il n'inflige pas encore les stigmates de la scrofule et de la stupidité : il lui donne au contraire son admiration très visible et toutes les récompenses d’une heureuse vie de famille, sous prétexte que. le progrès commercial est favorable au développement de la Vie, déesse tutélaire de la religion naturaliste ! (Mais les
entreprises de maçonnerie ne le sont pas moins!)
Ainsi, un tant pour cent sur la vente des articles est accordé par Mouret à ses commis, dans un coup d'invention géniale, car cet.avantage concédé aux plus actifs parmi ces vendeurs crée entre eux une lutte pour l'existence dont le patron bénéficie plus que tout autre. Grâce à de telles méthodes, Mouret lâche les passions, mét les forces en présence, laisse les gros manger les petits, les gras manger les maigres
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et 1l s'engraisse lui-même à vue d'œil dans cette ba-
taille des intérêts déchaînés par lui à son profit.
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Jort, explique-t-il à qui veut l'entendre, où même quand on veut seulement firer d'eux un peu d'honnéleté, il faut avant tout les mettre aux prises avec leurs besoins, puis leur montrer ensuite la voie de la sécurité et celle de la croissance. — Nous savons à quel point Zola lui-même a passé par ces différents stades psychologiques, éternellement vrais de tout organisme vivant. Comment donc refuserait-il son adhésion à ces découvertes du « génie » bourgeois et producteur ? Aussi son Mouret se verra-t-1laimé dela charmante et vaïllante Denise, non seulement parce qu'il est jeune et agréable, mais encore pour les mêmes raisons psychologiques qui attachèrent Mme Nantas à son ami peu scrupuleux, ou Mme Caroline Hamelin à l’affreux Saccard. Denise, aux côtés d'Octave, doit s'attendre à contempler jusqu’au bout l’œuvre invincible de la Vie qui veut la Mort pour continuelle semence (?), mais elle accepte franchement cette loi de la lutte universelle et elle aime, pour la grandeur de son œuvre, cet Octave impitoyable aux fatbles !
Nous sommes ici aux antipodes mêmes de l’inspiration purement mystique des derniers romans de Zola, et déjà de son Germinal quisera le poème du mysticisme social, sous les formes que ce mysti-
cisme revêt présentement dans les grandes agglo-
mérations industrielles de notre époque. Ge livre est au premier chef une œuvre d'agitateur commu-
niste, avec quelques retours de semi-impartialité
psychologique, çà et là ! Le bourgeois gras s'y op-
pose plus que jamais au mineur maigre. La Compagnie minière apparaît vaguement à l'horizon dans un brouillard, comme le dieu repu et accroupi auquel les ouvriers doivent leur chair sans l'avoir jamais contemplé face à face, et ses administrateurs sont tous des brigands. — On en pourra dire tout autant, notons-le, de l'Etat quand. l'État tiendra le rôle directeur et que la lutte vitale se poursuivra entre les divers syndicats, ruraux ou urbains, industriels ou commerciaux, de l'avenir. — Aussi sera-ce une noire armée vengeresse qu’on nous montrera vers la fin du récit, germant dans les sillons pour les récolles du siècle prochain : mais ce genre de « vengeance » aura longlemps de quoi parler au cœur de l’homme, impérialiste insuffisamment rationnel en ses revendications de puissance.
A notre avis l'impression, si nettement agitatoire,
qui se dégage des chapitres de Germinal procède surtout de ce que, le travail y étant peint sous nos yeux dans la plus noire misère, le capital y figure au premier plan dans l’abondance (avec la famille Grégoire) non comme le résultat de l'effort personnel ou
tout au moins du travail hérité, mais comme le fruit purement gratuit de la spéculation la plus étonnante
de notre temps et la plus exceptionnelle au total. Il
s’agit des mines d’Anzin, dont les « deniers » ont |
enrichi leurs détenteurs comme par miracle. Oui, ces Grégoire ont depuis cent ans dans leur tiroir un
« papier » magique qui non seulemeni leur a per-. mis de vivre grassement mais encore les a, chaque jour, fait plus gros capitaliste sans aucune coopéra-