CHAPITRE II
Paul Alexis écrivait de son maître, en 1881, qu'il se préoccupait peu des questions métaphysiques, mais demeurait un croyant du Progrès, tout en se tourmentant trop souvent par des désirs d'absolu dont la non-réalisation devenait alors pour lui la source de noires tristesses : ce qui contredit le membre de phrase précédent, car on ne saurait mieux définir une préoccupation métaphysique inconsciente. Disposition inattendue pourtant chez cet homme qui avait tant reproché aux romantiques de 1830 leur préoccupation d’un Absolu ! Plus tard, Zola dira lui-même d'un de ses derniers romans à un ami(1): « Tout cela est bien utopique; mais, que voulez-vous ? Voici quarante ans que je dissèque : il faut bien permettre à mes vieux jours de réver un peu ! » Nous allons voir que ce « Rés » devint rapidement beaucoup.
(1) Correspondance 11, 347.
Si, par la franche peinture de l'amoralisme faubourien, son roman de l’Assommoir l'avait provisoirement brouillé aveciles courtisans intéressés du Peuple souverain, Germinal,cette œuvre d’agitation démagogique, le réconcilia pleinement avec les partis avancés. Aussi, après la publication de ce dernier livre, subit-il sans doute, à l'égard du mysticisme social, un entraînement analogue à celui que Renan, par exemple, avait connu quinze années plus tôt lorsque l’anticléricalisme au pouvoir s’appuya sur son œuvre historico-romantique et lui en sut gré (1). [s se sont trouvés successivement, sans l'avoir expressément voulu, les collaborateurs d’un parti qui accédait alors à la direction du pays : on leur a fait, de ce côté, des avances que leur natu- relle volonté de puissance leur a conseillé d’accueillir. Is ont ensuite adopté insensiblement à peu près toutes les convictions de gouvernants si pleins de prévenance, et par là se sont trouvés contraints de chanter, sur plus d’un point, la palinodie.
Nous venons de marquer quelques-unes des étapes de Zola vers le mysticisme social. Faisant un pas de plus dans son roman de Lourdes, l’ancien fervent de Claude Bernard refusera de décourager la croyance des foules au miracle, par compassion de la souffrance humaine, indique-t-il, et parce que la raison, cette fierté de l’homme cultivé, se montre décidément insuffisante à réaliser (en quelques années) le bonheur des masses : ce qui revient à dire
\ (1) Voir mes études sur l’évolution morale de Renan après
1870 dans la Revue des Deux Mondes des 15 octobre et 15 novembre 1906.
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qu'il faut une religion pour le peuple. — Après
examen continué de la question, son livre sur Rome nous apprendra que cette religion ne saurait plus être le christianisme (le christianisme rationnel et discipliné de l'Eglise romaine) trop rebelle à toute évolution désormais. — Alors l’auteur de Paris cherchera la religion de l'avenir sur les pas des communistes ou anarchistes de toute observance, c'est-à-dire dans la direction du mysticisme social le plus caractérisé. — Aussi, tandis que les divers épisodes de l'épopée des Rougon élaient des romans principalement descriptifs, les derniers écrits de Zola seront nellement des livres à thèse, comme jadis ceux de George Sand,bien que d’une exécution technique assez différente. Que l’on compare Romeà la Daniella, par exemple, et l'on sera frappé des analogies qui rapprochent, à quarante années de distance, ces deux examens romantiques de la question romaine ; influencés Pun et lautre au surplus par celui que publia Lamennais lors de la troisième génération du mouvement.